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Animal Définition,
les animaux, nos humbles frères


1. « À propos de l’animal, les opinions des contemporains sont partagées en deux camps: pour les uns ils sont des machines, objets à la disposition des hommes; pour les autres, ce sont des êtres vivants sensibles, sujets à la souffrance »

Quand on dit que les bêtes souffrent, il faut toutefois comprendre qu’elles ont quelque conscience de cette souffrance et qu’à leur douleur purement physique s’ajoute une douleur morale d’autant plus vive que leur sort leur paraît moins justifié. Une souffrance qui ne s'accompagnerait ni de conscience ni d'un sentiment, au moins diffus d’injustice, ne serait rien d’autre qu’un bris de la machine et les cartésiens auraient alors raison de dire que le cri de la bête torturée n’est que le bruit que font en elle les ressorts brisés.

Les animaux auraient-ils donc une âme ? Chez les êtres humains, l’âme est à la fois principe vital, principe intellectuel et un principe spirituel, source de la sensibilité au bien et au mal, « bête divine » disait Nietzsche. Il est devenu difficile de définir le principe vital tant la science l’a fait régresser vers la matière, rejetant au passage l’animisme et le vitalisme. Le principe intellectuel semble absent de bien des êtres humains souffrant de déficiences graves sur ce plan.

L'étincelle spirituelle continue toutefois de brûler au fond de toutes les souffrances et de briller au fond de toutes les joies, chez tous les êtres humains, de même que chez les animaux à un degré moindre et chez les plantes à un degré encore moindre. Si l'on refuse de prêter aux animaux une sensibilité au bien et au mal, peut-être pourrait-on reconnaître qu'ils sont sensibles à ce qui leur fait du bien ou du mal, sans avoir au même degré que l'être humain la capacité intellectuelle de remonter jusqu'aux idées de bien et de mal.

Les scolastiques, saint Thomas en tête, à défaut d'attribuer aux animaux une âme intellective et immortelle, qui aurait accru les obligations de l'homme à leur endroit, leur reconnaissait une âme sensitive et par suite une faculté, l'estimative, leur permettant de se rendre compte qu'une chose est bonne ou mauvaise pour eux.

Après les scolastiques, après Descartes, après Kant, pour qui l'animal n'est qu'un moyen, le philosophe anglais Jeremy Bentham renversa la perspective en ces termes : « The question is not, can they reason ? or can they talk, but can they suffer ? »
Puisqu'ils peuvent souffrir, il va de soi, poursuit Bentham, qu'on leur reconnaisse des droits.

Nous sommes en 1780.

La question des rapports entre les hommes et les animaux est incontestablement l'un des point faibles de la tradition chrétienne. Dans la préface à un livre sur les animaux, paru en 1986, le philosophe catholique Gustave Thibon reconnaît qu'à « quelques exceptions près, la morale religieuse a laissé dans l'ombre cette question qui touche pourtant de si près au mystère de la création et de la rédemption ».

2. Il cite ensuite ce vers de Hugo : Les bêtes dont les âmes de rêve et de stupeur sont faites...

3. « Il est évident, poursuit Thibon, que nous avons abusé de cette stupeur pour transformer ce rêve en cauchemar. Abus de pouvoir d'autant plus révoltant qu'il est facile et exempt de risques, l'inconscience des bêtes, cette inconscience qui est aussi innocence, les livrant sans recours aux plus cruelles entreprises des hommes.

Nous n'avons pas créé l'animal. Il fait partie comme nous de la création animée, il sent et il souffre comme nous, et la conscience de cette solidarité cosmique nous dicte le devoir de respecter sa nature et de ne pas lui infliger des souffrances inutiles ou d'une utilité incertaine »

1. George Chapouthier, le statut de l'animal: ni homme ni objet, dans la revue pour la science, no 271, mai 2000.
2. 3. Jean Gaillard, les animaux, nos humbles frères, Paris, Fayard, 1986.

De bien mauvais animaux...

Edgar Morin, ce sociologue philosophe, qui est l’un des maîtres à penser de notre époque, a dit à un moment que la divinisation de l’homme dans le monde doit cesser. Il précisait : « Certes, il nous faut valoriser l’homme, mais nous savons aujourd’hui que nous ne pouvons le faire qu’en valorisant la vie. Le respect profond de l’homme passe par le respect profond de la vie ».

Edgar MORIN, « La planète mise à sac », Manière de voir N° 8.

Il n’y a pas de doute que le refoulement dont le corps a fait l’objet durant plusieurs siècles nous en fait subir les conséquences encore aujourd’hui. Tout cela témoigne d’un malaise par rapport à la nature en nous. En d’autres mots : nous, en tant que nature ou en tant qu’êtres naturels et non pas surnaturels. Avec le temps, on n’est plus seulement dans la nature, on est dans la culture.

Et la culture est devenue le principal moteur de notre évolution, le seul même d’après certains. Comme si, au plan naturel, on avait fini d’évoluer et qu’on évoluait maintenant que par la culture. Je ne suis pas sûr que ce soit un succès jusqu’ici... La nature était plus sérieuse, plus exigeante que la culture, il n’y a pas de doute.

On a tendance à percevoir la nature à l’extérieur de nous, comme si tout ce qui participe de la nature nous était étranger en somme. Poussés par l’évolution culturelle, nous avons refoulé notre animalité au point de devenir le seul animal qui détruit son environnement au risque d’entraîner, par ses choix irresponsables, sa propre destruction.

« C’est ici qu’il nous faut totalement abandonner la conception insulaire de l’homme, dit Edgar Morin : nous ne sommes pas des extra-vivants, des extra-animaux, des extra-primates... Nous sommes des super-mammifères, des super-vertébrés, des super-animaux, des super-vivants ».

L’image qui me revient toujours en tête est celle du bonhomme qui scie la branche sur laquelle il est assis.
Un écologiste disait à un moment : « Saviez-vous que l’homme est le seul animal qui salit de plus en plus son nid ? ».

La souffrance animale

Apparue dans l’Antiquité, la question de la souffrance animale est aujourd’hui un sujet qui mobilise un grand nombre de personnes à travers le monde. Animaux d’élevage, animaux de compagnies, NAC (nouveaux animaux de compagnie), animaux dans les zoos ou dans les cirques, et même animaux sauvages bénéficient désormais de protections qui, bien qu’elles divergent en fonction des catégories d’animaux et des Etats, convergent toutes vers la reconnaissance d’un droit : le droit de ne pas être maltraité.

Le droit français distingue deux grandes catégories d’animaux : les animaux sauvages d’un côté, et les animaux domestiques de l’autre, c’est-à-dire n’importe quel animal « détenu ou destiné à être détenu par l'homme pour son agrément ». Parmi les animaux domestiques, on trouve là aussi deux catégories : les animaux de compagnie et les animaux d’élevage.

Depuis une loi de 1976, le droit des animaux en France est guidé par trois grands principes : l’animal est un être sensible qui doit être placé dans des conditions de vie compatibles avec ses impératifs biologiques ; il est interdit d’exercer des mauvais traitements envers les animaux ; et il est interdit d’utiliser des animaux de façon abusive.

Les fondements de la prise de conscience de la souffrance animale

La question de la protection des animaux remonte à l’Antiquité et elle repose sur une dimension éthique. Elle renvoie à la question de la place de l’homme et des animaux dans le vivant. Cette question traverse toute la philosophie et s’interroge sur le fait de savoir si les animaux sont dotés ou non d’une conscience. Dans d’autres cultures, la question renvoie aussi au cycle des réincarnations.

Le philosophe Peter Singer donne dès 1975 avec son ouvrage La Libération Animale une nouvelle dimension à la prise de considération des animaux. Il l’aborde sous un jour utilitariste, c’est-à-dire en considérant que le but de la société et de l’éthique est de fournir « le bien être maximal pour le plus grand nombre », y compris les animaux puisque ces derniers peuvent aussi, comme les êtres humains, ressentir de la souffrance.

Le mouvement pour la protection des animaux

C’est à partir du XIXème siècle que les premiers grands mouvements de défense des animaux voient le jour avec la Royal Society for the Prevention of Cruelty to Animals en Angleterre en 1824.
En France, la Société Protectrice des Animaux existe depuis 1845. À l’heure actuelle, ces mouvements se sont internationalisés. Ils fournissent des services comme l’accueil d’animaux abandonnés, l’adoption, les soins aux animaux blessés ou encore en militant en faveur de lois contre l’exploitation des animaux, la cruauté et la maltraitance.

Certains mouvements et certains militants versent dans des actions violente, parfois qualifiés d’écoterrorisme, l’Animal Liberation Front et d’autres groupes sont ainsi classés comme terroristes. Adeptes de l’action directe, ils n’hésitent pas à saboter les installations des laboratoires et des fermes ou à libérer des animaux emprisonnés.

Droit des animaux d’élevage

Pratiqué notamment pour l’alimentation humaine (mais aussi pour les laboratoires médicaux, les cosmétiques ou encore la production de fourrures), l’élevage a pris au cours des dernières décennies des proportions industrielles qui sont pour l’heure difficilement compatibles avec le bien-être animal. Cochons, poules et poulets – pour ne citer qu’eux – sont entassés dans d’immenses hangars où ils ne voient jamais la lumière du jour et où ils ne peuvent quasiment pas bouger.

Le Code rural et les directives européennes prévoient pourtant qu’ils doivent être placés « dans des conditions compatibles avec les impératifs biologiques de leur espèces et que toutes les mesures doivent être mises en œuvre pour leur éviter des souffrances lors de l’élevage, le parcage, le transport et l’abattage » – l’étourdissement est par exemple obligatoire excepté pour l’abattage rituel.

Enfin, les expériences biologiques médicales et scientifiques doivent quant à elles être limitées aux cas de stricte nécessité.

Changer ses habitudes alimentaires

Certains régimes alimentaires peuvent être guidés par une volonté de boycott et de défense des animaux. Le végétarisme (régime alimentaire qui exclut la chair des animaux, y compris les poissons) et le végétalisme (régime alimentaire qui exclut tout produit d’origine animale comme le lait ou les oeufs) s’inscrivent dans cette tendance, même si ces pratiques restent minoritaires en France où elles concernent à peine plus de 2% de la population. Sans aller jusque-là, il suffit parfois de revoir certaines habitudes alimentaires pour déjà lutter contre la souffrance animale. En choisissant des oeufs de poules élevés en plein air par exemple, ou en favorisant certaines filières plus respectueuses du mode de vie des animaux et qui sortent de ce que l’exploitation animale et l’élevage intensif ont de plus scandaleux.

Droit des animaux de compagnie

En France, près de deux foyers sur trois possèdent un animal de compagnie et l’on estime à plus de 18 millions le nombre de chiens et de chats. Le droit français insiste sur le bien-être des animaux de compagnie et l’article 521-1 du Code pénal punit sévèrement (2 ans d’emprisonnement et 30.000 € d’amende) le fait de commettre un acte de cruauté envers un animal domestique ou de lui infliger des sévices graves. Le fait d’abandonner par exemple un chien sur la voie publique peut être assimilé à un tel acte de cruauté. Or d’après la S.P.A. la France est le pays européen où l’on abandonne le plus d’animaux de compagnie.

Droit des animaux voués au divertissement

En France, des règles existent à propos des conditions de détention des animaux de cirque, mais seules quelques villes ont pris des arrêtés interdisant la présence d’animaux dans des cirques sur leur territoire. De nombreuses associations militent pour une interdiction à l’échelle nationale, à l’image de ce qui se fait à l’étranger, notamment en Amérique du Sud ou en Europe, où les interdictions d’animaux dans les cirques se sont propagées de ville en ville avant d’être adoptées au niveau national.

Les zoos sont également soumis à une réglementation stricte, mais plusieurs rapports d’ONG ont pointé du doigt les nombreux zoos en Europe, y compris en France, qui ne se conforment pas à la réglementation européenne.

Enfin, les peines prévues par le Code pénal français ne s’appliquent pas aux courses de taureaux ou aux combats de coqs lorsque ces pratiques relèvent de traditions locales Les mentalités évoluent cependant puisqu’au mois d’août 2011, la Catalogne a décidé d’interdire la corrida.

Droits des animaux sauvages

La protection des animaux sauvages face à la souffrance concerne surtout les activités de chasse. Ces dernières sont au centre de vives polémiques entre les défenseurs de la Nature, qui les jugent cruelles et disproportionnées, et les chasseurs qui se présentent en garants de traditions et investis d’un rôle de régulation des espèces.

En France, les animaux sauvages ne bénéficient pas de protection particulière puisqu’en vertu d’une notion de droit romain, ils sont considérés comme des Res nullius, c’est-à-dire qu’ils n’appartiennent à personne jusqu’au moment où ils sont chassés.

Toutefois, les parcs nationaux et certaines dispositions légales offrent leurs protections à certaines espèces. Ainsi, la réglementation sur la chasse distingue trois catégories d’espèces : les espèces protégées qu’on ne peut pas chasser et les autres pour lesquels la chasse est autorisée dont les espèces dites nuisibles qui sont soumises à des plans de chasse. La loi a interdit certaines pratiques de chasse comme l’usage des pièges à dents, mais les défenseurs de la nature appellent à l’interdiction d’autres types de pièges comme ceux à colle ou encore de la chasse à courre.

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Léon Nikolaïévitch Tolstoï


(1828-1910) Léon Nikolaïévitch Tolstoï naquit le 9 septembre 1828 dans la haute bourgeoisie russe, à Iasnaïa-Poliana, domaine de sa famille, gouvernement de Toula. Il appartenait à la plus haute noblesse de l’empire; le nom des Tolstoï apparaît souvent avec honneur dans l’histoire militaire et diplomatique de la Russie.

Son grand-père avait été maréchal de la Cour et ambassadeur à Paris auprès de Napoléon 1er. Son père, officier, fut fait prisonnier par les Français, en 1814 ; rentré en Russie après 1815, il quitta l’armée et vécut en gentilhomme campagnard dans ses domaines.

Léon Tolstoï fit ses études à l’Université de Kazan. En 1851, il choisit, pour faire son service, un régiment du Caucase, où son frère occupait déjà un grade. C’est alors qu’il écrivit son premier ouvrage Enfance, puis les Cosaques.

De sa campagne en Crimée, il tira son troisième ouvrage: Sébastopol. Démissionnaire après la paix, il voyagea en Allemagne, en Suisse, en France, puis il rentra à Iasnaïa-Poliana, et ne cessa guère d’y vivre pendant tout le reste de sa longue existence.

Il publia un certain nombre de nouvelles, puis ses grands ouvrages : La Guerre et la paix (achevé en 1872), Anna Karénine (1877) et Résurrection (1900).

Cependant une révolution morale et religieuse se faisait dans l’esprit de Tolstoï. Ses conversations avec des paysans mystiques tels que Sutaïev et Bondarev, lui inspirèrent un grand nombre de brochures ou d’articles. Il voulait, mais sa femme s’y opposa ainsi que ses enfants, distribuer ses terres aux paysans. Il fabriquait lui-même presque tout ce dont il avait besoin, comme vêtements, chaussures, etc.
Sa religion parut subversive et le Saint-Synode excommunia Tolstoï, en 1901. Mais il continua à répandre en Russie ses théories, et à mener personnellement la vie d’un moujik. Léon Nikolaïévitch Tolstoï est reconnu comme l’un des plus grands écrivains russes, avec Guerre et Paix. Parmi ses œuvres de propagande signalons: Ma confession (1879-82). En quoi consiste ma foi ? (1888), Le salut est en vous (1894), Trois paraboles (1904), Qu’est-ce que l’art ? (1905), etc.

« Concevez la vérité, et la vérité vous fera libre » - Léon Tolstoï. Toute la vie moderne et dite civilisée est basée sur le mensonge et les travers. La religion, l’État, la famille, la science, l’éducation, etc..., tout cela doit être réformé complètement. Devant cette découverte morale de Tolstoï, ou devant ce qu’il croyait comme un fait, il ne nous reste qu’une chose à faire : suivre une vraie vie spirituelle...

Cependant une révolution morale et religieuse se faisait dans l’esprit de Tolstoï. Ses conversations avec des paysans mystiques tels que Sutaïev et Bondarev, lui inspirèrent un grand nombre de brochures ou d’articles. Il voulait, mais sa femme s’y opposa ainsi que ses enfants, distribuer ses terres aux paysans.

Il fabriquait lui-même presque tout ce dont il avait besoin, comme vêtements, chaussures, etc. Sa religion parut subversive et le Saint-Synode excommunia Tolstoï, en 1901. Mais il continua à répandre en Russie ses théories, et à mener personnellement la vie d’un moujik. Il créa une école à Iasnaïa Poliana, ses principes éducatifs étaient exposés dans une revue pédagogique qu’il publia lui-même à partir de 1862 et à laquelle il donna le nom de la propriété.

L’année de la création de la revue, le romancier, désireux de trouver une certaine stabilité, épousa Sophie Andreïevna Bers, issue d’une famille moscovite cultivée. Il passa les quinze années qui suivirent à élever ses treize enfants, à gérer sa propriété et à travailler à ses œuvres.

Terriblement tourmenté par la contradiction entre le contenu de ses enseignements et le mode de vie que sa fortune personnelle lui assurait - mais aussi par les querelles incessantes l’opposant à son épouse - Tolstoï quitta une nuit le domicile conjugal, accompagné de son médecin privé. Trois jours plus tard, il tomba malade, une pneumonie l’emporta le 7 novembre 1910, alors qu’il se trouvait dans une petite gare, loin de sa demeure.

 

Lettre de Tolstoï à Gandhi

Lettres II, 1880-1910, Gallimard, p. 378 à 381.
Kotchéty, 7 septembre 1910

J'ai bien reçu votre revue « Indian Opinion » et j'ai été heureux d'y lire tout ce qui à trait à la non-résistance. J'aimerais vous faire part des réflexions que m'a inspirées cette lecture.
Plus j'avance en âge, et surtout maintenant que je sens la mort approcher, plus je voudrais dire aux autres ce que je ressens si vivement et qui pour moi est d'une importance capitale, je veux parler de ce qu'on appelle la non-résistance, mais qui en réalité n'est pas autre chose que la loi d'amour débarrassée de ses fausses interprétations.

Tout homme sent et reconnaît au fond de lui-même (on le voit très bien chez les enfants) que l'amour c'est-à-dire l'aspiration des âmes à l'union et le comportement qui en résulte, est l'unique et suprême loi de la vie ; il le sait tant qu'il n'a pas été fourvoyé par les faux enseignements du monde. Cette loi a été proclamée par tous les sages de l'univers, romains, grecs, juifs, chinois ou hindous. Je pense que la plus claire formulation en a été donnée par le Christ, qui a même affirmé qu'elle résumait la Loi et les Prophètes.

Bien plus, prévoyant les déformations qu'on pourrait faire subir à cette loi, il a indiqué que le danger pouvait venir des hommes trop attachés aux choses d'ici-bas, danger de voir certains s'autoriser la violence pour défendre leurs intérêts, c'est-à-dire rendre coup pour coup, reprendre par la force ce qu'on vous a pris, etc.
Tout homme raisonnable sait que la pratique de la violence est incompatible avec l'amour, règle de vie fondamentale, et que, dès lors qu'on admet la violence dans certains cas, on reconnaît l'insuffisance de la loi d'amour, et partant on la nie. La civilisation chrétienne, apparemment si brillante, est entièrement fondée sur cette évidente et étrange contradiction quelquefois consciente, la plupart du temps inconsciente.

En fait dès qu'a été admise la résistance, l'amour n'a plus été et ne pouvait plus être la loi de la vie. il y a eu la violence, c'est-à-dire le pouvoir du plus fort. C'est ainsi qu'a vécu le monde chrétien pendant dix-neuf siècles. Il est vrai qu'à toutes les époques les hommes n'ont cru qu'en la violence pour construire leur vie. La seule différence entre les peuples chrétiens et les autres peuples, c'est que dans le monde chrétien la loi d'amour a été exprimée avec plus de clarté et de précision que dans toute autre doctrine, et que les chrétiens ont adopté solennellement cette loi tout en s'autorisant la violence et en édifiant leur vie sur la violence.

C'est pourquoi la vie des peuples chrétiens est en contradiction totale avec ce qu'ils prêchent ; contradiction entre l'amour, reconnu loi de la vie, et la violence, reconnue indispensable dans certains cas, comme le pouvoir des dirigeants, l'armée et les tribunaux - reconnue et exaltée.

Cette contradiction n'a fait que s'aggraver avec le développement du monde chrétien et vient d'atteindre son point culminant. Le problème se pose dorénavant de la façon suivante : de deux choses l'une, ou bien nous admettons que nous ne reconnaissons aucune morale et aucune religion, et que nous ne nous soumettons dans nos vies qu'au pouvoir du plus fort, ou bien nous reconnaissons que nos impôts prélevés de force, que nos institutions judiciaires et policières et que l'armée surtout doivent être abolis.

Au printemps dernier, lors d'un examen d'instruction religieuse dans un collège de jeunes filles à Moscou, le professeur, puis un ecclésiastique présent interrogèrent les élèves sur les commandements de Dieu, le sixième en particulier. Lorsque la réponse était juste, l'ecclésiastique posait une autre question, en général celle-ci : la Loi divine interdit-elle toujours et partout le meurtre ? Et ces malheureuses jeunes perverties par leurs professeurs, devaient répondre et répondaient qu'il est permis de tuer à la guerre et pour châtier des criminels.

Cependant l'une de ces malheureuses (je n'invente pas, c'est un fait que m'a rapporté un témoin), lorsqu'elle s'entendit poser la question habituelle : « Le meurtre est-il toujours un péché ? » répondit, rougissante et émue, que c'était toujours un péché et opposa à tous les sophismes de l'ecclésiastique sa ferme conviction que le meurtre est toujours interdit, qu'il est interdit dans l'Ancien Testament, et que le Christ a interdit non seulement de tuer, mais de faire le moindre mal à son frère.

Malgré sa majesté et son art de la rhétorique, l'ecclésiastique ne trouva rien à répondre à la jeune fille qui sortit victorieuse du combat.

Oui, nos journaux peuvent parler des progrès de l'aviation, de relations diplomatiques, de clubs, de découvertes, d'alliances de toutes sortes, de prétendues œuvres d'art, et passer sous silence ce qu'a dit cette jeune fille ; mais nous ne devrions pas le faire, car c'est une chose que ressentent plus ou moins clairement ceux qui vivent dans le monde chrétien.

Le socialisme, le communisme, l'anarchisme, l'Armée du Salut, la criminalité croissante, le chômage, le luxe insolent des riches face à la misère des pauvres, le nombre des suicides qui augmente de façon effrayante, tout cela est le signe d'une contradiction interne qui doit être et qui sera résolue. Et bien entendu, résolue dans le sens de l'adoption de la loi d'amour et du refus de toute violence. Voilà pourquoi ce que vous faites au Transvaal, qui nous semble à nous le bout du monde, est un événement central, la plus importante des tâches à accomplir actuellement dans le monde et à laquelle doivent prendre part non seulement les nations chrétiennes, mais l'univers entier.

Je pense qu'il vous sera agréable d'apprendre qu'en Russie également des efforts sont faits dans ce sens, sous forme de refus du service militaire, refus qui sont de plus en plus nombreux chaque année. Si infime que soit le nombre de ceux qui chez vous pratiquent la non-résistance et chez nous en Russie le nombre des insoumis, les uns et les autres peuvent affirmer hardiment que Dieu est avec eux. Et Dieu est plus puissant que les hommes.

Il y a dans le fait de reconnaître le christianisme, même sous la forme pervertie qu'on a présentée aux peuples chrétiens, et d'admettre en même temps la nécessité des armées et des engins de guerre destinés à tuer massivement, il y a là une contradiction si évidente, si criante qu'elle doit inévitablement, tôt ou tard, et probablement bientôt, apparaître au grand jour et mettre fin soit à la reconnaissance de la religion chrétienne, nécessaire au maintien du pouvoir, soit à l'existence de l'armée et de la violence sous toutes ses formes, non moins indispensable au pouvoir.

Cette contradiction est ressentie par tous les gouvernements, par le gouvernement britannique comme par le gouvernement russe, qui par un naturel instinct de conservation la répriment plus énergiquement que toute autre activité antigouvernementale comme le montre votre revue. Les gouvernements savent où est le danger et font preuve de la plus grande vigilance, car il ne s'agit plus seulement de leurs intérêts, mais de la question : être ou ne pas être.

Avec mon plus parfait respect,
Léon Tolstoï

 

Gandhi ou l’apôtre de la non-violence


Gandhi, chef politique et spirituel indien, ayant marqué l’histoire par son engagement dans un combat non violent contre les inégalités.

Mohandas Karamchand Gandhi (1869-1948), surnommé le “Mahatma”, “la grande âme”, par le poète indien Rabindranâth Tagore, demeure une grande figure de l’action non violente.

Sa conception de la non-violence est née d’un quadruple héritage spirituel et philosophique : le jaïnisme transmis par sa mère, le bouddhisme, l’enseignement de Jésus et la pensée de “Tolstoï”, il a introduit un nouveau type d’action politique, fondée sur la recherche de la vérité ou “satyâgraha”, indissociable de “l'Ahimsa”, le principe de non-violence, exigeant de faire appel à sa conscience.
Son œuvre rappelle que l’exigence de non-violence est à envisager dans sa globalité et concerne donc toute forme de vie, qu’elle soit humaine, animale ou végétale.

>Mohandas Karamchand Gandhi
L’exigence de la non-violence

Dans ses mémoires “Autobiographie ou mes expériences de vérité”, Gandhi souligne que la non-violence est un état parfait difficile à atteindre, selon lui “nous ne sommes que de pauvres mortels pris dans l’immense heurt des forces de violence”. En effet, la non-violence, loin d’être innée, s’acquiert par la formation et l’apprivoisement des mouvements de violence. Il est toujours plus facile de condamner et de vouloir sévèrement punir l’auteur d’un acte de cruauté que de choisir de combattre les dysfonctionnements d’un système.

Pour Gandhi, la non-violence est un combat face à l’injustice, un combat actif et constructif qui va au-delà de la loi du talion en usant d’armes morales et spirituelles.

Dans ses “Lettres à l’âshram” il écrit : “La non-violence ne consiste pas à renoncer à toute lutte réelle contre le mal. La non-violence sous sa forme active est bonne volonté pour tout ce qui vit. Elle est amour parfait”. Toute vie quelle qu’elle soit participe à l’harmonie universelle, pour cette raison toute violence perpétrée à son encontre rompt cette harmonie.

La non-violence : un pouvoir civique inestimable

A l’époque de Gandhi, l’Inde vit depuis trois siècles sous la domination britannique, imposant aux Indiens  nombre de mesures coercitives. Gandhi découvre les écrits de Thoreau, Ruskin, mais surtout la “Lettre à un Hindou” de Tolstoï, écrite en 1908 et adressée à un révolutionnaire hindou.

Tolstoï y réfute l’efficacité de la violence dans l’action civique et politique. Il y démontre également  qu’il est possible de se libérer pacifiquement de l’oppression au nom de la loi d’amour.

Cette position implique de refuser de participer, de s’impliquer dans des actes qui peuvent nuire à autrui en conservant une totale maîtrise de soi. Chaque citoyen peut donner sa voix pour dire « non » à un pouvoir jugé abusif.

 

La lutte non violente
Étymologie de la non-violence

Issu du Sanskrit “ahimsa” le mot “non-violence” a été introduit par Gandhi en 1920. Dès 1921 ce mot fait son apparition dans la langue française. Étymologiquement il se rapproche “d'innocence” désignant à l’origine celui “qui ne peut se résoudre à commettre le mal, à nuire”. La non-violence fait partie du patrimoine de l’humanité trouvant ses sources dans les textes fondateurs des grandes sagesses. Mahavira, fondateur du jaïnisme, Patanjali (dans les Yoga Sutra), Bouddha, et plus tard Jésus, ont mis en valeur dans leurs enseignements la bienveillance à avoir à l’égard de toute vie. Gandhi lui-même revendiquera cet héritage.

L’attitude non violente

Être non violent ne signifie pas être passif ou indifférent face à l’intolérable, bien au contraire la non-violence implique un certain nombre d’actes individuels et collectifs pour lutter contre l’injustice. La lutte non violente permet de mettre en place des stratégies de combat à la fois efficaces et respectueuses dont la finalité est de refuser de soutenir l’inacceptable sans jamais user de la moindre forme de brutalité.

Crédit : Anonimus 011100110100

 

Nous avons un devoir d'humanité envers les animaux
Élisabeth de Fontenay


Élisabeth de Fontenay

Non, l’homme n’est pas un animal comme les autres, même s’il partage 99% de son ADN avec le singe, affirme Élisabeth de Fontenay. Mais notre exception humaine ne nous autorise pas à prendre des airs supérieurs. Elle implique à l’inverse des responsabilités, des devoirs, en particulier celui de respecter et de protéger les “sans-parole”, les “sans-défense” que sont les bêtes.
Rencontre avec Élisabeth de Fontenay la philosophe de la cause animale.

Psychologies : D’où vous vient cet amour des bêtes ?

Élisabeth de Fontenay : Élisabeth de Fontenay : De ma famille. Dans mon enfance, l’amour des animaux n’allait pas de soi. En classe, j’étais la seule dont la famille avait un chien. Ma mère était membre de la SPA, dont nous recevions le bulletin à la maison.

Mon père chassait tous les week-ends. Il avait un grand sens de la nature, de la vie avec les bêtes. Et puis, il y avait l’amour des chevaux…

Mon grand-père, que je n’ai pas connu, était officier de cavalerie. Très tôt, j’ai eu envie d’apprendre à monter à cheval, un désir que mes parents m’ont permis de réaliser, et, là encore, ce n’était pas courant. J’ai même chassé à courre à deux reprises, un souvenir enivrant qui, aujourd’hui, me fait honte. Mon premier regard sur les animaux est rempli de joie et de vie. La prise de conscience de leur souffrance est venue plus tard.

Klaus Petrus : Comment vous êtes-vous intéressée, philosophiquement, à la cause animale ?

Élisabeth de Fontenay : Probablement parce que je ne me considérais pas comme une « grande philosophe », je me suis toujours intéressée à des questions aux limites de la philosophie, sur lesquelles elle bute. C’est le cas de l’animalité. Mes deux thèmes majeurs de réflexion sont la question juive et les animaux. Cette association peut paraître choquante, mais c’est la vérité de mon cheminement intellectuel. De plus, après 1945, de très nombreux auteurs juifs – Max Horkheimer, Theodor Adorno, Primo Levi, Isaac Bashevis Singer, Romain Gary et bien d’autres encore – ont eux-mêmes été littéralement obsédés par la condition animale. Ils ont laissé entendre que le sort des bêtes pouvait parfois ressembler au leur – et inversement. Eux, eux seuls, avaient le droit de le dire, ils avaient suffisamment souffert dans leur chair de la cruauté, de la perversité d’autres hommes…

Klaus Petrus : La philosophie classique nous parle quand même des animaux...

Élisabeth de Fontenay :Oui, les philosophes ont tous abordé le thème de l’animalité, mais toujours en opposant l’animal à l’homme, en soulignant ses manques : il n’a pas d’âme, de raison, de regard, de visage, de conscience de la mort. Il n’a pas, il n’est pas… C’est cette espèce de face-à-face vaniteux et stérile que j’interroge dans Le Silence des bêtes.

Heureusement, il y a eu des exceptions : Montaigne, qui estimait la cruauté envers les bêtes dangereuse pour l’homme lui-même ; Rousseau, également convaincu que nous avons un devoir d’humanité envers elles… Ce n’est pas un hasard si l’un et l’autre lisaient Plutarque. Pour ce penseur grec, les animaux qui nous ont rendu service – le vieux cheval qui nous a porté, le boeuf qui a labouré notre champ – ne doivent pas être abattus une fois devenus vieux.

Le poly théisme gréco-romain, avec ses dieux qui prennent volontiers une forme animale, a su accorder une place aux bêtes. Le monothéisme, en revanche, ne les a jamais reconnues et protégées. Même si plusieurs prescriptions bibliques exigent le respect de l’animal qui vit avec nous. En particulier l’interdiction de faire travailler une bête le jour du shabbat ou d’atteler ensemble un animal fort et un animal faible.

Klaus Petrus : Pourquoi parle-t-on autant de la cause animale, d’un droit pour les animaux, aujourd’hui ?

Élisabeth de Fontenay :Nous assistons actuellement à une « judiciarisation » extrême de la société. Pour ne prendre qu’un exemple, nous en sommes venus à parler du « droit à l’enfant » pour les couples qui ne peuvent en avoir. L’aspect positif de cette situation, que je trouve parfois un peu inquiétante, est que les animaux bénéficient de ce grand mouvement. Je pense en effet que les maltraitances doivent être sévèrement sanctionnées, que les lieux d’élevage et les abattoirs doivent être surveillés, soumis à une législation très stricte. D’autant qu’avec l’industrialisation les méthodes d’élevage et d’abattage sont devenues parfaitement intolérables. Quelle est la vie d’un veau, d’un cochon, d’une volaille, d’un être
vivant élevé dans ces conditions ?

Klaus Petrus : Ne pensez-vous pas que la préoccupation pour la cause animale est aussi liée à l’intérêt actuel pour la nature, l’écologie ?

Élisabeth de Fontenay : Il me semble extrêmement important, philosophiquement et politiquement, de ne pas confondre protection de la nature et défense des animaux. Un mouvement pour les droits des animaux n’est pas forcément écologiste, et inversement. Pour moi, les deux démarches sont différentes. Les animaux ne sont pas assimilables à des arbres. Ils ont des mondes à eux. Les mammifères sont, comme nous, touchés par « la terrible césure de l’acte de naissance », pour reprendre une expression de Freud.

Klaus Petrus : Actuellement, le droit ne protège que les animaux domestiques – qui ont des maîtres. Comment peut-il venir en aide aux animaux sauvages ?
Et aux insectes, grands oubliés de la protection animale ?

Élisabeth de Fontenay : Il serait possible de protéger les animaux sauvages au titre de patrimoine de l’humanité. C’est une situation qui leur off rirait un statut plus intéressant que celui dont ils bénéfi cient en étant enfermés dans des réserves, et surtout dans des parcs zoologiques. La question du statut juridique de l’animal, de sa défi nition, « qu’est-ce qu’un animal ? », doit faire l’objetd ’une réflexion parallèle à celle qui a été mise enplace autour du droit à l’avortement – « qu’estce qu’un embryon ? Qu’est-ce qu’un foetus ? Un individu en puissance ? ». C’est une question politique !

Il est clair, selon moi, que nous devons protéger les animaux au même titre que le droit protège les humains incapables de consentement, les enfants, les malades. Il ne s’agit pas de donner aux grands singes des droits en tout point identiques aux nôtres, comme le veulent certains. Les hommes sont cousins des primates, mais ils ont tellement évolué qu’une différence abyssale les sépare. Il est vrai que nous nous intéressons surtout aux animaux les plus proches de nous : les mammifères, et plus largement les vertébrés. Pourtant, récemment, nous avons pris conscience de l’utilité des abeilles. Et nous sommes aussi touchés par le spectacle d’un papillon qui se meurt. Quant au droit des moustiques et des vers de terre…

Klaus Petrus : Gandhi lui-même admettait qu’exister – respirer, boire, manger, bouger – entraîne nécessairement la destruction de certaines formes de vie : la mouche qui tombe dans le verre de bière, la chenille écrasée par mégarde... Mais la cause animale se heurte aussi à la force du préjugé : défendre les bêtes serait bébête, enfantin.

Élisabeth de Fontenay : Dans Sans offenser le genre humain, je m’efforce justement de montrer qu’il n’existe aucune contradiction entre l’humanisme et le soutien de la cause animale. Et il ne faudrait quand même pas oublier que défendre les animaux fait partie de la tradition progressiste. Michelet, Hugo, Jaurès réclamaient déjà un droit pour eux. Au nom de la république et de la démocratie. Il se trouvera toujours des gens pour clamer qu’il est honteux de se soucier des bêtes alors que tant d’hommes souff rent, meurent de faim, dorment dans la rue, et qu’il faut impérativement se préoccuper d’abord de ces malheureux. Mais n’est-ce pas un peu facile ? Laissons chacun s’investir dans les causes qui le touchent et faire le bien comme il l’entend. La pitié, l’émotion ne se commandent pas. Rien ne dit du reste que celui qui, aujourd’hui, s’investit totalement dans la cause animale ne sera pas, demain, entièrement mobilisé au service des hommes.

Klaus Petrus : Est-il légitime d’affirmer que les humains sont coupables de génocide quand ils massacrent les baleines, exterminent des espèces entières ?

Élisabeth de Fontenay : Que l’homme s’arroge le droit d’exterminer des milliers d’animaux, des espèces entières, est effroyable. Mais, même si le mot « génocide » n’est pas inadéquat pour désigner ces massacres, il me semble que l’utiliser tient de la provocation. Il est inutile d’aller aussi loin pour faire entendre la barbarie de la chasse à la baleine et des tueries de phoques. Il reste que les humains sont de grands prédateurs. Il suffit de penser à ces troupeaux systématiquement abattus au moment de la « crise de la vache folle ». À ces oiseaux, ces poulets brûlés vifs quand la grippe aviaire a fait son apparition. Pour éviter la contagion… au nom d’un principe de précaution devenu pure folie meurtrière. Nous tuons des bêtes pour les manger, nous tuons des bêtes pour éviter de les manger. Quel destin cruel, absurde que le leur ! Heureusement, nous réussissons tout de même à protéger quelques espèces(1).

(1) La disparition des espèces est un phénomène naturel. Toutefois, à cause des activités humaines, elles s’éteignent à un rythme cent à mille fois plus élevé. Si la tendance se maintient, certains scientifiques estiment que plus de 50 % des espèces connues auront disparu à la fin du XXIème siècle...

Klaus Petrus : Aussitôt qu’une espèce est déclarée « protégée », collectionneurs, braconniers, trafi quants d’animaux sauvages se jettent dessus, parce qu’elle est rare, donc précieuse... Comment expliquer une telle persévérance dans le mal ?

Élisabeth de Fontenay : C’est une question à poser à la psychanalyse, pas à la philosophie. Les hommes se conduisent volontiers en grands pervers, incapables d’empathie, inaptes à se représenter la souffrance de l’autre, en l’occurrence, de l’animal. Alors, comment le chasseur de phoques, de baleines, le boucher des abattoirs peuventils accomplir leurs gestes meurtriers ? Ils n’y pensent pas. Ils sont engagés dans l’action. Là où nous ne voyons que pure violence, ils prennent part à un processus qui donne sens à leur geste et qui va leur apporter un gain.

Klaus Petrus : Comment responsabiliser les humains et les sensibiliser à la cause animale ?

Élisabeth de Fontenay : Plusieurs philosophes nous enseignent que la considération pour les bêtes est l’apprentissage du respect des hommes. C’est en portant un regard humain sur les animaux, c’est en prenant conscience de notre humanité que nous ferons mûrir l’idée d’une responsabilité vis-à-vis d’eux. Pas en évoquant l’animalité de l’homme : comment responsabiliser une personne en lui racontant qu’elle est une bête ? C’est avec nos particularités humaines – la parole, l’écriture, le sens de l’histoire, du bien et du mal, que nous édifierons des lois pour protéger les animaux. « Ils dorment et nous veillons ». Celui qui veille est responsable de ceux qui dorment – les animaux. Ce mot de Buffon repris par Diderot me hante. Oui, nous devons rester éveillés.

Nous avons un devoir envers les animaux.
Entretiens avec Elisabeth de Fontenay.

 

 

Son parcours philosophique

Élisabeth de Fontenay est née en 1934 d’un père qui fut résistant puis le premier directeur de l’École nationale d’administration (ENA) et d’une mère issue d’une famille juive d’Odessa, en Ukraine. Ignorant cette origine, adolescente, elle se sent malgré tout « diff érente ». La découvrant, elle fera de la question juive son second grand thème de réfl exion. Agrégée de philosophie, élève de Vladimir Jankélévitch, elle est actuellement maître de conférences honoraire à l’université Paris-I Panthéon-Sorbonne et membre du comité d’éthique de l’Inserm.

Ses livres clés :

- 1979 : Diderot ou le Matérialisme enchanté (Grasset,réédité en 2001). La découverte de l’oeuvre de Diderot, pleine d’énergie et de générosité.
- 1998 : Le Silence des bêtes, la philosophie à l’épreuve de l’animalité (Fayard). L’essai par lequel elle est devenue « la » philosophe de la cause animale, et qui demeure un événement philosophique majeur.
- 2006 : Une tout autre histoire, questions à Jean-François Lyotard (Fayard). C’est d’histoire juive qu’il s’agit, le Sinaï, Abraham, mais aussi Auschwitz. Le second versant de sa réflexion.

Un essai politique : Sans offenser le genre Humain, réflexions sur la cause animale d’Élisabeth de Fontenay (Albin Michel, 220 p., 18 €)

Alors que “Le Silence des bêtes” explorait l’énigme animale vue par les philosophes, Élisabeth de Fontenay aborde ici les questions pratiques, politiques que se posent les défenseurs de la cause animale ou tout simplement les amis des bêtes : quel statut de droit pour l’animal, comment le protéger, quels sont nos devoirs envers lui ? Un ensemble de textes où l’émotion pointe à chaque ligne, qui peut être lu comme le J’accuse ! de la cause animale.

 

Galilée et l'Univers

Ses Origines: Galilée est né à Pise en 1564. Il réside à Florence jusqu'à l'âge de 10 ans. Vincent, son père est un musicien professionnel qui très tôt initie son fils à la musique. Mais ce qui intéresse le plus Galilée dans la musique ce sont les problèmes d'acoustique.

Poussé par son père, Galilée entre à la faculté de médecine de l'Université de Pise en 1581, sans pourtant y rencontrer le succès escompté à la grande déception de sa famille.

En 1585, il se penche de plus près sur les Mathématiques avec son ami Ostilio Ricci. Il obtient un poste d'assistant dans cette discipline à l'Université de Pise en 1589. A cette même époque, l'université de Padoue est la plus réputée d'Italie et c'est très logiquement que Galilée cherche à y obtenir un poste.

C'est chose faite en 1592 lorsqu'il est recruté en tant qu'enseignant en mathématiques. Il devient soutien de faille à la mort de son père en 1591 et son salaire de vient vite insuffisant. Ce nouveau poste obtenu à l'université de Padoue lui ouvre de nouveaux horizons. Par la suite il se lie avec Maria Gamba et de leur union naîtront trois enfants.

Vers les basses de la mécanique classique

L'étude des mouvements devient assez vite le sujet favori de Galilée, qui quitte ainsi progressivement sa discipline première. Mais son court passé de mathématicien va lui permettre de créer une nouvelle méthode d'étude des phénomènes naturels. Sa méthode est simple, il considère qu'il faut tenter de décrire et d'expliquer les phénomènes les plus simples avant de vouloir donner une explication à la complexité du monde.

Choqué par le manque de rigueur du raisonnement scientifique auquel il est confronté chaque jour dans les ouvrages qu'il consulte, il introduit le modèle mathématique dans l'étude des phénomènes physiques, ce qui pour lui est à la base de tout raisonnement scientifique digne de ce nom.

Cela lui permet très vite de développer les premières base solides de la mécanique. Il met dans la confidence son ami Pietro Sarpi, un historien vénitien.
“Depuis un point de départ au repos s'ajoutent à lui-même des moments de vitesse égaux et des durées égales” sera sa première définition de l'accélération. Son intérêt se porte ensuite sur la chute des corps. La légende raconte que c'est du sommet de la Tour de Pise que Galilée a pour la première fois confronté sa théorie à la pratique en laissant choir des poids différents du sommet remettant ainsi en cause les idées d'Aristote.

Les premières lois physiques

L'étape suivante consistait à vérifier expérimentalement les autres hypothèse qu'il avait émises sur la chute des corps. C'est à l'aide d'un système d'écoulement d'eau à débit constant en guise de chronomètre que Galilée put confronter ses théories à la pratique.

Sa célèbre expérience de la boule qui roule sur un plan incliné (1604) a permis cette vérification qui déboucha donc sur le premier énoncé de la loi de la chute libre “l'espace parcouru lors d'une chute naturelle est proportionnel au carré des durées”.

Avec le même matériel et la même méthode, Galilée s'applique par la suite à étudier le mouvement d'un pendule. Il fixe une bille à une ficelle, lui donne une petite poussée et mesure le temps d'un aller-retour.

Sa théorie prévoyant que la durée des oscillations ne dépendait que de la longueur de la ficelle est aussi vérifiée expérimentalement. Conscient de la limite de précision de ses systèmes de mesure du temps (pouls, écoulement d'une liquide), mais de l'efficacité de sa méthode, Galilée sait que sa façon de travailler peut révolutionner l'évolution scientifique.

Ces observations ont tout naturellement débouché vers les bases de la balistique, Galilée observant par la suite que si on combinait accélération verticale et mouvement horizontal on obtenait une trajectoire parabolique, qui est la base du mouvement de tout projectile.

Galilée démonte aussi entièrement les lois aristotéliciennes en mettant définitivement un terme aux lois liant les quatre éléments de base (eau, terre, air, feu). Par la suite ses travaux seront repris par Newton qui fondera la mécanique classique quelques décennies plus tard.

Une nouvelle vision du cosmos

Galilée décide alors de mettre ses conclusions par écrit dans un livre censé décrire le mouvement uniformément accéléré. Mais son œil est vite attiré par une nouvelle invention, la lunette. Il a vite l'idée de la mettre au profit de l'observation du ciel. Depuis de longues années, Galilée s'était rangé à la vision copernicienne du monde qui laissait supposer que le Soleil était le centre de ce que nous appelons aujourd'hui le système solaire. Galilée sentait qu'il avait, avec la lunette, le moyen d'apporter des preuves à cette vision révolutionnaire.

La première idée de Galilée fut d'observer en 1609 la surface de la Lune. Il émis l'hypothèse de la présence de montagnes et de mers sur la Lune. Aujourd'hui encore les grandes cratères lunaires portent le nom de mer en mémoire de Galilée, même s'ils ne renferment pas d'eau.

Mais ce qui intéressait le plus Galilée c'était de découvrir des astres nouveaux, ce qu'il fit le 7 janvier 1610. En pointant sa lunette vers Jupiter, il vit que cette planète était accompagné de trois petits astres qui semblaient assez proche d'elle. Cette impression fut vérifiée en observant le ciel les nuits suivants. Ces petits astres semblaient se déplacer autour de Jupiter.

Le 13 janvier il en découvrit même un quatrième qui avait jusque-là était caché par Jupiter. C'est ainsi que Galilée découvrit les quatre principaux satellites de Jupiter, Io, Europe et Ganymède dans un premier temps et puis Callisto quelques jours plus tard. La Terre n'était donc pas seule à avoir un satellite. Voilà qui allait encore apporter de l'eau au moulin de tous ceux qui donnaient crédibilité à la théorie de Nicolas Copernic.

Dans son ouvrage publié deux mois plus tard, « Sidereus nuncius » (le Messager céleste), Galilée fait part de sa découverte à tout le monde. La découverte de Galilée fut alors rapidement confirmée par le moine jésuite allemand Christophorus Clavius qui vivait à Rome et qui donna encore plus de crédibilité à la découverte de Galilée face à une assemblée de savants européens qui étaient pour le moins sceptiques.

Une belle promotion

Cette découverte majeure permit à Galilée d'être invité à la cour de Cosme II de Médicis le grand-duc de Toscane et fut admis dans l'Académie des Lynx. Nombreux furent les savants qui comme Galilée cherchèrent par la suite la renommée en voulant découvrir de nouveaux astres.

Christoph Scheiner, autre moine jésuite, décrivit les taches solaires comme des satellites. Une vision du Soleil quelque peu fantaisiste que Galilée critiqua lourdement. Au loin pointait déjà cette nécessité de ne pas remettre en cause les écrits de la Bible.

Le Soleil faisait partie du Ciel et était considéré, tout comme la Lune, comme la résidence des Anges. Résidence qui se devait d'être pure et respectée. C'est dans ce sens qu'allait l'interprétation de Scheiner.

Galilée et l'église

Les idées de Galilée furent très vite interprétées par l'Eglise comme une profanation de la Bible. On fit très vite comprendre à Galilée que les idées coperniciennes n'avaient pas lieu d'exister dans un contexte religieux très mouvementé (l'Eglise devait faire face à la poussée de mouvements protestants). Cherchant à calmer les esprits, Galilée annonça qu'il ne faisait qu'interpréter différemment les écrits bibliques, ce qui contribua finalement à mettre de l'huile sur le feu. L'Eglise ne pouvait tolérer qu'on remette en cause sa façon d'interpréter les Ecritures Saintes.

C'est ainsi que Galilée abandonna provisoirement l'astronomie et se consacra à l'écriture. Encouragé par le succès de ses livres (et notamment de « l'Essayeur », Galilée espéra pouvoir se remettre à l'astronomie. Il y fut autorisé par le pape Urbain VIII qui lui demanda toutefois de proposer les deux systèmes cosmologiques, celui de Ptolémée qui considérait que la Terre était le centre de l'Univers et celui de Copernic qui considérait qu'au contraire c'était le Soleil qui représentait le centre de notre actuel système solaire. Le « Dialogue sur les deux systèmes du monde » publié en 1632, met en scène trois personnages : Sagredo, Salviati et Simplicio. Les deux premiers sont d'anciens étudiants de Galilée morts. Le troisième est un disciple d'Aristote et donc de la vision géocentrique du monde. Les propos de Simplicio sont mis en pièces par les disciples de Galilée et c'est de cette manière que Galilée montre que le Soleil est à l'évidence le centre des trajectoires des autres planètes.

En 1633, Galilée doit se rendre publiquement au tribunal pour être jugé par l'Inquisition. Là, il se voit obligé de se rétracter et d'abjurer le système cosmologique de Copernic. Galilée fut ainsi condamné à passer la fin de ses jours dans sa maison de campagne d'Acetri sous sous surveillance de l'Inquisition.

Une fin de vie dans l'anonymat

En 1634, la mort de sa fille aînée Virginia à l'âge de 33 ans, l'affecte beaucoup et le précipite vers la déchéance.
En 1637, il est frappé de cécité totale, mais avec l'aide ces assistants, il parvient toutefois à publier le « Dialogue concernant deux nouvelles sciences » qui met en scène les trois mêmes personnages du « Dialogue sur les deux systèmes du monde ». Ce livre contient essentiellement des idées nouvelles sur le plan de la mécanique. Comme Galilée est interdit de publication en Italie, le livre est publié en Hollande en 1638.

Durant les dernières années de sa vie, Galilée donne des pistes de recherche à la postérité. Son élève, Vincenzo Viviani perpétuera les idées de Galilée après sa mort et présentera ses travaux à la communauté scientifique. Galilée reçoit la visite de nombreux personnages de l'époque parmi lesquels Thomas Hobbes (écrivain anglais) et John Milton (poète anglais). Sa dernière visite est celle d'un étudiant se nommant Evangelista Torricelli qui visita Galilée dans les derniers mois de sa vie et qui apprit beaucoup de son nouveau maître. Galilée décède en janvier 1642 et Torricelli inventera le baromètre l'année suivante (1643).

Galilée le Messager céleste (1610)

Ce qui dépasse en merveille toute imagination et nous a surtout amené à nous adresser à tous les astronomes et philosophes, c'est d'avoir découvert quatre étoiles errantes que personne avant nous n'avait connues ni observées comme Vénus et Mercure autour du Soleil, elles ont leur propre révolution autour d'un astre principal déjà connu, que tantôt elles précèdent et tantôt elles suivent, sans jamais s'en éloigner au-delà de certaines limites.

 

 

Einstein, Albert (1879-1955), physicien américain d'origine allemande, lauréat du prix Nobel pour son étude de l'effet photoélectrique, mais surtout connu comme le créateur des théories de la relativité restreinte et générale (www.geocities.com/crousset.geo/einstein.html).

Albert Einstein 1905 l'année lumière

Albert Einstein ses études terminées, n'obtient aucun poste universitaire du fait de sa mauvaise réputation. Après plusieurs mois de chômage, il finit par trouver un emploi d'expert de troisième classe au Bureau fédéral de la propriété intellectuelle de Berne. Cela lui convient tout à fait, puisqu'il lui permet de disposer de temps pour ses recherches scientifiques.

A cette époque, la maison d'Einstein est ouverte en permanence à plusieurs de ses amis scientifiques, auprès de qui il éprouve les théories qu'il imagine. Cette émulation constante lui permet de s'améliorer sans cesse dans ses raisonnements et de parfaire ses connaissances.

En 1905, Albert Einstein publie coup sur coup quatre articles qui vont révolutionner la physique. Il démontre par exemple que la lumière est faite de particules élémentaires rassemblées en faisceau, alors que le reste du monde scientifique la considère comme une onde, au même titre que le son. Partant de cette théorie, il parvient ensuite à expliquer pour la première fois l'effet photoélectrique.
Mais, en juin 1905, il va surtout formuler une nouvelle théorie de l'espace et du temps, dite de « relativité restreinte », dont il tirera dans la foulée la relation entre matière et énergie, résumée dans l'équation E = mc2.

 

Large Hadron Collider, c’est la machine la plus complexe conçue et réalisée dans toute l’histoire de l’humanité. Le Large Hadron Collider, ou LHC, va recréer les conditions de la naissance de l’Univers et partir à la recherche de la mystérieuse matière noire et peut-être nous révéler un monde avec des dimensions spatiales supplémentaires. En plus de changer radicalement notre vision du monde et de la place que nous y occupons, il pourrait changer notre vie par l’intermédiaire de la bio-informatique.

 

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