return Home 1 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 13 14 15
  • Déclaration
  • Stage spécial
  • Silence bêtes
  • La sagesse
  • La fourrure
  • Le Foie gras
  • Abattage

Protection de la vache

Au sein de l’Hindouisme, il y a un fait essentiel, qui est la protection de la vache. Pour moi, la protection de la vache est un des plus merveilleux phénomènes qui est apparu durant l’évolution humaine.
Cela rend l’être humain au-delà des autres espèces.

La vache symbolise, ainsi, l’intégralité du monde non-humain.
L’homme, à travers cet animal, est invité à réaliser son identité profonde, similaire avec tout ce qui vit.

Pourquoi la vache a-t-elle été choisie comme étant l’archétype de la compassion ? Cela est flagrant à mon avis : la vache était le meilleur compagnon que l’humanité puisse espérer en Inde. Elle était mère d’abondance. Non seulement en offrant son lait, mais aussi en rendant l’agriculture possible.

« La protection de la vache n’est pas seulement l’aide que l’on se doit d’apporter à la vache. Cela signifie aussi la protection envers toutes les vies, sans défense, et faibles, en ce monde ».

Pour savoir plus : Lettres à l’Ashram Protection de la vache

 

 

Déclaration Universelle des Droits de l'Animal


La Déclaration Universelle des Droits de l'animal a été proclamée solennellement le 15 octobre 1978 à la Maison de l'UNESCO à Paris. Elle constitue une prise de position philosophique sur les rapports qui doivent désormais s'instaurer entre l'espèce humaine et les autres espèces animales. Son texte révisé par la Ligue Internationale des Droits de l'Animal en 1989, a été rendu public en 1990.

PRÉAMBULE :

  • Considérant que la Vie est une, tous les êtres vivants ayant une origine commune et s'étant différenciés au cours de l'évolution des espèces.
  • Considérant que tout être vivant possède des droits naturels et que tout animal doté d'un système nerveux possède des droits particuliers.
  • Considérant que le mépris, voire la simple méconnaissance de ces droits naturels provoquent de graves atteintes à la Nature et conduisent l'homme à commettre des crimes envers les animaux.
  • Considérant que la coexistence des espèces dans le monde implique la reconnaissance par l'espèce humaine du droit à l'existence des autres espèces animales.
  • Considérant que le respect des animaux par l'homme est inséparable du respect des hommes entre eux.

IL EST PROCLAME CE QUI SUIT

Article premier
Tous les animaux ont des droits égaux à l'existence dans le cadre des équilibres biologiques.
Cette égalité n'occulte pas la diversité des espèces et des individus.

Article 2
Toute vie animale a droit au respect.

Article 3

  • Aucun animal ne doit être soumis à de mauvais traitements ou à des actes cruels.
  • Si la mise à mort d'un animal est nécessaire, elle doit être instantanée, indolore et non génératrice d'angoisse.
  • L'animal mort doit être traité avec décence.

Article 4

  • L'animal sauvage a le droit de vivre libre dans son milieu naturel, et de s'y reproduire.
  • La privation prolongée de sa liberté, la chasse et la pêche de loisir, ainsi que toute utilisation de l'animal sauvage à d'autres fins que vitales, sont contraires à ce droit.

Article 5

  • L'animal que l'homme tient sous sa dépendance a droit à un entretien et à des soins attentifs.
  • Il ne doit en aucun cas être abandonné, ou mis à mort de manière injustifiée.
  • Toutes les formes d'élevage et d'utilisation de l'animal doivent respecter la physiologie et le comportement propres à l'espèce.
  • Les exhibitions, les spectacles, les films utilisant des animaux doivent aussi respecter leur dignité et ne comporter aucune violence.

Article 6

  • L'expérimentation sur l'animal impliquant une souffrance physique ou psychique viole les droits de l'animal.
  • Les méthodes de remplacement doivent être développées et systématiquement mises en œuvre.

Article 7
Tout acte impliquant sans nécessité la mort d'un animal et toute décision conduisant à un tel acte constituent un crime contre la vie.

Article 8

  • Tout acte compromettant la survie d'une espèce sauvage, et toute décision conduisant à un tel acte constituent un génocide, c'est à dire un crime contre l'espèce.
  • Le massacre des animaux sauvages, la pollution et la destruction des biotopes sont des génocides.

Article 9

  • La personnalité juridique de l'animal et ses droits doivent être reconnus par la loi.
  • La défense et la sauvegarde de l'animal doivent avoir des représentants au sein des organismes gouvernementaux.

Article 10

  • L'éducation et l'instruction publique doivent conduire l'homme, dès son enfance, à observer, à comprendre, et à respecter les animaux.


La Déclaration Universelle des Droits de l'Animal a été proclamée solennellement à Paris,le 15 octobre 1978 à la Maison de l'Unesco, son texte révisé par la Ligue Internationale des Droits de l'Animal en 1989, a été rendu public en 1990.


 

 

Esprit de la déclaration Universelle


La Déclaration Universelle des Droits de l’animal a été proclamée solennellement le 15 octobre 1978 à la Maison de l’UNESCO à Paris. Elle constitue une prise de position philosophique sur les rapports qui doivent désormais s’instaurer entre l’espèce humaine et les autres espèces animales.

Cette philosophie, qui s’appuie sur les connaissances scientifiques les plus récentes, exprime l’égalité des espèces face à la Vie. Elle propose à l’humanité les règles d’une éthique biologique. L’idée d’un égalitarisme universel n’est pas nouvelle: on la reconnaît dans des civilisations bien plus anciennes que la civilisation occidentale, et dans des religions bien différentes des religions judéo-chrétiennes.

Mais cette éthique devait être exprimée avec clarté et fermeté dans le monde actuel, déjà trop perturbé, menacé de destruction, et où violence et cruauté explosent à chaque instant. Si l’homme a pu établir peu à peu un code de droits pour sa propre espèce, il ne dispose cependant d’aucun droit particulier en regard de l’univers. Il n’est en effet que l’une des espèces animales de la planète, et l’une des plus récemment apparues.

La Vie n’appartient pas à l’espèce humaine; l’homme n’en est ni le créateur, ni le détenteur exclusif; elle appartient tout autant au poisson, à l’insecte, au mammifère, comme aux végétaux.

L’homme a créé dans le monde vivant une hiérarchie arbitraire qui n’existe pas naturellement, en ne prenant en compte que son usage propre. Cette hiérarchie anthropocentrique a conduit au spécisme, lequel consiste à adopter une attitude différente selon les espèces, à détruire les unes en protégeant les autres, à déclarer certaines “utiles” et d’autres “nuisibles” ou “féroces”, à réserver “l’intelligence” à l’homme pour n’accorder à l’animal que “l’instinct”.

C’est le spécisme qui a conduit l’homme à penser que l’animal ne souffre pas comme lui-même, alors que tout ce que l’on sait actuellement démontre au contraire qu’il souffre physiquement comme nous, et que sa pensée, liée à la présence d’un système nerveux centralisé, est bien plus élaborée que les neurosciences ne le laissent encore entrevoir, ce qui l’amène à souffrir aussi psychiquement. Ces aptitudes confèrent aux animaux des droits particuliers, par rapport aux végétaux.

La Déclaration Universelle des Droits de l’Animal doit aider l’humanité à se retrouver en harmonie avec l’univers. Elle n’a pas pour but de lui faire retrouver le mode de vie des tribus primitives.
Elle constitue une étape visant à amener l’homme au respect de la Vie sous toutes ses formes pour le bien de toute la communauté biologique à laquelle il appartient, et dont il dépend.

Elle n’a nullement pour objet, et ne doit pas avoir pour conséquence, de faire oublier la lutte contre la misère humaine, contre la souffrance morale ou physique, contre l’égoïsme forcené, les internements politiques, les tortures.

Au contraire, il s’avère que veiller au respect des Droits de l’Animal, c’est nécessairement veiller aussi au respect des Droits de l’Homme, car les uns sont inséparables des autres.

C’est donc bien une philosophie, une éthique biologique, une conduite morale que la Déclaration Universelle propose à l’humanité, en conduisant celle-ci, par une réflexion et une profonde prise de conscience, à retrouver sa place parmi les espèces vivantes, et à s’intégrer à nouveau dans l’équilibre naturel, condition fondamentale de sa propre survie.

Cela signifie que l’espèce humaine doit modifier son mode actuel de pensée, et renoncer à l’anthropocentrisme, comme à tout comportement zoolâtrique, pour adopter enfin une conduite et une morale centrées sur la défense de la Vie, et donner la priorité au biocentrisme. C’est en cela que la Déclaration Universelle des Droits de l’Animal constitue une étape importante dans l’histoire de l’intelligence humaine et de la morale.

Les sources d'inspiration, l'histoire de la rédaction et de la proclamation ainsi que les effets et perspectives de cette Déclaration sont exposés dans l'article de Jean-Marc Neumann (juriste, administrateur de la LFDA)"

La Déclaration Universelle des Droits de l'Animal ou l'égalité des espèces face à la vie, publié in Animal Law developments and Perspectives in the 21st Century" . Dike, Zurich, 2012

© 2015 LFDA - 39, rue Claude Bernard - 75005 Paris
Téléphone : +33 (0)1 47 07 98 99
www.fondation-droit-animal.org
Email : contact@fondation-droit-animal.org

 

 

Programme de base pour un parti pour les animaux


Ci-dessous vous pouvez lire le programme de base du Parti pour les Animaux. Celui-ci contient notre vision sur les animaux, la nature, l'environnement et l'attitude envers notre habitat. Cette vision est la base des principes du Parti pour les Animaux.

La vie sur Terre se présente sous des formes très diverses. Les espèces animales sont au nombre de plus d'un million. Chaque entité vivante s'efforce de subsister dans des conditions optimales, si besoin au détriment d'une entité voisine. Les espèces animales peuvent se retrouver en concurrence, ou se retrouver dans une situation chasseur-proie.

L'ensemble des entités vivantes est intégré dans l'écosystème planétaire, qui se maintient selon un équilibre naturel et dynamique. La vie sur Terre n'est donc pas un long fleuve tranquille, mais bien plus une lutte permanente où ses acteurs s'impliquent jusqu'à leur mort.

L'être humain fait certes partie de l'écosystème terrestre, mais au vu de son développement intellectuel et la culture dont il s'est doté, il s'est retrouvé dans une position où il lui est possible de défendre ses intérêts au détriment des autres entités vivantes de manière plus efficace et à plus grande échelle que n'importe quelle autre espèce animale.

Le même développement intellectuel lui confère cependant la liberté, aujourd'hui comme demain, de ne pas infliger de tort ou de mal aux autres espèces vivantes et à ses semblables. C'est sur la base de ce respect pour l'intégrité morale et physique de toute forme de vie sur Terre que l'Homme pourra bâtir des relations plus harmonieuses avec ses semblables, avec les animaux et avec la nature en général.

L'Homme ne s'est pas (encore) approprié ce respect pour la vie dans des proportions suffisantes. De ce fait, hier comme aujourd'hui, son comportement se caractérise par sa dureté et par sa négligence.

C'est pour cette raison que des espaces naturels se retrouvent anéantis en un temps record, que des espèces animales disparaissent, que l'écosystème terrestre, déboussolé, se retrouve sous pression et que des pans entiers de la population humaine voient leur avenir menacé. Il est moralement inacceptable que l'Homme puisse exploiter la nature au point d'occasionner des changements dramatiques pour les conditions de vie sur Terre et de détériorer, de réduire ou de faire disparaître le biotope de ses semblables ainsi que celui des autres formes de vie.

Les générations présentes en subissent les conséquences, et les générations futures y seront bien plus exposées encore. C'est pourquoi il est très important que l'Homme s'impose des limitations écologiques significatives. Celles-ci doivent être centrées sur la réduction de l'exploitation des espaces, des matières premières, de l'énergie, des plantes et des animaux.

Cet objectif est clairement fixé dans la Charte de la Terre, élaborée suite à une initiative des Nations Unies en 1987.
(United Nations World Commission on Environment and Development : www.earthcharter.org), et qui constitue le socle du programme pour de nombreuses organisations environnementalistes.

La protection de la viabilité, de la diversité et de la beauté de la Terre est considérée comme une « mission sacrée » pour l'humanité. L'article 15 stipule notamment que le respect et la commisération pour les animaux est un objectif à part entière. Les cruautés infligées par les hommes envers leurs animaux doivent être évitées, et les méthodes de chasse ou de pêche qui'occasionnent des souffrances extrêmes, longues ou inutiles' doivent être interdites.

La Charte plaide résolument pour une utilisation durable de la nature par l'Homme. Il est vrai que les formes de vie autres que l'espèce humaine y sont reconnues à leur juste valeur, et que le respect et la commisération pour les animaux y sont mis en avant, mais aucune résolution explicite n'y est prise concernant l'exploitation des animaux.

Il en est autrement dans la Déclaration Universelle des Droits des Animaux, qui émane de l'International League of Animal Rights en 1977. Celle-ci établit non seulement le principe de respect envers tous les animaux, mais elle qualifie, en vertu de l'article 7, toute mise à mort (ou d'une décision menant à la mort) d'un animal sans motif apparent de « crime contre la vie ».

Les sports de chasse et de pêche ne sont pas concernés par l'article. Quant aux expériences menées sur des animaux, une preuve doit être donnée qu'elles servent à remplir un objectif, et qu'elles sont accompagnées de recherches et de mises en pratique de solutions alternatives. Il est grand temps, après deux siècles de protection animale, de fixer des objectifs plus ambitieux dans les relations que l'Homme entretient avec les animaux, notamment dans la restriction de leur usage.

Les animaux sont encore trop souvent considérés comme des objets subordonnés à l'Homme et à ses intérêts, et pouvant être utilisés dans un but intéressé. L'exploitation des animaux et de leur biotope, même de manière durable, entraîne inéluctablement des répercussions négatives pour les animaux, et se termine même le plus souvent par leur mort.

Chaque relation que l'Homme entretient avec les animaux doit être entreprise après avoir soigneusement pris en considération le poids des intérêts humains et les conséquences pour l'animal. Le fait de nuire au bien être d'un animal perd d'autant plus sa justification morale que les intérêts humains à l'origine de cette action apparaissent moins importants, et que les conséquences pour les animaux sont plus néfastes.

L'exploitation des animaux dans un but qui n'est pas vital pour l'homme peut, selon cette approche, se voir diminuer et être bannie. Il va de soi que cela concerne entre autre l'industrie de la fourrure, le cirque, la corrida, la pêche à la ligne et d'autres formes de divertissement où les animaux impliqués sont maltraités ou menacés. Les traditions culturelles et religieuses qui mettent en scène des animaux où ceux-ci sont maltraités doivent savoir faire preuve de changement sur ce point.

En effet, les traditions, loin d'être immuables, peuvent évoluer au fil du temps pour s'adapter aux perceptions et aux normes morales des individus. Elles en ont apporté la preuve par le passé. L'utilisation des animaux de laboratoire et des animaux destinés à la consommation doit également avoir lieu seulement après un examen éthique où sont pris en considération les différents intérêts de l'Homme et des animaux.

Une attention particulière doit ici être portée vers les solutions alternatives pouvant remplacer l'usage des animaux de laboratoire et des animaux destinés à la consommation. Le développement et la mise en application de ces alternatives peuvent par conséquent être considérés comme relevant d'une nécessité éthique pour l'ensemble de l'humanité.

Des rapports attentionnés et affectueux à la nature et aux animaux induisent d'autre part un respect pour l'intégrité mentale et physique de l'Homme. Le point de référence idéal où une inspiration peut être trouvée est la Déclaration Universelle des Droits de l'homme (1948). Celle-ci met en avant les conditions permettant à l'Homme de vivre et de se développer en toute liberté, sans pression ni violence. L'homme doit ainsi tenir compte de ses semblables. Sa liberté s'arrête là où commence celle des autres.

La Déclaration Universelle des Droits de l'Homme constitue, avec la Déclaration des Droits de l'Animal et la Charte de la Terre, un programme de départ pratique menant à la manière avec laquelle nous devrions vivre en harmonie entre nous, avec les animaux et avec la nature. Cette esquisse est élaborée de manière plus précise dans le programme électoral du Parti pour les Animaux, et sert de contours pour les prises de position politiques du parti dans des questions actuelles.

Crédit : Party for the Animals
Worldlog Parti pour les Animaux (Français).

 

 

Décret n° 2004-416 du 11 mai 2004 portant publication de la convention européenne pour la protection des animaux de compagnie, faite à Strasbourg le 13 novembre 1987 et signée par la France le 18 décembre 1996

Décret n° 2004-416 droits de l'Animal de la convention européenne



Réfléchissez avant d'agir, et ne scie pas la branche sur laquelle vous êtes assis.
Aimez tous les animaux, n'abattez pas les arbres vers,
et vous ne connaîtrez pas l'adversité dans la vie.
Guru Jambheshwar (1451-1536)

 


Pour un petit morceau de viande

« Seuls les animaux transportés conformément à la Loi sur la protection des animaux (LPA) et possédant une marque d’identification en règle sont acceptés » C’est l’inscription qui figure au-dessus de la rampe en béton. Au bout de cette rampe gît raide et blafard un cochon mort. « Oui, certains meurent déjà durant le transport. Par collapsus cardiaque »

J’ai emporté une vieille veste; bien m’en a pris. Pour un début d’octobre, il fait un froid glacial. Ce n’est pourtant pas pour cette seule raison que je frissonne. J’enfonce les mains dans mes poches, m’efforce de montrer un visage avenant pour écouter le directeur de l’abattoir m’expliquer qu’on ne procède plus depuis longtemps à un examen complet de chaque bête, seulement à une inspection. Avec 700 cochons par jour, comment cela serait-il possible ?

« Ici, il n’y a aucun animal malade. Si c’est le cas, nous le renvoyons tout de suite, avec une amende salée pour le livreur. S’il le fait une fois, il ne le fera pas une deuxième » Je baisse la tête comme pour m’excuser – tenir, simplement tenir, tu dois tenir ces six semaines. Que deviennent les porcs malades ?  « Il y a un abattoir tout à fait spécial »

Je possède une certaine expérience concernant les règlements relatifs au transport et sais à quel niveau la protection des animaux est à présent reconnue. Ce mot, prononcé dans un tel endroit, a une résonance macabre. Dans l’intervalle, un gros camion d’où s’échappent des cris stridents et de lugubres grognements est venu se ranger face à la rampe.

Dans la pénombre du matin, on distingue mal les détails; toute la scène revêt un aspect irréel et rappelle quelque sinistre reportage de guerre, montrant des rangées de wagons gris et les visages blêmes et terrorisés d’une masse de gens humiliés, sur la rampe de chargement, embarqués par des hommes en armes.

Tout d’un coup, je m’y trouve en plein cœur, et c’est comme quand on fait un cauchemar dont on se réveille couvert de sueurs froides: au milieu de ce brouillard, par un froid glacial, dans ce demi-jour sale du bâtiment immonde, bloc ano­nyme de béton, d’acier et de catelles blanches, tout derrière, à la lisière du bois recouvert d’une légère gelée.

Ici se passe l’indicible, ce dont personne ne veut rien savoir

Les cris, c’est la première chose que j’entends chaque matin lorsque j’arrive pour obtenir mon certificat de stage de pratique. Un refus de ma part d’y participer aurait signifié, pour moi, cinq années d’études perdues et l’aban­don de tous mes projets d’avenir. Mais tout en moi – chaque fibre, chaque pensée – n’est que refus, répulsion et effroi, et la conscience d’une insurmontable impuissance: devoir regarder, ne rien pouvoir faire, et ils vont te forcer à coopérer et te souiller de sang.

De loin déjà, quand je descends du bus, les cris des cochons me transpercent comme un poignard. Pendant six semaines, des heures durant, sans répit, ces cris retentiront à mes oreilles. Tenir. Pour toi, cela aura une fin. Pour les animaux, jamais.

Une cour déserte, quelques camions frigorifiques, des moitiés de cadavres de cochons pendus à des crochets, aperçus à travers une porte, dans un éclairage aveuglant. Tout ici est d’une propreté méticuleuse. Cela, c’est la façade. Je cherche l’entrée; elle est située de côté. Deux bétaillères passent devant moi, leurs phares allumés dans la brume matinale. La lumière blanche des fenêtres éclairées me montre le chemin. Après avoir monté quelques marches, je me retrouve à l’intérieur, où tout est carrelé en blanc.

Pas d’âme humaine en vue. Ensuite un corridor, blanc lui aussi, et le vestiaire pour les dames. Il est bientôt 7 heures et je me change: du blanc, du blanc, du blanc ! Mon casque d’emprunt oscille d’une façon grotesque sur mes cheveux raides. Mes bottes sont trop grandes. Je retourne dans le corridor et me range du côté des vétérinaires. Aimables salutations. « Je suis la nouvelle stagiaire ». Avant de continuer, les formalités.

« Enfilez un vêtement chaud, allez chez le directeur et remettez-lui votre certificat de santé. Le Dr XX vous dira alors où vous commencerez » Le directeur est un homme jovial, qui me parle d’abord du bon vieux temps où l’abattoir n’était pas encore privatisé. Puis, s’inter­rompant à regret, il décide de me faire visiter personnellement les lieux. C’est ainsi que j’arrive sur la rampe. À main droite, des enclos de béton fermés par des barres en fer. Quelques-uns sont prêts, remplis de cochons.

Nous commençons ici à 5 heures du matin

On les voit se bousculant ici ou se traînant là; quelques groins curieux arrivent à passer à travers la grille; des petits yeux méfiants, d’autres fuyants ou en plein désarroi. Une grande truie se jette sur une autre; le directeur se saisit d’un bâton et la frappe plusieurs fois sur la tête. Autrement, ils se mordent méchamment.

En bas de la rampe, le transporteur a abaissé le pont du camion et les premiers cochons, apeurés par le bruit et la raideur de la pente, se poussent vers l’arrière; mais un convoyeur est monté à l’arrière et distribue des coups de trique en caoutchouc. Je ne m’étonnerai pas, plus tard, de la présence de tant de meurtrissures rouges sur les moitiés de cochons.

« Avec les cochons, il est interdit d’utiliser le bâton électrique », explique le directeur. Certains animaux tentent quelques pas hésitants, en trébuchant parfois. Puis les autres suivent.

L’un d’eux glisse et sa patte se coince entre la rampe et le pont; il remonte et continue en boitant. Ils se retrouvent à nouveau entourés de barres de fer, qui les mènent inévitablement à un enclos encore vide. Lorsque les cochons se trouvant à l’avant arrivent dans un coin, ils s’y entassent en bloc et s’y cramponnent avec fermeté, ce qui fait pousser à l’employé des jurons de colère et cravacher les cochons de l’arrière qui, pris de panique, essaient de grimper par-dessus leurs compagnons d’infortune. Le directeur hoche la tête : « Écervelé, simplement écervelé. Combien de fois ai-je déjà dit qu’il ne servait à rien de frapper les cochons se trouvant à l’arrière! »

Pendant que j’assistais, pétrifiée, à cette scène – rien de tout cela n’est réel, tu rêves – le directeur se retourne pour saluer le convoyeur d’un autre transport, arrivé en même temps que le précédent et qui s’apprête à décharger.

La raison pour laquelle tout est allé ici beaucoup plus vite, mais avec beaucoup plus de cris, je l’ai tout de suite vu: derrière les porcs qui trébuchent, un deuxième homme apparu dans l’aire de déchargement assène, pour accélérer l’opération, des chocs électriques. Je regarde l’homme, ensuite le directeur : « Vous savez pourtant que c’est interdit avec les porcs » L’homme regarde, étonné, puis range l’instrument dans sa poche.

Par derrière, quelque chose se frotte à moi à la hauteur des genoux: je me tourne et ’aperçois deux yeux bleus vifs. Je connais de nombreux amis des animaux qui s’enthousiasment pour les yeux animés de sentiments si profonds des chats, pour le regard indéfectiblement fidèle des chiens. Mais qui parle de l’intelligence et de la curiosité perceptibles dans les yeux d’un cochon ? Bientôt, j’apprendrai à les connaître, ces yeux, mais d’une autre manière: muets de peur, abattus de douleur, puis vidés, brisés, exorbités, roulant sur un sol maculé de sang.
Une pensée me traverse l’esprit comme un couteau acéré, et elle me reviendra des centaines de fois au cours des semaines suivantes: manger de la viande est un crime – un crime…

Après un tour rapide de l’abattoir, je me retrouve dans la salle de pause. Une fenêtre qui s’ouvre sur la salle d’abattage laisse voir des cochons couverts de sang, suspendus, défilant dans une chaîne sans fin. Indifférents, deux employés prennent leur petit-déjeuner. Du pain et du saucisson. Leurs tabliers blancs sont couverts de sang.

Un lambeau de chair est accroché à la botte de l’un d’eux. Ici, le vacarme inhumain qui m’assourdira lorsque je serai conduite dans la salle d’abattage est atténué. Je reviens en arrière, car une moitié de cadavre de cochon a tourné le coin à vive allure et a heurté la moitié suivante. Elle m’a frôlée, chaude et molle. Ce n’est pas vrai – c’est absurde – impossible.

Tout me tombe dessus en une fois. Les cris perçants. Le grincement des machines. Le bruit métallique des instruments. La puanteur pénétrante des poils et des peaux brûlés. L’exhalaison de sang et d’eau chaude. Des éclats de rire, des appels insouciants des employés. Des couteaux étincelants passant au travers des tendons pour pendre aux crochets des moitiés d’animaux sans yeux, dont les muscles sont encore palpitants. Des morceaux de chair et d’organes tombent dans un caniveau par où du sang s’écoule en abondance, et ce liquide écœurant m’éclabousse.

On glisse sur des morceaux de graisse qui jonchent le sol. Des hommes en blanc, sur les tabliers desquels le sang dégouline avec, sous leur casque ou leur casquette, des visages comme on peut en croiser partout: dans le métro ou au supermarché. Involontairement, on s’attend à voir des monstres, mais c’est le gentil grand-père du voisinage, le jeune homme désinvolte qui déambule dans la rue, le monsieur soigné qui sort d’une banque. On me salue aimablement.

Le directeur me montre encore rapidement la halle d’abattage des bovins, vide aujourd’hui. « Les bovins sont là le mardi » Il me confie alors à une employée en déclarant qu’il a à faire. « Vous pouvez tranquillement visiter seule la halle d’abat­tage » Trois semaines s’écoule­ront avant que je trouve le courage d’y aller.

Le premier jour n’est encore pour moi qu’une sorte de quart d’heure de grâce. Je vais m’asseoir dans une petite pièce à côté de la salle de pause et, heure après heure, je découpe en petits morceaux des chairs provenant d’un seau d’échantillons qu’une main tachée de sang remplit régulièrement dans la halle d’abattage. Chacun de ces petits morceaux = un animal. Le tout est alors haché et réparti en portions, auxquelles on ajoute de l’acide chlorhydrique et que l’on fait cuire, pour le test de trichine. L’employée qui m’ac­com­pag­ne me montre tout. On ne trouve jamais de trichine, mais le test est obligatoire.

Le jour suivant, je me rends donc seule dans une partie de la gigantesque machine à découper les morceaux. Une rapide instruction.
« Ici, retirer le reste des os du collier de l’arrière-gorge et séparer les nœuds des glandes lymphatiques. Parfois, un sabot pend encore à une patte, il faut l’enlever »
Alors, je découpe, il faut faire vite, la chaîne se déroule sans répit. Au-dessus de moi, d’autres morceaux du cadavre s’éloignent.

Mon collègue travaille avec entrain, tandis que dans le caniveau tant de liquide sanguinolent s’accumule que j’en suis éclaboussée jusqu’au visage. J’essaye de me ranger de l’autre côté, mais là, une énorme scie à eau coupe en deux les corps des cochons; impossible d’y rester sans être trempée jusqu’aux os.

En serrant les dents, je découpe encore, mais il faut que je me dépêche pour pouvoir réfléchir à toute cette horreur et, par-dessus le marché, il faut que je fasse diablement attention de ne pas me couper les doigts. Le lendemain, j’emprunterai d’une collègue stagiaire qui a terminé son stage une paire de gants en métal.

J’arrête de compter les cochons qui défilent devant moi, ruisselants de sang. Je n’emploi­e­rai plus de gants en caoutchouc. Il est vrai qu’il est répugnant de fouiller à mains nues dans des cadavres tièdes, mais si l’on se retrouve plein de sang jusqu’aux épaules, le mélange poisseux des liquides corporels pénètre de toute façon à l’intérieur des gants et rend ces derniers superflus. Pourquoi tourner des films d’horreur, quand tout cela se trouve ici ?

Le couteau est bientôt émoussé. « Donnez-le-moi, je vais vous l’aiguiser »
Le brave grand-père, en réalité un ancien inspecteur des viandes, me lance un clin d’œil. Après m’avoir rapporté le couteau aiguisé, il se met à faire la causette ici et là, me raconte une blague puis se remet au travail. Il me prend désormais un peu sous son aile et me montre quelques trucs qui facilitent quelque peu le travail à la chaîne.

« Écoutez… Tout cela ne vous plaît pas. Je le vois bien. Mais cela doit se faire » Je ne peux pas le trouver antipathique. Il se donne beaucoup de mal pour me rassurer. La plupart des autres aussi s’efforcent de m’aider; ils s’amusent certainement à observer ces nombreux stagiaires qui vont et viennent ici, qui sont d’abord choqués, puis qui poursuivent en serrant les dents leur période de stage.

Toutefois, ils demeurent bienveillants. Il n’y a pas de chicaneries. Il me vient à penser que – sauf quelques exceptions – les personnes qui travaillent ici ne réagissent pas de façon inhumaine: elles sont juste devenues indifférentes, comme moi aussi avec le temps.

C’est de l’autoprotection. Non, les vrais inhumains sont ceux qui ordonnent quoti­dien­ne­ment ces meurtres de masse et qui, à cause de leur voracité pour la viande, condamnent les animaux à une vie misérable et à une lamentable fin, forcent d’autres humains à accomplir un travail dégradant qui les transforme en êtres grossiers.

Moi-même, je deviens progressivement un petit rouage de ce monstrueux automatisme de la mort. Au bout d’un certain temps, ces manipulations monotones commencent à devenir automatiques, mais elles restent aussi très pénibles. Menacée d’étouffement par le vacarme assourdissant et l’indescriptible horreur omniprésente, la compréhension reprend le dessus sur les sens hébétés et se remet à fonctionner. Faire la différence, remettre de l’ordre, essayer de discerner. Mais cela est impossible.

Lorsque pour la première fois – en fait, le deuxième ou troisième jour – j’ai pris conscience que le corps saigné, brûlé et scié de l’animal palpitait encore et que sa petite queue remuait toujours, je n’étais plus en mesure de me mouvoir. « Ils… Ils bougent encore… », ai-je dit. Même si, en tant que future vétérinaire, j’avais appris que c’étaient les nerfs. J’entends marmonner : « Min­ce alors, il y en a un qui a fait une faute, il n’est pas tout à fait mort »
Un frémissement spectral agite de partout les moitiés de bêtes. C’est un lieu d’hor­reur. Je suis glacée jusqu’à la moelle.

Rentrée à la maison, je me couche sur mon lit, les yeux au plafond. Passer les heures, les unes après les autres. Chaque jour. Mon entourage réagit avec irritation.

N’aie pas l’air si renfrognée; fais donc un sourire. Tu voulais absolument devenir vétérinaire.
Vétérinaire, oui, mais pas tueuse d’animaux. Je ne peux pas me retenir. Ces commentaires. Cette indifférence. Cette évidence de meurtre. Je voudrais, je dois parler, dire ce que j’ai sur le cœur. J’en étouffe.

Je voudrais raconter ce que j’ai vu sur le cochon qui ne pouvait plus marcher, progressant tant bien que mal sur son train arrière, jambes de côté; sur les cochons qui reçoivent des coups de trique et de pied jusqu’à ce qu’ils finissent par entrer dans le box d’abattage.

Ce que j’ai vu en me retournant : comment l’animal est scié devant moi et accroché en oscillant, morceaux de muscles partagés en deux parties égales à partir de l’intérieur des cuisses. Nombre d’abattages par jour 530.

Jamais je ne pourrai oublier ce chiffre. Je voudrais parler de l’abattage des bovins, de leurs doux yeux bruns, remplis de panique. De leurs tentatives d’évasion, de tous les coups et les jurons, jusqu’à ce que la misérable bête soit finalement prisonnière de l’enclos fermé par des barres de fer et une serrure à double tour, avec vue panoramique sur la halle où ses compagnons d’infortune sont dépouillés de leur peau et coupés en morceaux; puis l’avancée mortelle et, dans le moment qui suit, la chaîne que l’on accroche à une patte arrière et dont l’animal tente vainement de se débarrasser en la projetant vers le haut, tandis que, déjà, par endessous, sa tête est tranchée.

Des flots de sang qui giclent à profusion du corps sans tête, tandis que les pattes se recroquevillent…

Raconter les bruits atroces de la machine qui arrache la peau du corps. Le geste du doigt, circulaire et automatisé, pour ôter le globe de l’œil de son orbite – artère sectionnée, saignante, coulant à flot à l’extérieur – et le jeter dans un trou à même le sol, où il disparaîtra parmi tous les « déchets »

Le bruit provenant des envois sur le dévaloir en aluminium usé, des abats retirés du cadavre décapité et qui, ensuite, sauf le foie, le cœur, les poumons et la langue destinés à la consommation – sont aspirés dans une sorte de collecteur d’ordures.

C’est vrai que je voudrais raconter qu’il arrive toujours qu’au milieu de ces montagnes visqueuses et sanguinolentes se trouvera un utérus gravide, et que j’ai vu des petits veaux déjà tout formés, de toutes les tailles, fragiles et nus, les yeux clos, dans une enveloppe utérine qui n’est plus en mesure de les protéger le plus petit aussi minuscule qu’un chat nouveau-né, et quand même une vache en miniature, le plus grand au poil tendre et soyeux, d’un blanc cassé, avec de longs cils autour des yeux, dont la naissance aurait dû avoir lieu quelques semaines plus tard.

« Est-ce que ce n’est pas un miracle, ce que la nature crée ? » constate le vétérinaire de service cette semaine-là, en jetant l’utérus avec le fœtus ensemble dans le gargouillant moulin à déchets. J’ai maintenant la certitude qu’aucun dieu ne peut exister ’puisque aucun éclair ne vient du ciel pour punir tous ces forfaits commis ici-bas, et que ceux-ci se perpétuent interminablement. Ni pour soulager la vache maigre et pitoyable qui, à mon arrivée à 7 heures le matin, se traîne à bout de force, au prix d’efforts désespérés, dans le couloir glacé, plein de courants d’air, et s’allonge juste devant le box de la mort. Pour elle, il n’existe aucun dieu, ni personne d’ail­leurs pour lui donner une petite tape pour l’aider.

Avant tout, il faut traiter le reste des animaux prévus pour l’abattage. Quand je quitte à midi, la vache est encore couchée et tressaille; personne, en dépit d’instructions répétées, n’est venu la délivrer. J’ai alors desserré le licou qui lui tranchait impitoyablement la chair et lui ai caressé le front. Elle m’a regardé avec ses grands yeux, et j’ai alors appris en cet instant que les vaches pouvaient pleurer.

Mes mains, ma blouse, mon tablier et mes bottes sont barbouillés du sang de ses congénères: pendant des heures, je suis restée à la chaîne, en train de couper des cœurs, des poumons et des foies. J’ai été prévenue: « Avec les bovins, on est toujours totalement immergé ! » C’est cela que je voudrais communiquer, afin de ne pas porter seule le fardeau, mais dans le fond, il n’y a personne qui veuille m’écouter. Ce n’est pas qu’au cours de cette période on ne m’ait pas assez souvent posé la question : « Et à l’abattoir, comment ça va ? Moi, en tout cas, je ne pourrais pas le faire » Avec mes ongles enfoncés dans les paumes des mains, je gratte mes lunules jusqu’au sang pour ne pas frapper ces visages apitoyés ou pour ne pas jeter le téléphone par la fenêtre. Pleurer, voilà ce que je voudrais faire, mais depuis que j’ai vu ce spectacle quotidiennement, chaque cri s’est étouffé dans ma gorge.

Personne ne m’a demandé si je pouvais tenir. Les réactions à des réponses si parcimonieuses trahissent le malaise à ce sujet. « Oui, c’est terrible. Nous ne mangeons plus que rarement de la viande » Souvent je m’encourage : « Serre les dents, tu dois tenir, bientôt tout cela sera derrière toi » Pour moi, que le massacre continue jour après jour est l’une des pires manifestations d’indifférence et d’ignorance.

Je pense que personne n’a compris que ce ne sont pas ces six semaines à surmonter qui sont importantes, mais bien ce monstrueux meurtre de masse, qui se renouvelle des millions de fois et dont sont responsables tous ceux d’entre nous qui mangent de la viande. En particulier, tous ceux qui se prétendent amis des animaux et mangent de la viande: ils ne sont pas dignes de confiance.

« Arrête, ne me coupe pas l’appétit ! » C’est aussi devant ce type de réaction que plus d’une fois je suis restée muette.

Parfois le ton monte : « Mais tu es une terroriste, toute personne normale doit rire de toi » Comment s’en sortir seule dans de tels moments ? Il m’arrive d’aller regarder le petit fœtus de veau que j’ai ramené à la maison et que j’ai mis dans du formol . ’Memento mori’. Et laisser en rire les « gens normaux ».

Les choses deviennent abstraites quand on est entouré de tant de morts violentes; la vie à titre individuel apparaît alors comme infiniment dénuée de sens. Quand je regarde les rangées anonymes de cochons transportés sous la même forme à travers la halle, je me demande : « Les choses seraient-elles différentes si à la place de cochons, il y avait des humains? »

D’autant plus que l’anatomie de la partie arrière de l’animal, épaisse, parsemée de pustules et de taches rouges, rappelle étrangement ce que l’on peut voir sur les plages ensoleillées des vacances: des amas de graisse débordant de maillots de bain trop étroits.

En outre, les cris qui retentissent interminablement dans la halle d’abattage quand les animaux sentent approcher la mort pourraient provenir de femmes et d’enfants. Ne plus faire la différence devient inévitable. Il y a des moments où je pense : Cela doit s’arrêter. Pourvu qu’il fasse vite avec la pince électrique, pour qu’en­fin cela s’arrête.

« Beaucoup d’animaux ne crient pas », a dit une fois l’un des vétérinaires, « alors que d’autres se figent comme des statues en se mettant à crier sans aucune raison » Je me demande, pour ma part, comment ils peuvent rester immobiles et « crier sans aucune raison » Plus de la moitié du temps de stage est écoulée lorsque je pénètre enfin dans la halle d’abattage, pour pouvoir dire « j’ai vu » Ici se termine le chemin qui commence à la rampe de déchargement. Le lugubre corridor sur lequel débouchent tous les enclos se rétrécit jusqu’à une porte ouvrant sur un box d’attente d’une capacité de 4 ou 5 cochons.

Si je devais décrire en image le concept de « peur », je le ferais en dessinant des cochons blottis les uns contre les autres contre une porte fermée, et je dessinerais leurs yeux. Des yeux que plus jamais je ne pourrai oublier. Des yeux que chacun d’entre nous qui veut manger de la viande devrait avoir regardés.

Les cochons sont séparés à l’aide d’une trique en caoutchouc. L’un d’entre eux est poussé en direction d’un espace fermé de tous côtés. Il crie et, comme le gardien a souvent encore autre chose à faire, l’animal essaye de reculer et de s’évader par l’arrière jusqu’à ce qu’enfin, à l’aide d’un clapet électrique, l’issue soit verrouillée.

Par pression d’un bouton, le sol de l’enclos est remplacé par une sorte de traîneau mobile sur lequel le cochon se retrouve à califourchon. Ensuite, une deuxième coulisse s’ouvre devant lui et le traîneau glisse avec l’animal vers l’avant, dans un autre box.

Là, une brute de boucher chargé de l’abattage – je l’ai toujours appelé en moi-même Frankenstein – branche les électrodes. Une tenaille d’étourdissement à trois points, comme le directeur me l’a expliqué. On voit dans le box le cochon qui tente de se cabrer, puis le traîneau est brusquement retiré et la bête, palpitante, s’affaisse dans un flot de sang en agitant nerveusement les pattes.

Ici l’attend une autre brute qui, sûr de sa cible, enfonce le couteau sous la patte avant droite du cochon; un flot de sang foncé gicle et le corps s’affaisse vers l’avant. Quelques secondes plus tard, une chaîne de fer se referme sur l’une des pattes arrière de l’animal, qui est hissé vers le haut; la brute dépose alors son couteau, s’empare d’une bouteille de cola souillée, déposée à même le sol recouvert d’une couche de sang d’au moins un centimètre, et en boit une gorgée.

Je décide de suivre les cadavres qui, balancés à leur crochet, et saignant abondam­ment, sont dirigés vers « l'enfer » C’est ainsi que j’ai dénommé la pièce suivante. Celle-ci est haute et noire, pleine de suie, de puanteur, de fumée.

Au terme de plusieurs virages au cours desquels le sang se déverse encore à flots, la rangée de cochons arrive à une sorte d’immense four. C’est là que la soie du porc est éliminée. Les corps des animaux tombent par une sorte d’entonnoir à l’intérieur de la machine. On peut voir à l’intérieur. Les flammes jaillissent et, pendant quelques secondes, les corps sont secoués de tous côtés, semblant accomplir une danse grotesque et trépidante.

Ils sont ensuite largués de l’autre côté, sur une grande table, où ils sont immédiatement attrapés par deux bouchers qui commencent par enlever les parties de la soie n’ayant pas été éliminées, puis grattent les orbites oculaires et séparent les sabots des pattes. Tout cela se déroule très rapidement, le travail s’effectue à l’unisson.

Pendues aux crochets par le tendon des pattes postérieures, les bêtes mortes sont alors dirigées vers un châssis métallique contenant une sorte de lance-flammes. Dans un bruit assourdissant, le corps de l’animal est soumis à un jet de feu qui, l’espace de quelques secondes, l’enveloppe en entier.
La chaîne mobile se met alors de nouveau en mouvement et emporte les corps dans la halle suivante, celle-là même où je me suis trouvée durant les trois premières semaines.

Là, les organes sont retirés et apprêtés sur la bande mobile supérieure. La langue est palpée, les amygdales et l’œsophage détachés et je­tés, les ganglions lymphatiques coupés, les poumons mis aux déchets, la trachée-artère et le cœur ouverts et les échantillons prélevés pour l’examen de trichine, la vésicule biliaire extirpée, et le foie examiné à cause de la présence possible de poches de vers.

Beaucoup de porcs ont des vers et, si leur foie en est rempli, il doit être jeté.
Tous les autres organes comme l’estomac, les intestins, l’appareil génital sont envoyés au rebut.
Sur la bande mobile inférieure, le reste du corps est apprêté, divisé en morceaux; les articulations coupées; l’anus, les reins et les parties graisseuses entourant les reins enlevés; le cerveau et la moelle épinière retirés, etc.

Ensuite, une marque est imprimée sur l’épaule. Le cou, le bas du dos, l’abdomen et les cuisses sont préparés pour la pesée, puis dirigés vers la chambre froide. Les animaux jugés impropres à la consommation sont provisoirement écartés.

Pour le marquage, qui est une opération effectuée dans la sueur sur des cadavres tièdes et visqueux qui pendent très haut en fin de ban­de, il faut faire très vite quand on n’a pas l’habitude: on risque de se faire as­som­mer par les moitiés de bêtes qui arrivent en force devant la balance et s’entassent les unes sur les autres avec violence.

Je ne dirai pas le nombre de fois que j’ai laissé mon regard errer sur l’horloge murale de la salle de pause !

Mais ce qui est sûr, c’est qu’en aucun autre endroit au monde le temps ne passe plus lentement qu’ici. Un temps de pause est octroyé au milieu de la matinée, et c’est essoufflée que je me précipite aux toilettes, que tant bien que mal je me nettoie du sang et des lambeaux de chair.

C’est comme si cette souillure et cette odeur allaient s’accrocher à moi pour toujours. Sortir, seulement sortir d’ici. Je n’ai jamais pu avaler quelque nourriture que ce soit dans ce bâtiment. Soit je passe mon temps de pause, aussi froid qu’il puisse faire dehors, à courir jusqu’à la clôture en fils de fer barbelés et à regarder au loin les champs et l’orée du bois, ’à observer les corneilles.

Ou alors je traverse la rue et me rends au centre commercial où je peux me réchauffer en buvant un café dans une petite boulangerie. Vingt minutes après, on est de nouveau à la chaîne. Je ne suis pas restée ici parce que je veux devenir vétérinaire, mais parce que les gens veulent manger de la viande.

Et pas seulement cela: mais parce qu’en plus, ce sont des poltrons. Leur escalope blanchie, stérile, achetée au supermarché, n’a plus les yeux qui déversent des flots de larmes de frayeur devant la mort, pas plus qu’elle ne hurle quand le couteau va frapper.

Vous tous qui vous nourrissez des cadavres de la honte, cela vous est soigneusement épargné, vous qui dites : « Non, moi, je ne pourrais pas faire ça »

Un jour, un paysan est venu, accompagné de son fils, âgé de 10 ou 11 ans, pour faire analyser un échantillon de viande pour la trichine. En voyant le gamin aplatir son nez contre la vitre, j’ai pensé que si les enfants pouvaient voir toute cette horreur, tous ces animaux tués, il y aurait peut-être un espoir de changement. Mais je l’entends encore crier à son père: « Papa, regarde là, quelle énorme scie ! »

Le soir, à la télévision, on annonce aux informations : « Mystère non encore résolu »
à propos du meurtre perpétré sur une jeune fille, assassinée et coupée en morceaux, et je me rappelle la frayeur générale et le dégoût de la population devant cette atrocité. Je dis : « Des atrocités semblables, j’en ai vu 3700 rien qu’en une semaine »

Maintenant, je ne suis plus seulement une terroriste, mais encore, je suis malade dans ma tête. Car je ressens non seulement de l’effroi et de la répugnance envers le meurtre commis sur un être humain, mais aussi envers celui qui est commis sur des animaux des milliers de fois en une seule semaine et dans un seul abattoir.

Être un humain, cela ne signifie-t-il pas dire « non » et refuser d’être le commanditaire d’un meurtre à grande échelle pour un morceau de viande ?   Étrange nouveau monde. Il est possible que les tout petits veaux trouvés dans l’utérus déchiré de leur mère, morts avant même d’être nés, aient connu le moins mauvais sort d’entre nous tous.

D’une manière ou d’une autre, le dernier de ces interminables jours est enfin arrivé et j’ai reçu mon certificat de stage, un chiffon de papier, cher payé.
La porte se referme; un timide soleil de novembre m’accompagne depuis la cour de l’abattoir jusqu’à l’arrêt du bus. Les cris des animaux et le bruit des machines s’estompent.

Je traverse la rue alors qu’un gros camion à remorque amenant du bétail prend le virage pour entrer dans l’abattoir. Il est rempli sur deux étages de cochons, serrés les uns sur les autres.

Je pars sans un regard en arrière, car j’ai porté témoignage et, désormais, je veux essayer d’oublier et continuer de vivre. À d’autres de lutter maintenant; moi, ce sont ma force, ma volonté et ma joie de vivre qui m’ont été prises puis remplacées par un sentiment de culpabilité et de tristesse paralysante. L’enfer est parmi nous, des milliers et des milliers de fois, jour après jour, une chose nous reste pourtant possible et pour toujours, à chacun: dire non, non et encore non !

Vécu et écrit par Christiane M. Haupt

 

Pour un petit morceau de viande nous volons une âme de lumière
et l’espace de temps dans laquelle elle est née et pour lequel elle se réjouissait.
Plutarque

Le silence des bêtes


Élisabeth de Fontenay ne s'est jamais entendue avec quelque groupe que ce soit. Trop occupée à nommer ce qui dérange, à pointer ce qui cloche, à dire ce qui fâche, au nom de la vérité, pour ne plus risquer d'encourir ce reproche que lui faisait sa mère quand elle était enfant : « Élisabeth, tu es veule ! »

Ce qu'on a du mal à imaginer, en lisant les pages magnifiques où, après s'être fait porte-parole des animaux, éternelles victimes des hommes, elle a le culot d'avouer : « De la chasse à courre, je ne veux rien dire, si grande est ma honte d'en ressentir encore le plaisir fou ».

« Les militants anti-chasse vont m'en vouloir », dit-elle avec un regret teinté d'humour. Elle prend le risque. Elle prend toujours le risque d'être à contre-courant. De ne pas être comprise. D'avoir l'air de chercher la petite bête. On sent bien que c'est une vieille règle de vie, qui est devenue une habitude.
(« Élisabeth de Fontenay, une femme d'honneur »,
Geneviève Brisac, Le Monde, 25 septembre 1998, p. 8)

Le silence des bêtes contient « plus de trois mille citations », a-t-elle déclaré fièrement à la journaliste du Monde Geneviève Brisac. Parler avec Élisabeth de Fontenay, écrit cette dernière, c'est partager avec elle sa reconnaissance pour ceux qu'elle nomme ses maîtres, et ses jeunes maîtres. Jankélévitch avant tout, et puis Foucault dans les pas de qui elle a inscrit son livre. Il procède du même souci que L'Histoire de la folie : « Sous le double pavillon d'un miserere et d'une déconstruction ». Et enfin, Jacques Derrida : « Il m'a donné le droit aux marges de la philosophie. Une liberté de circuler aux abords de la sphère de la métaphysique, d'entrer pour en sortir, d'en sortir pour y ré-entrer ».

Il y a chez Élisabeth de Fontenay un antihumanisme qui est le vrai humanisme, un sens de la tradition qui est la vraie révolte, une nostalgie des mondes et des équilibres détruits qui est la vraie modernité.

« Je me demande quelle manière d'être ensemble, entre hommes et femmes, entre malades et bien portants, entre morts et vivants, entre enfants et adultes, entre fous et sensés, entre hommes et bêtes pourrait aider à réinscrire l'animal dans une chaîne symbolique qui ne fasse plus bon marché de lui », écrit-elle. (Le silence des bêtes, p. 716)

Professeure de philosophie à l'Université de Paris-I, Élisabeth de Fontenay, qui a notamment publié Les Figures juives de Marx (1973) et Diderot ou le matérialisme enchanté (1981), retrace, dans Le silence des bêtes, ni plus ni moins que l'histoire de la pensée occidentale, des présocratiques aux penseurs contemporains. Elle y montre entre autres que l'Antiquité a été une sorte d'âge d'or pour les bêtes. Car si les hommes offraient des animaux en sacrifice à Dieu, aux dieux, ils s'accordaient sur leur statut d'êtres animés et avaient pour elles [les bêtes] de la considération. Or, depuis que Dieu s'est fait homme, que le Christ s'est offert en sacrifice tel un agneau, c'est-à-dire depuis l'ère chrétienne, la condition de l'animal a radicalement changé. Désormais les philosophes se préoccupent surtout de verrouiller le propre de l'homme et de ressasser les traits qui le différencient des autres vivants, lesquels sont considérés comme des êtres négligeables : tenus pour des machines (Descartes) et à l'occasion comparés à des pommes de terre (Kant).
(Le silence des bêtes, 4e de couverture)

Au contraire de ceux qui ont suggéré que l'amour des bêtes allait de pair avec misanthropie, racisme et barbarie, Élisabeth de Fontenay suggère que la manière dont nous regardons les bêtes n'est pas sans rapport avec la façon dont sont traités quelques-uns d'entre nous, ceux que l'on déshumanise par le racisme, ceux qui, du fait de l'infirmité, de la maladie, de la vieillesse, du trouble mental, ne sont pas conformes à l'idéal dominant de la conscience de soi.
(Le silence des bêtes, 4e de couverture)

Oui, écrit cette moitié Juive par sa mère, les pratiques d'élevage et de mise à mort industrielles des bêtes peuvent rappeler les camps de concentration et même d'extermination, mais à une condition : que l'on ait préalablement reconnu le caractère de singularité à la destruction des Juifs d'Europe, ce qui donne pour tâche de transformer l'expression figée « comme des brebis à l'abattoir » en une métaphore vive. Car ce n'est pas faire preuve de manquement à l'humain que de conduire une critique de la métaphysique humaniste, subjectiviste et prédatrice.
(Le silence des bêtes, avant-propos)

Le silence des bêtes, d'Élisabeth de Fontenay, constitue un événement philosophique majeur (…). On y retrouve, rassemblées et passées au crible d'une analyse serrée, les multiples discussions sur le statut de l'animalité : les métamorphoses et la métempsychose; le sacrifice animal; les querelles autour de l'âme des bêtes; la justification du mal, s'agissant d'êtres souffrants et innocents à la fois; l'histoire des critères de distinction de l'humain, dont la raison, la capacité à passer un contrat et à écrire des lois, la possession d'une conscience de soi, l'accès à un monde. Cette question ne fait qu'un avec celle du propre de l'homme, dans la mesure où l'appropriation des animaux procède de l'affirmation d'une qualité intellectuelle ou morale distinctive, dont résulterait un droit absolu sur le reste des vivants.

C'est la reconduction de ce dispositif, de Platon à Levinas, qu'analyse Élisabeth de Fontenay, en se demandant pourquoi on n'en peut sortir. Face à une conception d'un droit fondé sur des performances, philosophes et écrivains ont, d'âge en âge, fait prévaloir la capacité à souffrir, et montré que c'est dans cette même vulnérabilité que s'ajointent le sort des hommes et celui des animaux. Ce décentrement de la raison vers la sensibilité, pour octroyer des droits naturels, constitue la voie pour laquelle opte l'auteur. Sa critique de l'humanisme métaphysique, présente dans d'autres de ses écrits, est indissociable de sa reformulation du propre de l'homme : en finir avec l'arrogance et l'hégémonie du sujet raisonnable et parlant, c'est aussi en finir avec le risque d'exclure ceux des humains qui, par accident, sont dépourvus de ces qualités de raison et de parole.
(« Comment l'Occident traite son prochain. Du droit absolu de l'homme sur l'animal », Florence Burgeat, Le Monde diplomatique, février 1999, p. 31)

La grande sensibilité d'Élisabeth de Fontenay à ces humains - et aux bêtes - lui vient, comme elle l'écrit dans son avant-propos, en partie du fait qu'un membre de sa famille (son frère) a été frappé par la maladie mentale. C'est à lui qu'elle dédie son livre. Le problème, c'est que les animaux sont des « bêtes », puisqu'ils ne parlent pas - d'où le titre du grand livre d'Élisabeth de Fontenay, Le silence des bêtes (…). Fiers de notre statut d'êtres parlants - de par les l'êtres comme disait Jacques Lacan - les philosophes ont souvent élu le langage comme critère unique pour fixer le lieu de la frontière entre l'homme et l'animal - sans dire pourquoi ils ne rejettent pas pour autant hors de l'humanité les autistes, les sourds-muets, les aphasiques ou les nourrissons, qui n'ont pas non plus accès à la parole.
("Les animaux malades de l'homme", Catherine David, Le Nouvel Observateur, 25 novembre 1999, p. 8)

Un autre critique fait ressortir la richesse et la complexité du propos d'Élisabeth Fontenay, qui reflète celle de la pensée philosophique elle-même sur l'animalité. De l'animalité, certes, il convenait aux philosophes de parler. Mais pour la délimiter, de manière générale, et la tenir en lisière. Pour affirmer (…) le propre de l'homme, la vie parlante et rationnelle. Doué de raison, de langage, l'être humain était si différent, par nature, de l'animal qu'il lui appartenait « légitimement » d'être dominateur… et carnivore.

Dans le détail, dès qu'on regarde les textes, ce n'est plus tout à fait si simple. De siècle en siècle, quand il s'agit de dire quelque chose à propos de l'animalité, il semble que la pensée hésite, s'empêtre, éructe ou s'arrête interdite. Il convient donc d'aborder le grand livre d'Élisabeth de Fontenay comme une battue sans proie, sans limites dans ce que dirent, des bêtes, des philosophes par dizaines. Elle a rapporté de cette grande exploration une œuvre superbe et fort étrange, un de ces textes dont on se dit d'emblée qu'ils marquent une date, un commencement ou un terme dernier.
(« La vie sans les mots », Roger Pol Droit, Le Monde, 25 septembre 1998, p. 8)

L'an dernier, les charniers fumants de centaines de milliers de brebis, en Europe, ont été élevés comme autant d'autels au productivisme et au culte du profit. On a massacré ces bêtes afin qu'elles ne contractent pas la fièvre aphteuse… Sans être un danger public pour la population, les animaux infectés risquaient cependant de réduire le rendement de la production de viande, lit-on dans un autre article de ce Relations consacré à la question animale.
(« Nos amies, les bêtes ? », Jean-Claude Ravet, Relations, juillet-août 2001, p. 10)

Que révèle ce traitement des animaux dans nos sociétés ?

Dans la situation chaotique où nous sommes en Europe, où des millions de bêtes ont été abattues et incinérées, on s'aperçoit qu'il y a pire que tuer pour manger : tuer pour ne pas manger. Tuer en vertu d'un principe de précaution devenu fou : tuer pour expier notre folie, répond Élisabeth Fontenay.
(« Question animale, question politique. Entrevue avec Élisabeth de Fontenay », Jean Pichette, Relations, juillet-août 2001)

La souffrance des animaux

Qui a vraiment envie de savoir, même sans éprouver de tendresse particulière pour les gallinacés, que toute la vie d'une poule dans un élevage moderne se déroule sur l'espace d'une feuille de papier à lettres ? […] Si la télévision diffusait une émission sur les abattoirs, nous aurions tendance à zapper. Cette indifférence nous paraît naturelle, pour ne pas dire vitale. Nous y tenons, comme nous tenons à notre confort, à nos habitudes alimentaires et à nos préjugés.

Peut-être est-elle même l'un des fondements invisibles de notre société, comme le pensait Elias Canetti, prix Nobel de littérature, qui parlait de « l'horreur de l'abattoir, sur quoi tout est fondé » […] Certes, la nature est cruelle, et les espèces s'entr'égorgent depuis la nuit des temps, selon les lois de la grande chaîne alimentaire qui relie entre eux l'ensemble des vivants. […]

[Mais] jamais dans l'histoire les animaux n'ont été martyrisés de manière aussi massive, avec des moyens aussi énormes, aussi efficaces, des prétextes aussi futiles, une telle absence de scrupules, un gaspillage aussi flagrant. […]

Pour des raisons évidentes, notre civilisation nous encourage à admettre l'élevage en batterie des volailles ou les conditions atroces de l'abattage des cochons comme inévitables, nécessaires à l'alimentation d'une société en expansion. Seulement voilà : certains se demandent, de moins en moins timidement, si l'on ne pourrait pas, grâce aux progrès techniques, effectuer au moins cette sale besogne dans des conditions moins cruelles ? […]

Toutes les recherches les plus modernes, en neurobiologie et en zoologie, tendent à montrer que la frontière entre l'animal et l'homme est moins étanche qu'il n'y paraissait, et qu'il existe chez l'animal des formes spécifiques d'intelligence, des capacités d'apprentissage, des émotions. […] Il reste à mesurer les conséquences de ces découvertes, et nous sommes loin du compte. Car tout se passe comme si la théorie de l'animal-machine, à laquelle plus personne ne croit mais qui a l'avantage d'avoir des effets déculpabilisant, restait en vigueur dès qu'il s'agit de justifier les excès de la barbarie industrielle. […]
(« Les animaux malades de l'homme », Catherine David, Le Nouvel Observateur, 25 novembre 1999, p. 6)

Les animaux ont-ils des droits ?

Chez les philosophes, la thèse dominante est la suivante : non seulement nous ne composons pas avec les animaux une société régie par des rapports de droit, mais encore une telle société ne saurait exister entre eux et nous. Notre attitude à l'égard de ces étrangers peut aller de la plus parfaite indifférence (chez Descartes, chez Saint-Augustin, à qui l'on doit la formule selon laquelle le Christ lui-même a jugé qu'il n'existe aucune société de droit entre les animaux et nous) à une sorte d'hospitalité réservée (chez Aristote, chez Kant, ce dernier estimant que la cruauté et la violence envers les bêtes sont condamnables, mais seulement parce que de telles dispositions émoussent en l'homme une disposition favorable à la moralité envers les autres hommes). La philosophie morale dominante est donc largement anthropocentrée.
(« Les animaux et nous », Jean-Yves Goffi, Le Magazine littéraire, janvier 1998, p. 106)

Pour Élisabeth de Fontenay, c'est le christianisme, en remplaçant le sacrifice au dieu par le sacrifice du dieu et en expulsant ainsi l'animal de la dimension sacrée, qui accomplit la première grande rupture :
« L'avènement du christianisme comme système théorico-pratique et onto-politique dominant marque, à l'intérieur de la sphère des vivants, une rupture dont les conséquences n'ont pas fini de structurer notre rapport à l'animal ».
(Le silence des bêtes, p. 243)

Le christianisme préfigure déjà, selon elle, l'animal-machine et les abattoirs de Chicago. Selon la théorie des animaux-machines de Descartes, les bêtes seraient dénuées de toute intelligence, mais aussi privées d'affectivité, et même de sensibilité. Descartes ne cessera d'y insister : les animaux, contrairement à l'opinion commune, ne souffrent pas. Mais attention, Élisabeth de Fontenay s'oppose à ceux qui, dit-elle, font une caricature de la théorie des animaux-machines, au point qu'elle veut tenter « jusqu'à un certain point de la défendre contre ceux qui lui ont imputé la responsabilité des plus grands maux infligés aux bêtes »
(Le silence des bêtes, p. 276) …

Étude de Charles Le Brun sur la physiologie humaine et animale

Comme on l'a mentionné, la pensée philosophique n'est pas unanime sur la question des animaux. Ainsi, à côté de Descartes, il y a Hume : « Chez Hume, les animaux, les Indiens et les femmes auraient donc pour tâche de mener un même combat contre ceux qui monopolisent la raison, accaparent l'humanité, déshumanisent l'autre sexe ».
(Le silence des bêtes, p. 401)

Par ailleurs, il y aura en France une forte réaction anticartésienne : Larousse, Michelet, Hugo et bien d'autres penseurs français s'élèveront contre la réduction de l'animal à une machine. « C'est dans cette optique qu'en juillet 1850 Jacques Delmas, comte de Grammont, un député bonapartiste, fera voter une loi destinée à protéger les animaux contre la cruauté des hommes ».

Il ne s'agit pourtant pas de reconnaître aux animaux des droits. « La loi ne protège pas les bêtes sauvages et elle ne réprime que la cruauté accomplie en public, c'est-à-dire (…) celle qui peut heurter ou corrompre la sensibilité des êtres humains ».
(« Les animaux ont-ils des droits ? », Luc Ferry, Le Point, 1er avril 1995, no 1176, p.51)

On considère que le plus grave dans la cruauté qu'on inflige aux bêtes,
c'est que l'homme s'y dégrade lui-même et perd son humanité.

Étude de Charles Le Brun sur la physiologie humaine et animale

Pour la plupart des Européens, écrit Luc Ferry, l'idée s'impose que la cruauté envers les animaux est plus ou moins répréhensible. Chacun semble admettre, même sans être un fanatique de la cause animale, que le fait d'infliger des souffrances inutiles à ceux que Michelet nommait jolie-ment nos « frères inférieurs » est en quelque façon inhumain.
Il existe d'ailleurs une « Déclaration universelle des droits de l'animal » proclamée en 1979 devant l'UNESCO, qui a suscité beaucoup de railleries de la part des philosophes et des juristes.

Car, le principe posé, son application ne va pas de soi, souligne Luc Ferry. Nos habitudes alimentaires, les nécessités de l'expérimentation sur le vivant, la passion de la chasse ou l'usage des peaux et fourrures, certaines traditions locales, telles que la tauromachie viennent sans cesse contrecarrer d'éventuelles bonnes volontés. Car ces pratiques impliquent bel et bien, inutile de se voiler la face, que l'on maltraite, dans des proportions parfois considérables, des animaux qui nous seraient par ailleurs plutôt sympathiques…

Faut-il dès lors interdire, renforcer les lois, souvent timides, qui tentent déjà dans la plupart des pays d'Europe de fixer les règles d'une protection minimale des animaux ? Et si oui, jusqu'où faut-il aller ?

Le problème est beaucoup moins simple qu'il n'y paraît. Il ne tient pas seulement au fait que des intérêts, au plus haut point contradictoires, s'affrontent. Il touche les principes eux-mêmes.
(« Les animaux ont-ils des droits ? », Luc Ferry, Le Point, 1er avril 1995, no 1176, p.51)

Une question de degré ou de nature ?

Image tirée du film Mon oncle d'Amérique

Certains penseurs de l'éthologie comparé (Konrad Lorenz, Tinbergen…), insistant sur les similitudes de comportement entre espèces, ont contribué à l'obscurcissement de la ligne de fracture entre la culture humaine et la nature animale, écrit encore Luc Ferry (Les amis des bêtes deviennent-ils cinglés ?, Luc Ferry et Éric Conan, L'express, 26 janvier 1990, p. 33). S'appuyant sur les théories d'Henri Laborit, Mon oncle d'Amérique, le film d'Alain Resnais, s'est plu à mettre en scène l'idée selon laquelle nous nous comporterions comme de vulgaires rats de laboratoire : le stress nous rendrait agressifs pour des raisons purement physiques.

On voit mal, dans ces conditions, pourquoi réserver la protection que nous assurent les droits démocratiques aux seuls êtres décrétés « humains ». La question est tout à fait sérieuse et la revendication d'un droit des animaux, dont l'importance est déjà considérable outre-Atlantique, se fonde souvent sur cette fonction d'une continuité entre les êtres vivants.

Cette confusion est, au contraire, inacceptable pour la tradition philosophique inspiratrice des droits de l'homme : la différence qui sépare l'homme de la bête est non pas quantitative, mais qualitative. (…) La bête est régie par un instinct, un code dont elle est à jamais incapable de s'écarter.

Au contraire, l'homme dispose d'une aptitude à prendre ses distances à l'égard de toute définition, biologique ou sociobiologique, dans laquelle on prétendrait l'enfermer : il peut toujours s'arracher au cycle de la vie, mais aussi à son histoire, à sa classe, à sa nation, thèse que l'on retrouvera à la base de la déclaration de 1789.

La différence entre animaux et êtres humains se décline à l'infini, écrit Jean-Yves Goffi, professeur de philosophie à l'Université de Grenoble et auteur du livre Le Philosophe et les animaux :

  • Ils sont des êtres de nature; nous sommes des êtres de liberté.
  • Ils opèrent seulement un changement de forme dans les matières naturelles; nous réalisons, par le travail, nos buts conscients.
  • Ils sont des machines auto-mouvantes; il y a en nous une âme qui a des pensées. Ils sont des choses dont on peut disposer à sa guise; nous sommes des personnes qu'on ne peut jamais traiter comme des moyens seulement. Ils sont pauvres en monde; nous sommes des configurateurs de monde.
  • Ils sont de simples créatures de Dieu; nous sommes, en outre, créés à Son Image et à Sa Ressemblance.
  • Ils ont, selon les cas, un museau, un groin, une gueule; nous avons un visage.
  • Ils crient; nous parlons.

  • Ils manifestent en toute inconscience l'ordre éternel du cosmos; nous le comprenons par l'activité théorique contemplative

Il y a parfois, ajoute-t-il, quelque penseur pour suggérer que la différence, entre les bêtes et nous, « est de degré seulement et non de nature; que nous formons une communauté de vivants; que leurs souffrances importent. Mais il s'agit là de voix dissidentes ».

Élisabeth de Fontenay est l'une de ces voix dissidentes. Sans rejeter totalement l'idée de la différence fondamentale entre l'être humain et l'animal, elle insiste sur la continuité entre l'homme et la bête, sur la proximité entre le monde animal et le monde humain. Elle se refuse d'ailleurs à définir le propre de l'homme, comme elle l'explique dans l'entrevue qu'elle a accordée à Relations : C'est par respect et par pitié que je refuse de le définir. Un respect et une pitié que je ne veux pas fonder, parce que l'activité fondatrice est une activité métaphysique dont je critique tantôt l'inefficacité, tantôt la dangerosité.

Je récuse l'exaltation de l'humain, de la rationalité, de la liberté et de tous ces caractères qu'on énumère en général pour définir l'humain. Je constate qu'il y a, sans aucun doute, et sans que nous puissions donc le justifier ou le fonder, une primauté de l'humain. Mais cet humain dont je reconnais la supériorité - qui n'a rien à voir avec le droit à la totale hégémonie sur ce qui n'est pas l'homme, je refuse de le définir.
Dès qu'on définit, en effet, il y a des exclus, des humains exclus de la rationalité, de la conscience, de la liberté, de la représentation de la mort.
(« Question animale, question politique. Entrevue avec Élisabeth de Fontenay », Jean Pichette, Relations, juillet-août 2001, p. 12)

Et plus loin sur la proximité entre monde humain et monde animal : « Au début du XIXe siècle, Hegel disait que l'animal ne meurt pas, il finit. Dans cette tradition de pensée, l'animal est sans monde. Quand on se met à l'écoute de l'éthologie contemporaine, on découvre toutefois le caractère mobile de la frontière entre environnement animal et monde humain. Et pas seulement dans le cas des grands singes. L'animal n'est pas un être de la nature : sa spontanéité, que n'a pas la plante, est déjà une conscience et une visée, et il n'y a pas de visée sans monde visé ».

Par contre, Élisabeth de Fontenay se distingue de façon nette de la théoricienne italienne Paola Olivieri, qui réclame ni plus ni moins que l'extension des droits de l'homme aux « grands singes non humains ». Paola Olivieri a signé en janvier 2000 un article sur cette question dans la revue française Le débat.
« Nous savons que nous partageons avec les autres animaux nombre de nos gènes et une histoire évolutive commune. La biologie moderne nous apprend que les organismes sont regroupés de manière plus ou moins arbitraire, et que les différences sont de degré, non pas de nature. Dans ce cadre, il est désormais peu vraisemblable qu'il existe des capacités proprement humaines ».
(« Les droits de l'homme pour les grands singes non humains? », Paola Olivieri, Le débat, no 108, janvier-février 2000, p. 156)

C'est à partir de cette réfutation d'un propre de l'homme et de la démonstration de l'appartenance au monde moral des grands singes non humains que Paola Olivieri réclame pour eux la même protection éthique fondamentale que nous.

Humanisme et utilitarisme

Pour le philosophe utilitariste contemporain Peter Singer, dont Paola Olivieri est le disciple, l'humanisme n'est qu'un égoïsme de l'espèce. Comme Bentham, le père de l'utilitarisme (Élisabeth de Fontenay le mentionne, mais n'en parle pratiquement pas), il pense que les détenteurs du pouvoir politique doivent s'inspirer, lorsqu'ils légifèrent, du principe suivant : une action est bonne quand elle tend à réaliser la plus grande somme de bonheur pour le plus grand nombre possible d'être concernés par cette action (c'est le principe d'utilité).

« Peter Singer estime que l'agent moral est celui qui se demande, au moment d'agir, comment les conséquences de ses actions vont affecter les intérêts de ceux qui les subiront; et qui choisit d'agir en conséquence, explique Jean-Yves Goffi. Chaque fois qu'un agent moral se refuse à prendre en compte les intérêts d'un être sensible, il s'agit d'une forme sournoise de discrimination. Cette discrimination est tout aussi réelle (et tout aussi condamnable) qu'elle s'exerce contre les membres d'une autre race, d'un autre sexe ou d'une autre espèce. Les animaux dotés de sensibilité (capables d'éprouver du plaisir ou de la douleur) font, de plein droit, partie de la communauté morale : non pas, bien sûr, à titre d'agents car ils sont incapables du type de réflexion que l'agent moral est censé pratiquer; mais au moins à titre de patients. (…) »
(« Les animaux et nous », Jean-Yves Goffi, Le Magazine littéraire, janvier 1998, p. 106)

« L'argument central de Bentham et de ses disciples est simple, écrit pour sa part Luc Ferry : les critères invoqués d'ordinaire pour valoriser l'humain au détriment de l'animal (la raison, le langage, l'affectivité, la sociabilité, etc.) ne sont pas pertinents. De toute évidence, en effet, il existe de nombreux cas dans lesquels nous devons bien constater que l'animal est plus intelligent, plus « communiquant », plus affectueux ou sociable que certains humains.

Imaginons, dit Peter Singer dans son maître livre, « La libération animale » (Grasset), que nous soyons placés devant le choix suivant : sacrifier un chimpanzé en pleine santé ou un nourrisson débile dont le cerveau est radicalement endommagé. À l'évidence, le chimpanzé est, à tous égards, plus raisonnable, plus sociable, plus affectueux que le bébé.

Quel que soit le critère retenu, c'est lui qu'il faudrait choisir de sauver si nous agissions de façon rationnelle, en accord avec nos propres critères. Nos hésitations ne tiendraient donc qu'à nos préjugés « spé-cistes »".
(« Les animaux ont-ils des droits? », Luc Ferry, Le Point, 1er avril 1995, no 1176, p.55)

C'est effectivement ce type d'arguments qu'utilise Paola Olivieri dans son texte. « Est-il des êtres non humains qui possèdent effectivement ces capacités mêmes que nous jugeons pertinentes nous concernant? Nous avons vraisemblablement maintenant assez d'informations pour répondre par l'affirmative, du moins en ce qui concerne les grands singes non humains. Ce n'est guère surprenant.

Les chimpanzés, les gorilles et les orangs-outans sont les êtres les plus proches de nous dans l'arbre de l'évolution : ils partageant avec nous de 98% à 99% de leur ADN (…), les gestes par lesquels ils communiquent sont très semblables aux nôtres et sont employés dans des contextes analogues avec des significations analogues; ils sont capables de communication sophistiquée (…); les liens entre les membres de la famille sont fort et durables; la transmission culturelle se fait par un véritable enseignement (…) », etc.

Ainsi Paolo Olivieri montre la proximité entre grands singes et êtres humains. Elle démontre aussi que les critères qu'on retient pour définir l'humanité excluent nécessairement certains individus sans que pour autant on les exclue de la communauté morale : c'est ainsi qu'elle définit un statut à part de « patient moral » pour les grands singes.
« Certes, ils ne sont pas des agents moraux à part entière et ils ne sont pas à même de prétendre directement à une telle protection, mais il en va de même des enfants et des membres de notre espèce qui ne sont pas pleinement autonomes et auxquels nous ne refusons pas pour autant des droits moraux fondamentaux égaux ».
(« Les droits de l'homme pour les grands singes non humains? », Paola Olivieri, Le débat, no 108, janvier-février 2000, p. 156)

Plusieurs penseurs ont réagi à cet article, dont Luc Ferry et Élisabeth de Fontenay (le texte de cette dernière a été publié à part des autres réactions, dans un numéro subséquent, avec une réplique de Paola Olivieri). Luc Ferry affirme que ce que qualifie un « être moral », ce n'est ni son intelligence, ni ses capacités linguistiques, ni même sa faculté d'éprouver du plaisir ou de la peine, mais tout simplement sa liberté entendue comme faculté de s'arracher aux déterminismes naturels et historiques particuliers qui pèsent de part en part sur les formes de vie naturelles. Et elan pour l'appartenance des animaux au monde moral.

Les grands singes ne pourront jamais être plus, et encore s'exprime-t-on là par simple analogie, que des « citoyens passifs », à la différence des enfants qui ne le resteront pas, des handicapés mentaux sévères qui pourraient auraient pu ne pas l'être, et des vieillards séniles qui ne l'ont pas toujours été. S'ils avaient réellement des droits subjectifs, ils auraient aussi des devoirs, ce qui n'a guère de sens. Ils ont donc, tout au plus, des « droits objectifs », comme les monuments naturels ou historiques, par exemple, que l'on protège du vandalisme.
(« Des 'droits de l'homme' pour les grands singes ? Non, mais des devoirs envers eux, sans nul doute », Luc Ferry, Le débat, no 108, janvier-février 2000, p. 167)

Selon Luc Ferry, il faut cesser de penser en termes de droits pour parler plus sérieusement des devoirs que l'homme doit assumer envers des êtres qui, parce qu'ils sont comme lui doués de sensibilité, possèdent une aptitude à la souffrance, écrit Luc Ferry. Après avoir longtemps adopté la définition cartésienne des « animaux-machines » (aussi insensibles que des automates), notre législation a adopté la position kantienne : les animaux sont aptes à la douleur.

Ils se martyrisent d'ailleurs les uns les autres sous l'empire de la nature. Mais le sens de la dignité de l'homme, sa culture, lui imposent au contraire le devoir de ne pas faire souffrir gratuitement ces êtres sensibles.
(« Les amis des bêtes deviennent-ils cinglés? », Luc Ferry et Éric Conan, L'Express, 26 janvier 1990, p. 34)

Sur cette question des droits des animaux, Élisabeth de Fontenay est plus proche de Luc Ferry que de la tradition anglo-saxonne représentée par Peter Singer, qu'elle trouve carrément dangereux.

Un droit des animaux impliquerait un droit différentiel : les droits des chimpanzés ne peuvent pas être les mêmes que ceux des souris. Cela suppose donc une inflation de cas spécifiques… Je crois malgré tout qu'il faut garder l'idée d'un droit des animaux comme un idéal régulateur. Cela ne signifie pas qu'on peut, comme Paola Cavalieri, auteur italien et disciple de Peter Singer, réclamer les droits de l'homme pour les chimpanzés ! C'est justement le genre de revendication qui braque tout le monde (…).
(« Question animale, question politique. Entrevue avec Élisabeth de Fontenay », Jean Pichette, Relations, juillet-août 2001, p. 13)

Mais contrairement à Luc Ferry, Elisabeth de Fontenay, comme on l'a vu, ne réduit pas les animaux à des êtres de nature. Pour elle, ils ont un monde. Et cela concerne, à différents degrés, bien sûr, tous les animaux. Dans sa réponse à Paola Olivieri, « Pourquoi les animaux n'auraient-ils pas droit à un droit des animaux ? », elle souligne d'ailleurs qu'étendre les droits de l'homme aux grands singes ne ferait rien pour la protection des autres animaux.

Conclusion : Quelle éthique adopter face aux animaux ?

« Le respect », répond Élisabeth de Fontenay. Le respect de l'animal qu'on mange, d'abord :
il faut toujours se rappeler, pendant ce repas, qu'on a tué un animal pour pouvoir être heureux ensemble. Il faut en quelque sorte réciter un bénédicité, ce qui serait un confiteor.
(« Question animale, question politique. Entrevue avec Élisabeth de Fontenay », Jean Pichette, Relations, juillet-août 2001, p. 15)

Le respect dans l'expérimentation : selon elle, l'utilisation des animaux dans ne devrait être permise que dans le cadre des recherches médicales, et interdite pour la recherche sur les produits cosmétiques. Sur la question des biotechnologies, elle résume ainsi sa position dans Libération :
Voici les questions que peut poser quelqu'un pour qui le fait que les animaux, les mammifères, les vertébrés, soient sensibles au stress et à la douleur doit être pris sérieusement en charge par le droit :

  1. Est-ce bien nécessaire ?
    Réponse : Oui, pour sauver les hommes de la souffrance, du handicap, d'une mort prématurée. Non, si c'est pour des questions de confort, d'amélioration des performances, etc.
  2. Le traitement par lequel on 'humanise' les bêtes les fait-il souffrir, momentanément ou durablement ?
    Je suis alarmée qu'on nous renseigne aussi peu sur cette question, et que les réglementations surveillent si négligemment l'incontournable et barbare expérimentation animale.
  3. Le clonage qui fait gagner du temps en évitant la longueur des gestations ne menace-t-il pas à court terme des équilibres fondamentaux, des données immémoriales, qui constituent à la fois notre environnement traditionnel et notre a priori symbolique ?

Car clonage et « humanisation » des bêtes ne s'inscrivent quand même pas dans la continuité des pratiques d'élevage et de domestication. Il est insensé de nier qu'il y a un saut qualitatif dans cet anthropocentrisme implacable et cette démiurgie débridée. On refuse de voir qu'a commencé une nouvelle ère : celle de la confusion, de l'abstraction et d'une transgression qui est inconsciente de la réalité de « cela » qu'elle outrage : « cela » que je me garderai bien de nommer la « nature ». Je me demande ce que Darwin aurait pensé de tout ça.

Plus généralement, l'expérience que nous faisons aujourd'hui, c'est celle d'un abaissement impressionnant des frontières entre l'espèce humaine et les espèces animales. L'encéphalopathie spongiforme du bovin devenant maladie de Creutzfeld-Jakob nous rappelle, entre autres catastrophes, que nous n'aurions pas dû pouvoir, en les nourrissant de farines animales, disposer de la nutrition des herbivores. Mais tout n'est pas négatif dans cette abolition des différences. Quand les xénogreffes réussiront, et à condition que l'animal mis à mort n'ait pas au préalable été martyrisé, je pourrai éventuellement aimer que batte dans ma poitrine un cœur de porc.

Je témoignerai ainsi par ma reconnaissance d'être maintenue en vie grâce au sacrifice d'une bête et à la substitution de son organe au mien, de ma foi dans une communauté des vivants, j'assouvirai ma nostalgie des récits de métamorphoses, j'afficherai ma fierté de réhabiliter un animal admirable et méprisé. Et je ne craindrai en rien pour mon humanité, sachant que, de toute façon, l'homme est le seul être vivant dépourvu d'innocence.
(« Oui : Demandons-nous ce que Darwin aurait pensé », Élisabeth de Fontenay, Libération, 30 septembre 2000, p. 58)

Le silence des bêtes | Élisabeth de Fontenay

 

Voilà bien les seules questions qui valent la peine d'être posées. Chacun a cherché la réponse à sa manière, dans le scintillement d'une étoile, le va-et-vient de l'océan, le regard d'une femme, ou le sourire d'un nouveau-né…

Pourquoi vivons-nous ? Pourquoi y a-t-il un monde ? Pourquoi sommes-nous ici ?

Jusqu'à présent, seule la religion, la foi, la croyance offraient une solution. Aujourd'hui, la science, elle aussi, s'est fait une opinion. C'est peut-être l'un des plus grands acquis de ce siècle: elle dispose désormais d'un récit complet de nos origines.
Elle a reconstitué l'histoire du monde.

Qu'a-t-elle découvert de si extraordinaire ?

Ceci :C'est la même aventure qui se poursuit depuis 15 milliards d'années et qui unit l'univers, la vie, l'homme, les animaux comme les chapitres d'une longue épopée. La même évolution, du Big-Bang à l'intelligence, qui pousse dans le sens d'une complexité croissante: les premières particules, les atomes, les molécules, les étoiles, les cellules, les organismes, les êtres vivants, jusqu'à ces curieux animaux que nous sommes… Tous se succèdent dans une même chaîne, tous sont entraînés par un même mouvement.

Nous descendons des singes et des bactéries, mais aussi des astres et des galaxies. Les éléments qui composent notre corps sont ceux qui naguère fondèrent l'univers. Nous sommes vraiment les enfants des étoiles. L'idée dérange évidemment, car elle s'en prend aux anciennes certitudes, elle écorche les préjugés : c'est ainsi, depuis l'antiquité les progrès de la connaissance n'ont cessé de remettre l'homme à sa juste place.

Nous nous croyions au centre du monde ?

Galilée, Copernic et les autres sont venus nous détromper : nous habitons en réalité une planète banale, située dans la banlieue d'une modeste galaxie. Nous pensions être des créations originales, à l'écart des autres espèces vivantes ? Las! Darwin nous a perchés sur l'arbre commun de l'évolution animale… Il va donc nous falloir une fois encore ravaler notre orgueil mal placé : nous sommes les dernières productions de l'organisation universelle.

Le deuxième acte s'ouvre, il y a 4,5 milliards d'années, sur cette planète singulière, située ni trop près ni trop loin d'un Soleil opportun.
La matière poursuit son œuvre frénétique d'assemblages. A la surface de la Terre, dans de nouveaux creusets, s'amorce une autre alchimie: les molécules S'associent en structures susceptibles de se reproduire et font naître d'étranges petites gouttes, puis les premières cellules qui se groupent en organismes se diversifient, foisonnent, colonisent la planète, enclenchent l'évolution animale, imposent la force de la vie.

Que cette dernière soit née de l'inanimé, l'idée n'est certes pas facile à admettre. Pendant des siècles, le monde vivant a été considéré comme trop complexe, trop divers, en un mot trop « intelligent », pour avoir pu apparaître sans un petit coup de pouce divin.
Aujourd'hui, la question est tranchée : il résulte de la même évolution de la matière, il n'est pas le fruit du hasard.

Comment alors est-on passé de l'inerte au vivant ?
Comment l'évolution a-t-elle « inventé » la reproduction, le sexe, et la mort, inséparable compagne ?

L'Afrique, sa plus grande épopée. Avec d'autres, il a mis au jour le plus célèbre de nos squelettes: Lucy, la jeune (et jolie ?) australopithèque, âgée de 3,5 millions d'années, morte en pleine force de l'âge. La naissance de l'humanité ne fut pas un accident, elle participe de ce même cheminement de l'univers dont nous sommes les derniers fleurons. Que sont nos millénaires de civilisation comparés aux millions d'années… l'homme et vraiment arrive à se dégager de sont animalité ? Que valent nos actuelles facéties face aux quinze milliards d'années qui furent nécessaires pour façonner notre complexité ? Notre histoire n'est pas terminée. Oserait-on dire: elle commence. Car il semble bien que la complexité continue de progresser, et l'évolution de galoper.

On peut se poser cette ultime question: où allons-nous ?

Comment cette longue aventure qui fut cosmique, chimique, biologique et devient maintenant culturelle, va-t-elle se poursuivre ?
Quel est l'avenir de l'homme, des animaux, de la vie, de la planète et l'univers ?
Comment le corps va-t-il continuer à évoluer, que sait-on sur l'évolution de l'univers ?

Y a-t-il d'autres formes de vie ?

Notre corps est composé des atomes de l'univers, nos cellules enferment une parcelle de l'océan primitif, nos gènes sont, en majorité, communs à ceux de nos voisins primates, notre cerveau possède les strates de l'évolution de l'intelligence, et quand il se forme dans le ventre maternel, les hommes les animaux fond, en accéléré, le parcours de l'évolution animale.

Mais quelle que soit la vision, mystique ou scientifique, que nous portons sur nos origines, quelle que soit notre conviction, déterministe ou sceptique, religieuse ou agnostique, il n'y a qu'une seule morale qui vaille dans cette histoire, une seule donnée essentielle : nous ne sommes que de dérisoires étincelles au regard de l'univers.  Puissions-nous avoir la sagesse de ne pas l'oublier !

La plus belle histoire du monde
Les secrets de nos origines | éditions du Seuil Paris.

À la recherche de Dieu dans l'Univers

Albert Jacquard et Hubert Reeves | Radio-Canada

Un rapport sur l'industrie chinoise de la fourrure



Histoire des élevages d'animaux à fourrure


En Chine, la plupart des élevages d'animaux à fourrure se sont implantés durant les dix dernières années. Les espèces élevées comprennent le renard roux, le renard arctique, le chien viverrin, le vison et le lapin rex.

Selon les sources de l'industrie de la fourrure chinoise, un nombre croissant de commerçants, de stylistes et de manufacturiers ont déplacé leur entreprise vers la Chine, la main-d'œuvre peu coûteuse et l'absence de lois sur le bien-être animal rendant la vie plus facile et les marges bénéficiaires plus importantes.

Selon un éleveur coréen de renards, le Canada a essayé d'exploiter la main-d'œuvre chinoise peu coûteuse dès le début des années 1990 en y exportant 200 renards (rapport WSPA).

Beaucoup de fermes font face à des problèmes liés à la consanguinité, ce qui conduit à une lente détérioration de la qualité des fourrures. En 2004, des éleveurs finlandais exportèrent 5 000 renards vers la Chine. Beaucoup ne survécurent pas au voyage. Un propriétaire de ferme déclara que des entreprises similaires allaient également être créées dans la province de Hebei.

D'autres projets prévoient la vente de sperme de renard bleu finlandais et l'apprentissage des techniques d'insémination artificielle. L'expansion, ces dernières années, de la production de visons a été rendue possible grâce aux stocks de sperme acquis en Amérique du Nord et en Europe.

Rappor de la fourrure


® Un rapport sur l'industrie chinoise de la fourrure (pdf)

® La torture des milliers d'ours pour l'extraction de la bile en Chine (vidéo)

Les marchés de la fourrure et les centres d'affaires poussent comme des champignons, favorisant l'essor des sociétés impliquées dans la vente de fourrures, de peaux, de vêtements, de garnitures et de tous les produits et services qui gravitent autour.

Dans la seule année 2000, l'un des principaux marchés de gros et de détail y vit l'échange de plus de 1 800 000 manteaux, 1 500 000 pièces de fourrure et deux millions de garnitures, représentant l'équivalent de 200 millions de dollars US, soit une petite fraction du volume total de ce secteur.

L'élevage commercial de renards débuta dès 1860 en Chine. Comme cette industrie commença à prendre de l'ampleur en Occident dans le milieu des années 1950, la Chine s'adapta.

À partir de 1956, l'élevage de renards se répandit et s'intensifia, à tel point que chaque année, 200 000 renards étaient rajoutés dans les fermes d'élevage, jusqu'à atteindre un total d'un million de peaux produites par an. Dans les années 1980 et 1990, la Chine commença à s'ouvrir vers l'extérieur et son commerce de fourrure prit alors un essor considérable.

À côté des fermes d'État traditionnelles, de nombreuses fermes privées et familiales virent le jour. Durant les années 1990, le secteur attira des investissements étrangers, ce qui fit naître encore plus de fermes. Aujourd'hui, les éleveurs chinois détiennent plus de 1,5 million de renards et plus ou moins l'équivalent de chiens viverrins (site web de l'IFTF, janvier 2005).

Le rapport de Sandy Parker estime que la production chinoise de visons avoisine les cinq millions et s'accroît rapidement (public. n° 17, 13 juin 2005).

Les principales régions d'élevage et leur étendue

Selon des sources provenant de l'industrie chinoise, les élevages de la province de Shangdong (nord-est) détiennent le plus grand nombre d'animaux avec plus de 500 000 renards. Juste après, viennent les provinces de Heilongjiang et de Jilin avec chacune plus de 300 000 renards, et ces chiffres ne cessent d'augmenter (information Internet Breeding Stocks, fév. 2002).

Possédant elle aussi des fermes d'animaux à fourrure, la province de Hebei fait office de plaque tournante pour les marchés de gros et au détail. Beaucoup d'animaux élevés dans la province de Shandong y sont transportés et vendus, avant d'être tués et dépouillés de leur fourrure.

Liou Shih (comté de Li), principalement avec son commerce de cuir de vache et de peaux de mouton, et Shangcun (comté de Suning), spécialisé dans la fourrure, y sont les plus gros marchés.

Au marché de Shangcun, 30 millions de peaux sont échangées chaque année, ce qui représente 60 % des échanges de fourrures chinois. Shangcun est surnommée " la capitale de la fourrure ". Le comté de Suning comptabilise en outre 152 fermes de grande taille, 65 villages spécialisés et 10 000 éleveurs, pour un total de 47 000 renards, visons et chiens viverrins.

Selon le département de la Propagande du Parti, 50000 des 300000 habitants sont employés à des tâches relatives à la fourrure. La société Huachen espère produire plus de 80 000 pièces en 2005.

Les plus petites fermes d'animaux à fourrure sont souvent des affaires familiales. Les fermes de taille moyenne emploient de 10 à 15 travailleurs tandis que les plus grandes exploitations utilisent de 50 à plusieurs centaines de travailleurs. Détenant un nombre d'animaux allant de 1 000 à plus de 10 000, beaucoup de fermes bénéficient d'investissements étrangers.

Une des plus grandes fermes détient 15000 renards et 6000 visons (site Chinese Alibaba, nov. 2004). Opérant comme une entreprise multifonctionnelle, elle comprend des bâtiments pour l'insémination artificielle, l'élevage, l'abattage, le traitement des peaux, le tannage et tout ce qui suit la production. Elle s'occupe également de l'exportation vers d'autres pays.

Dans la province de Hebei, de nombreuses fermes de renards ont établi leurs magasins aux abords des villes, comme à Tanshang, Laoting, Li, Bao Shu. La majorité de ces fermes sont tenues par des particuliers. Le nombre d'animaux y est généralement de moins de 100 à plusieurs centaines. La plus grande ferme de cette province détient plus de 20 000 animaux (site web China Consumer).

Les plus petites fermes s'occupent principalement de l'élevage et vendent ensuite leurs renards aux marchés de gros ou aux abattoirs. Les peaux sont ensuite acheminées aux négociants de fourrure et à ceux qui les traiteront.

De nombreuses fermes de la province de Hebei ont été visitées pour ce rapport. Quelques-unes détenaient principalement des renards, mais la majorité possédait également d'autres espèces telles que : visons, chiens viverrins et lapins rex.

Les espèces de renards communément détenues incluent : les renards bleus et blancs arctiques (Alopex lagopus) et les renards roux et argentés (Vulpes vulpes). Les éleveurs utilisent principalement l'insémination artificielle pour croiser le renard bleu et le renard argenté, car leurs périodes d'accouplement ne coïncident pas.

Les chiffres de l'industrie estiment que la Chine produit un million de peaux de vison et un million de peaux de renard chaque année, soit l'équivalent de 11 % de la production mondiale de visons et 27 % de celle des renards (IFTF, 2003 : www.efbanet.com/socio.php#2). Et ces chiffres sont sans aucun doute sous-estimés.

La vie dans les élevages

Selon l'International Fur Trade Federation (IFTF) : l'élevage des animaux à fourrure est bien régulé et observe les plus hauts critères en matière de soins. La Chine est membre de cette fédération.

Dans les fermes chinoises, les renards et les chiens viverrins vivent confinés dans des rangées de cages grillagées (mailles de 3,5 à 4 cm) mesurant environ 90 cm de largeur par 70 cm de profondeur et 60 cm de hauteur, bien que plusieurs soient plus petites encore.

Les cages sont surélevées de 40 à 50 cm par rapport au sol, et ne contiennent aucun aménagement, aucun abri, aucun jouet, rien à mordiller, et dans beaucoup de cas aucun toit. Chaque cage contient un ou deux animaux.

Les femelles reproductrices sont isolées durant la gestation et la mise bas en plaçant leurs cages dans un enclos protégé par des briques et ce, afin de réduire la mortalité des petits due aux infanticides ou à la négligence des mères.

L'accouplement a lieu de janvier à avril. La majorité des fermes utilise l'insémination artificielle pour croiser les renards bleus et argentés qui n'ont pas le même cycle. Les renards atteignent la maturité sexuelle vers 10 ou 11 mois. Les reproducteurs sont utilisés pendant cinq à sept ans.

Les fermiers déclarent que les renardes ont des portées de 10 à 15 petits par an, entre mai et juin. Les renardeaux naissent donc au printemps et sont sevrés en trois mois. Selon les fermiers, le taux de survie des progénitures jusqu'au sevrage est de 50 %, ce qui équivaut à une moyenne de cinq à sept petits par portée.

Les renards sont généralement abattus six mois plus tard, c'est-à-dire au moment où ils ont développé leur pelage d'hiver. La majorité des animaux seront vendus à la fin de l'année, tandis que certains seront gardés pour la reproduction

Les renards roux (Vulpes vulpes) pèsent de 5,2 à 5,9 kg et mesurent (de la tête au début de la queue) entre 66 et 68 cm. Les renards arctiques (Alopex lagopus) ont une taille variant entre 53 et 55 cm et un poids oscillant entre 3,1 et 3,8 kg.

Les chiens viverrins (Nyctereutes procyonidés), une race de chiens ressemblant aux renards asiatiques, pèsent quant à eux entre 2,5 et 6,25 kg et ont une taille moyenne de 56,7 cm lorsqu'ils sont élevés au Japon. Les chiens viverrins finlandais ont pour leur part un poids variant entre 3,1 et 12,4 kg (Kauhala K & Saeki M., 2004).

Des comportements pathologiques démontrant des problèmes évidents de bien-être sont observés dans toutes les fermes : comportements stéréotypés, peur extrême, apathie, automutilations. Les fermiers rapportent aussi des problèmes liés à la reproduction et des infanticides, connus comme étant consécutifs à de mauvaises conditions de vie.

Pour sortir les renards des cages, les fermiers les attrapent avec des pinces métalliques pour leur bloquer le cou et les tirent par la queue. Deux sortes de pinces sont utilisées. Ensuite, l'animal est extirpé par les pattes arrière, la tête en bas.

La période d'élevage s'étend de juin à décembre. À partir du moment où les fermiers ont sélectionné les animaux qui serviront à la production de fourrure plutôt qu'à la reproduction, la qualité de leur fourrure devient leur seul souci. Avant que ces animaux ne soient prêts pour l'abattage, les éleveurs examinent attentivement la maturité et la qualité de leur pelage. Entre novembre et mars, les renards sont vendus, tués, dépiautés et leur fourrure est traitée.

Problèmes comportementaux

Lorsque des individus sont placés dans des lieux artificiels, la complexité et l'étendue de leur environnement physique sont intensément réduits. De plus, les animaux captifs sont contraints de cohabiter et d'interagir avec des humains qui contrôlent tous les aspects de leur vie quotidienne (Carlstead K. 1996 : " Effets de la captivité sur le comportement des animaux sauvages ").

Dans la nature, les animaux peuvent contrôler la charge des stimuli à l'aide d'ajustements comportementaux tels que l'approche, l'attaque, la poursuite, l'exploration, l'évitement ou le camouflage. En état de captivité, ces stratégies d'adaptation ne sont plus possibles. Un manque de contrôle et une exposition à une détresse inéluctable sont reconnus comme étant profondément dommageables, et ces agents de stress chroniques sont propres à la captivité.

Le professeur Donald Broom, du département vétérinaire de l'Université de Cambridge, soutient que les anomalies comportementales sont des plus pertinentes pour détecter des problèmes chroniques relatifs au bien-être. Là où elles surviennent, elles sont habituellement associées à l'absence de ressources dont l'animal a besoin et à la frustration qui l'accompagne.

Ces « ressources » sont : l'accès à plus d'espace, un environnement plus stimulant ou plus paisible, la capacité de manifester certains comportements et la possibilité d'établir des relations avec des partenaires sociaux ou sexuels. Hélas, dans les élevages chinois, les renards, les chiens viverrins, les visons et les lapins sont confinés dans d'étroites cages grillagées.

Les lois suisses stipulent que deux renards doivent disposer au minimum d'un habitat de 30 m² à l'extérieur et de 8 m² d'abri. Un terrain naturel pour creuser, des boîtes pour dormir et des endroits pour se cacher sont obligatoires. Deux visons ont droit à au moins 6 m² et à la possibilité de nager. Pour deux chiens viverrins : 30 m² en extérieur, 8 m² d'abri, un terrain naturel et des places pour se cacher. Selon les recommandations du Comité permanent de la Convention européenne sur la protection des animaux à fourrure dans les élevages (Conseil Européen), la superficie minimale d'une cage de renard est de 0,8 m² (8 000 cm²).

Or, en Chine, les plus grandes cages contenant les renards et les chiens viverrins font 90 cm x 70 cm, soit 1/3 de moins en superficie et 14 % de moins en hauteur que les recommandations minimum de l'Union Européenne.

Il est connu que les renards d'élevage souffrent d'une peur extrême (Broom 1998/Wipkema 1994), exacerbée par la proximité des humains, les manipulations répétées et brutales, l'incapacité de se retirer pour s'isoler et la détention aux côtés de nombreux autres renards. Selon les recommandations du Conseil de l'Europe adoptées par le Comité permanent le 22 juin 1999, les renards doivent disposer de nids en permanence ce qui, en plus des cages trop étroites, leur est refusé en Chine.

Stress Physiologique

La peur est la source de stress physiologique, d'infanticides et de comportements pathologiques, connus sous le nom de stéréotypie. La stéréotypie est un comportement répétitif et constant, ne servant apparemment aucune fonction.

Ce comportement est fréquent chez les animaux captifs, particulièrement chez ceux vivant dans des environnements stériles et réduits. Chez les carnivores, cela se traduit par des pas de long en large, des hochements ou des balancements de tête. Ces symptômes ont été largement documentés par les enquêteurs.

Autres troubles fréquents constatés en Chine : apathie (pas de réactions et inactivité extrême), retrait au fond de la cage et automutilations. En plus de la peur, la monotonie de la séquestration dans des cages et l'absence ou la rareté de relations sexuelles s'ajoutent à toute cette misère.

Les infanticides sont courants dans les élevages de renards. Selon des propriétaires d'élevages chinois, le taux de mortalité moyen des petits avant le sevrage est de 50 %. C'est extrêmement élevé, même pour des renards d'élevage. En Suède, ce taux varie entre 15 % et 30 %, et en Norvège entre 16,8 % et 22 %. En Finlande, en 1990, le magazine Turkistalous estimait ce taux à 30 %.

Pour toutes ces raisons et en l'absence d'informations suffisantes sur le bien-être de ces animaux, les recommandations européennes (adoptées les 12 et 13 déc. 2001) ont amené plusieurs pays européens (dont l'Autriche, le Royaume-Uni, les Pays-Bas et la Suède) à interdire ou à sévèrement restreindre l'élevage de renards.

L'abattage

Les animaux sont abattus aux abords des marchés de gros, là où les fermiers les apportent pour les vendre et où les grandes sociétés viennent acheter leurs stocks. Pour arriver là, les animaux sont souvent transportés sur de grandes distances et dans d'effroyables conditions.

Les ouvriers extraient les animaux de leur cage à l'aide d'un collet au bout d'une perche. Parfois, les animaux sont ainsi transbahutés, toujours suspendus par le cou. Les ouvriers les saisissent ensuite par les pattes arrière puis, en utilisant un bâton de bois ou en métal, les frappent à plusieurs reprises sur la tête.

Une autre méthode consiste à frapper l'animal sur le sol, tête la première. Ces actes ont pour but d'étourdir les animaux. Ceux-ci luttent pour se défendre ou sont pris de convulsions, tandis que d'autres bougent à peine, gisant sur le sol.
Plusieurs, bien qu'immobiles, sont encore vivants.

L'écorchage au couteau commence par le ventre, tandis que l'animal gît sur le dos ou est suspendu à un crochet, la tête en bas. Dans un cas, cela s'est produit juste à côté du camion qui contenait les carcasses, utilisées pour la consommation humaine. Ensuite, découpant le pelage des pattes arrière, les ouvriers retroussent la peau jusqu'à ce qu'elle se détache de la tête.

Les animaux qui n'ont pas été complètement étourdis ou qui redeviennent conscients durant le dépiautage luttent désespérément, jusqu'à la fin. Même une fois que leur peau eût été totalement enlevée, nous avons constaté une respiration, des battements de cœur, des mouvements du corps et des paupières, et ce durant cinq à dix minutes.

Nous avons pu observer qu'un nombre significatif d'animaux restent pleinement conscients durant tout le processus de dépiautage, se contorsionnant dans tous les sens. Les ouvriers utilisent alors le manche de leur couteau pour leur frapper la tête à plusieurs reprises, jusqu'à ce qu'ils bougent un peu moins. D'autres ouvriers écrasent la tête ou le cou de l'animal pour l'étrangler ou le maintenir en place.

Guo Wanyi, vice-chef du comté de Suning, déclara le 8 avril 2005 dans le journal China Daily, publié en anglais et détenu par le gouvernement, que le gouvernement local avait interdit les pratiques cruelles d'abattage. Selon un règlement local voté à Cangzhou le 1er septembre 2003, les méthodes proposées pour tuer les renards sont : l'injection de drogues, l'injection d'air dans le cœur ou l'électrocution.

Observations confirmées par des journalistes chinois

Les terribles découvertes faites par les enquêteurs de la PSA et de East International ont été confirmées le 5 avril 2005 par des journalistes du Beijing News (un journal détenu conjointement par le Beijing Daily et par le South Daily, et tirant à 500 000 exemplaires). Dans un long article, ils décrivent ce qu'ils ont vu le 21 mars 2005 au marché de fourrures de Shangcun : Une fois tiré hors de sa cage, le chien viverrin alors en l'air, se recroqueville.

Quelques femmes ayant la cinquantaine et portant des gourdins en bois se placent autour. Une femme en foulard s'empare alors de la queue de l'animal et les autres s'écartent d'un air maussade.

La femme élève alors l'animal vers le haut puis, en formant un arc de cercle, le claque violemment par terre, ce qui crée un nuage de poussière. Le chien viverrin essaye de se relever, ses pattes grattant le sol.

Le gourdin en bois de la femme s'abat alors sur son front. La femme prend l'animal et l'amène de l'autre côté de la route, le jetant sur une pile d'autres animaux. Un filet de sang s'écoule de son museau, mais ses yeux sont toujours ouverts et clignent, ses pattes bougent, il lève la tête puis s'effondre.

À côté de lui se trouve un autre chien viverrin auquel on a coupé le bout des quatre pattes et qui continue à glapir. Après plus de 10 minutes, Qin Lao s'approche de l'animal avec un couteau.

Son boulot est de dépiauter les animaux. Le chien viverrin est suspendu à un crochet placé à l'avant d'un tricycle à moteur, la tête en bas. La région des pattes arrière et de l'anus est d'abord entaillée au couteau. Un bruit de déchirure se fait entendre lorsque la peau des pattes arrière est totalement retroussée, alors que l'animal lutte désespérément pour se retourner, en poussant des cris.

La peau est retroussée sur tout l'abdomen. Le corps de Qin Lao a beau être tendu comme un arc par l'effort, la fourrure récalcitrante reste attachée à la peau. Une femme s'approche alors pour l'aider.

La fourrure est finalement totalement retirée du chien. Il est ensuite jeté à l'arrière du camion, de la vapeur s'échappant de son corps ensanglanté. Il essaye à nouveau de se redresser, lève la tête et regarde son corps. Sans cligner des yeux, il tente une dernière fois de tourner sa tête, puis s'écroule, inerte. Dépiauter un animal mort ou vivant, c'est du pareil au même, mais c'est plus pratique et plus net de cette manière. Tout le monde a toujours fait ainsi. Explique Qin Lao.

Les produits et leurs prix

La variété sans cesse grandissante des produits de l'industrie de la fourrure chinoise s'étend sur toute la gamme et comprend : peaux, manteaux complets, accessoires tels qu'écharpes et capuchons ainsi que garnitures de vêtements, vêtements combinés, jouets et même des meubles.

Les propriétaires de boutiques expliquent que les prix dépendent de la forme et de la taille du vêtement ainsi que de la quantité, de l'espèce et de la qualité de la fourrure utilisée. La plupart des commerçants chinois maintiennent que leurs fourrures sont importées de Finlande ou des États-Unis.

Ceci reflète la croyance largement répandue selon laquelle la fourrure produite dans le pays n'a pas encore atteint les standards de qualité. La fourrure produite localement est donc intentionnellement étiquetée sous le nom de fabricants étrangers, afin d'en obtenir des prix plus élevés.

Les renards vivants sont vendus de 50 à 75 $US par individu. Cependant, le prix des animaux vivants et des peaux varient d'année en année. Les magasins chinois vendent en général un bon manteau de fourrure entre 3 750 et 5 000 $US, tandis que les meilleurs se vendent jusqu'à 12 500 $US. Les prix au détail et dans les échoppes de marché sont plus bas, variant entre 1 250 et 2 500 $US.

Risques environnementaux

Le nombre effarant d'animaux tués dans et autour des centres de traitement cause d'énormes dégâts environnementaux. D'immenses quantités de sang et d'abats s'accumulent dans ces abattoirs à ciel ouvert.

Les produits chimiques des tanneries (dont le chrome) représentent un risque supplémentaire pour la santé et l'environnement. Selon le professeur Cheng Fengxia de l'Université des Sciences et Technologies de Shaanxi, la pollution causée par un traitement inapproprié, spécialement la teinte des fourrures, est devenue un sérieux problème (China Business Weekly, 20 janv. 2004).

Par exemple, au marché de Haining (province de Zhejiang), près de 100 000 fourrures sont vendues chaque jour.
Elles sont ensuite traitées, transformées, teintes, découpées et cousues pour correspondre aux tendances de la mode.

La Chine est le premier pays producteur de vêtements de fourrure. En plus de sa propre production, la Chine importe chaque année cinq millions de peaux de vison et 1,5 million de peaux de renard (China Business Weekly, 20 janv. 2004).
Cela représente mondialement 40 % des ventes de fourrure à la criée. Beaucoup de ces fourrures sont teintes en Chine dans des couleurs à la mode avant d'être réexportées. En 2002 et en 2003, 40 % des fourrures de renard produites en Finlande (845 325) furent exportées vers la Chine et Hong Kong. Aussi, 38 % de la production de visons finlandais fut exportée en Chine, soit l'équivalent de 1 633 682 fourrures.

Manque de transparence

Le secteur mondial de la fourrure est complexe : les peaux produites par les éleveurs doivent traverser plusieurs frontières et subir diverses étapes de traitement avant d'être acheminées au consommateur.

L'IFTF considère la Chine comme étant le plus grand exportateur de fourrures. Elle a augmenté sa production dans des proportions telles que beaucoup de fourrures de renard ne trouvent plus acquéreur dans les criées d'Helsinki ou de Copenhague. Au printemps 2005, les vendeurs chinois y ont remplacé les acheteurs.

Plus de 95 % des vêtements en fourrure sont vendus à l'étranger, notamment en Europe, aux États-Unis, au Japon, en Corée et en Russie, et 80 % des exportations en provenance de Hong Kong sont destinées à l'Europe, aux États-Unis et au Japon. Ces produits incluent la fourrure brute, les vêtements en fourrure et les vêtements en tissu ou en cuir ornés de garnitures en fourrure.

La Chine est également devenue le premier pays exportateur de vêtements de fourrure vers les États-Unis, comptabilisant 40 % du total des importations pour 2004, l'équivalent de 7,9 millions de dollars US (Melbourne Paper, 10 janv. 2005, p. 15 : Coats selling fast, that's for sure). Les statistiques exactes pour l'exportation sont cependant difficiles à établir étant donné que les garnitures en fourrure ne sont pas systématiquement déclarées aux douanes. De plus, les revendeurs peuvent importer des stocks qui seront ensuite réexportés ailleurs.

La plupart des revendeurs sont réticents à divulguer la véritable origine de leurs vêtements afin d'éviter l'image d'une production bon marché et de qualité inférieure. Tout commerçant de mode peut légalement importer des textiles de Chine sans devoir en déclarer leur origine. Et même s'il la mentionne, l'étiquette peut, par exemple, seulement indiquer : Fabriqué en Italie ou Fabriqué en France. La plupart des revendeurs n'identifient même pas le type de fourrure utilisée pour les garnitures.

Une enquête faite au hasard dans des boutiques et des grands magasins de Suisse et de Londres a révélé des étiquettes « Made in China » parmi des vêtements en fourrure de grandes marques.

Mondialement, l'importance des fourreurs « classiques » dans l'économie a fort diminué durant la dernière dizaine d'années. Dans de nombreux pays, leur contribution au chiffre d'affaires généré par les ventes de vêtements de fourrure est devenue dérisoire.

Le rapport de Sandy Parker insiste sur le fait que les fourreurs traditionnels doivent reconnaître qu'une bonne partie de leurs parts de marché sont désormais détenues par des commerçants qui ne vendent pas que de la fourrure. Ainsi, ces deux dernières années, tandis que leur chiffre d'affaires stagnait ou augmentait légèrement, les ventes de fourrure provenant des grands magasins et des boutiques contribuaient à augmenter fortement le volume total.
Le déclin des ventes dans les magasins de fourrure traditionnels signifie donc simplement que les clients vont voir ailleurs (Rapport de Sandy Parker, 10 janv. 2005).

Inexistence de loi nationale sur le bien-être des animaux

Les deux lois existantes sur la protection de l'environnement et de la vie sauvage ne concernent que la protection de la vie animale dans la nature. Les animaux sauvages en captivité sont traités comme des ressources et des objets.

Il n'y a aucune loi interdisant la cruauté dans le système judiciaire chinois (Song Wei, professeur, Faculté de Droit, Université de Hefei, conférence du 18 mars 2005 : L'approche chinoise vers une loi concernant le bien-être des animaux).

Un nombre d'actes de cruauté très médiatisés a révélé le manque de protection légale des animaux captifs en Chine. Par exemple, en février 2002, un étudiant versa de l'acide concentré sur des ours du zoo de Pékin, et ne reçut aucune sanction.

Le scandale qui entoura l'état critique des ours et l'impunité dont jouit l'étudiant déclencha un débat national sur la nécessité d'une législation contre la cruauté (Paul Littlefair, RSPCA, Dép. intern., 2005, Conférence du CIWF : Pourquoi la Chine s'éveille-t-elle au bien-être des animaux ?).

Ceci contraste avec les affirmations vigoureuses de la Commission chinoise pour la fourrure dans une lettre envoyée à la PSA le 7 mars 2005 et dans laquelle elle déclare que les élevages chinois d'animaux à fourrure sont sous la tutelle de l'Administration des forêts et du ministère de l'Agriculture.

Les décrets et règlements concernant cette matière englobent

  • la loi sur la protection de la vie sauvage
  • les règlements sur la protection de la vie sauvage terrestre
  • les procédures pour la gestion des permis concernant la domestication et l'élevage des animaux sauvages sous protection spéciale de l'État.

En outre, dans sa lettre, la Commission déclare : Nous soupçonnons fortement que les preuves matérielles et les remarques du rapport (de la PSA/East International) ont été inventées ou exagérées. Certains comtés prétendent avoir établi des règlements concernant les élevages, mais jusqu'à maintenant, personne n'a été puni pour infraction.

Est-ce que la qualité des fourrures est un indicateur du bien-être ?

L'un des perpétuels arguments de l'industrie pour justifier ces élevages est que la qualité de la fourrure est un gage du bon traitement des animaux.
Les déclarations telles que : Il est un fait que l'élevage pour la fourrure et le bien-être des animaux vont de pair (® BFTA) : peuvent sembler pertinentes mais ne sont pas si simples.
Les renards et les visons sont tués après leur première mue d'hiver, lorsque leur pelage est en parfait état.
Des années de sélection pour en améliorer la qualité ont produit des animaux dont la fourrure est moins sensible aux conditions de vie que celle des animaux de compagnie. Dans son rapport sur le bien-être des animaux à fourrure d'élevage, le comité scientifique sur la santé et le bien-être des animaux de la Commission Européenne (p. 73) stipule ceci : Excepté dans les cas extrêmes qui révèlent des symptômes pathologiques, ou dans le cas de morsures, il vaut probablement mieux considérer l'état de la fourrure comme un critère de production plutôt que comme un critère de bien-être animal..    Plus d'infos (PDF) : ® Traduit du Neerlandais | Les animaux souffrent pour la fourrure.

Conclusion

Les conditions de vie dans les fermes chinoises font fi des normes les plus élémentaires du bien-être animal. Pendant leur existence et lors de leur indescriptible mort, on refuse de poser les plus simples gestes de bonté envers ces animaux.

Ainsi des millions d'individus doivent supporter la plus profonde indifférence à l'égard de leur souffrance, de leur dignité et de leurs besoins les plus fondamentaux - au nom de la mode.

Ce rapport démontre que les conditions de détention, d'élevage, de transport et d'abattage des animaux servant l'immense industrie chinoise de la fourrure sont inacceptables et ce, tant d'un point de vue vétérinaire que moral.

Par conséquent, nous demandons instamment que :

  • Le gouvernement chinois fasse passer une loi concernant le bien-être animal.
  • Le gouvernement chinois introduise et fasse respecter une loi interdisant le dépiautage d'animaux vivants.
  • Le gouvernement chinois introduise et fasse respecter une loi interdisant les traitements et les méthodes d'abattage inhumains.
  • Le gouvernement chinois introduise et fasse respecter une loi interdisant la détention inhumaine d'animaux.
  • Les créateurs de mode bannissent la fourrure de leurs collections et emploient des matières non issues de cruauté.
  • Les consommateurs n'achètent ni des vêtements ni des accessoires comportant de la fourrure.
  • Les consommateurs vérifient si les créateurs de mode ont incorporé de la fourrure dans leurs collections.
  • Les revendeurs de mode ne stockent pas de vêtements ou d'accessoires contenant de la fourrure.

Le Foie gras
vers la fin du gavage !


Proposition de loi à l'Assemblée Nationale


Ce mardi 19 janvier 2016, la FBB était à l'Assemblée Nationale en compagnie de la députée Laurence Abeille, de l’association belge GAIA, du professeur Donald M.Broom et de Pamela Anderson.

Laurence Abeille, députée Europe-Ecologie Les Verts du Val-de-Marne a présenté la proposition de loi visant à faire interdire le gavage avant de céder la place au professeur Donald M.Broom venu présenter le rapport de l’université de Cambridge, dont il est le co-auteur, réalisé à l’initiative de l’association belge GAIA, qui évalue les conséquences néfastes du gavage sur le bien-être des canards.

Notre porte parole Christophe Marie a quant à lui dévoilé les résultats du sondage IFOP (janvier 2016) commandé par la Fondation Brigitte Bardot : 70% des Français sont opposés au gavage des oies et des canards.

Cette Conférence de presse exceptionnelle se tenait en présence de Pamela Anderson, venue soutenir le dépôt de la proposition de loi.   «Nous devons évoluer au-delà de la barbarie et de l’ignorance», a t-elle expliqué.

Il faut être honnête

Le foie gras est tout simplement un foie malade. Cela signifie que ces animaux sont obligés de souffrir de douleurs atroces tout au long de leur courte vie.
Et de rappeler : Il faut ouvrir les yeux. Ces animaux (80 millions par an, ndlr) sont nés en captivité, sous les lumières industrielles. Ils n’ont jamais connu d’endroit pour nager, n’ont jamais pu déployer leurs ailes.
Au lieu de les laisser en liberté, nous les torturons en leur mettant des tubes en acier dans la gorge, leur causant des infections et des plaies ouvertes.
Ils vivent dans de minuscules cages, couchés dans leurs propres excréments et vomissures…».

Accompagnée du capitaine Paul Watson et Pamela Anderson est également revenue sur l’histoire de son engagement pour la cause animale: En 1977, Brigitte Bardot était au Canada pour attirer l’attention internationale sur le massacre des bébés phoques.
J'avais 10 ans. Son combat m'a beaucoup inspiré. J'ai compris que les animaux ont le droit de vivre librement, sans être maltraités sur cette planète seulement pour l'argent d'un mondialisme sans aucune morale.
C’est aussi pour poursuivre le combat de cette femme que je suis venue en France exprimer mon opposition à une industrie qui est tout aussi cruelle que le massacre de bébés phoques, celle du foie gras.

crédit: http://www.fondationbrigittebardot.fr/


En 2015, L214 a révélé deux nouvelles enquêtes menées dans la production de foie gras. La première plonge dans l’univers industriel d’un couvoir des Pays de la Loire. La deuxième montre l’insémination artificielle de canes dans un élevage du Sud Ouest. Deux étapes cruciales et inhérentes à la production de foie gras.

• Voir vidéo d'enquête 2015 sur couvoir et insémination dans la production de foie gras.

 


RAPPORT GAIA SUR LE FOIE GRAS


L’Université de Cambridge expose les effets du gavage. Michel Vandenbosch, le président de GAIA et le Professeur Donald M. Broom de l’Université de Cambridge au Royaume-Uni ont présenté un nouveau rapport scientifique qui, à la demande de GAIA, évalue les conséquences de la production de foie gras sur le bien-être des canards.

« Les résultats de ce rapport réalisé par la prestigieuse Université de Cambridge sont sans équivoque. La pratique du gavage engendre une très forte dégradation du bien-être des canards », a déclaré le Professeur Broom.
« A la lumière des conclusions de ce rapport, GAIA demande que le gavage soit interdit », souligne Michel Vandenbosch.

Ce rapport, réalisé à la demande de GAIA par la prestigieuse Université de Cambridge au Royaume-Uni, a été co-écrit par le Docteur en biologie Irene Rochlitz et mené par le Professeur Donald M. Broom, autorité scientifique de notoriété mondiale en matière de bien-être animal.

Les résultats du rapport sont clairs et formels : le gavage prive le canard de la maîtrise d’un aspect de sa vie qui est crucial à sa survie et qui consiste à ingérer de la nourriture adaptée en quantités adaptées. La perte de cette maîtrise engendre une très forte dégradation de son bien-être. Les canards sont nourris par l’insertion d’ un tube dans leur œsophage, et ce deux fois par jour sur une durée de 12 à 15 jours.

Blessures et douleurs

La pratique du gavage peut occasionner en outre des blessures et des douleurs au niveau du bec, de la tête, des yeux, des narines, du cou et du canal digestif supérieur et provoque chez les oiseaux un état d’obésité et des lésions aux pattes, qui réduisent sa capacité à se déplacer et engendrent vraisemblablement des douleurs.
La grande quantité de nourriture à haute valeur énergétique que les canards doivent ingérer les place dans un état considérable de stress thermique.
Ils passent une bonne partie de leur temps à haleter afin de réguler leur température.

Le foie gras, un état pathologique

Le rapport souligne également que le gavage du foie occasionne une pathologie du foie, plus spécifiquement une stéatose, qui augmente fortement le risque d’une mort prématurée pour le canard.
L’état pathologique du foie ne fait pas de doute, preuves en sont la capacité moindre du foie à détoxifier, ainsi que les lésions aux cellules hépatiques à la fin de la période de gavage.

« A la fin de la période de gavage, le foie du canard atteint un volume de 7 à 10 fois supérieur à sa taille normale », résume le Professeur Broom.

Mortalité décuplée

Le Professeur Broom ajoute : « Par rapport aux groupes de contrôle, les canards gavés manifestent une série de modifications du comportement, qui indiquent une atteinte à leur bien-être : immobilité, position couchée sur de longues durées, peu de toilettage, de lissage des plumes et d’interactions, et des halètements prolongés ».

L’Institut Technique de l’Aviculture français mentionne un taux de mortalité de 2 à 5%. Ces chiffres sont en nette disproportion avec les taux de mortalité des canards de barbarie à l’engraissement dans les élevages anglais, qui ne s’élèvent qu’à 0,2% durant les deux semaines précédant l’abattage.

De plus, le rapport précise que les conditions actuelles de la production de foie gras ne respectent que trois des douze critères et pas un seul principe de bien-être prévus par le projet européen Welfare Quality®, qui sert à mesurer le bien-être des animaux de rente.

« A la lumière des conclusions de ce rapport, GAIA demande que le gavage soit interdit. Si l’on souhaite continuer à produire du foie gras, cela peut être fait sans gavage », souligne Michel Vandenbosch.

 

Manifestation anti foie-gras devant d'Euralis
Lescar (64230)

Manifesté devant Euralis Lescar devant d’Euralis
Lundi 22 juin 2009, à Lescar (64230), de 10h30 à 12h30, devant d’Euralis, leader mondial dans la production de foie gras

22/06/2009 par Hélène Chauwin,AFP : Pour un gavage respectueux des oies.
A Lescar (64230), des associations ont manifesté ce lundi midi devant Euralis, premier producteur mondial de foie gras. La scène est symbolique : une femme alimentée de force dans une cage, entourée de personnages en costumes de bagnards portant des masques de canards. Une manifestation symbolique devant Euralis pour alerter l'opinion public sur les conditions de production de ce « mets pas si délicat ». A son origine, plusieurs associations : People for the Ethical Treatment of Animals (PETA) France, la Fondation Brigitte Bardot, la SPA et L214. Elles portent plainte contre la France pour non application de la réglementation.

Selon elles, « L'industrie du foie gras viole la réglementation européenne avec la complicité du gouvernement français ». La réglementation, précisent-elles dans un communiqué, interdit notamment, pour les nouvelles installations, « la détention des canards en cages individuelles » où « les oiseaux sont immobilisés pendant toute la période de gavage ».
Le responsable de la communication d'Euralis, Yves Leborgne s'est déclaré "surpris" par l'initiative. Il assure que sa société "a toujours respecté la réglementation visant le bien-être des animaux". "Les cages collectives ne seront obligatoires qu'à partir du 1er janvier 2010 pour les nouvelles installations et ne seront généralisées qu'à partir de 2015" a-t-il précisé à l'AFP.

Dans la ville de Chicago, la vente de foie gras a été interdite en août 2006, mais cette interdiction a été annulée en mai 2008.

Sites à consulter :

 

Les animaux pensent-ils ?

Dis-moi comment tu penses
que l'animal pense
et je te dirai comment tu penses.


Résumé : Le problème de la pensée animale a été abordé selon deux biais principaux par les philosophes grecs.

Certains ont cherché à repérer et à définir les différentes formes d'intelligence animale et les facultés que ces dernières impliquaient alors. Telle semble avoir été l'approche d'Aristote. D'autres philosophes ont considéré la question comme relevant principalement de la philosophie morale : quelle doit être l'attitude du sage s'il entend honorer les dieux ?

  • Soit les dieux n'ont pas accordé la raison aux animaux, et il n'existe aucune relation de justice entre eux et nous, ce qui entraîne que nous pouvons les manger à bon droit.

  • Soit les dieux leur ont accordé la raison, et nous devons les considérer comme nos frères, ce qui implique qu'ils possèdent des droits et que nous avons des devoirs.

Le sage devrait ainsi s'abstenir de manger des animaux puisqu'il s'agit d'êtres rationnels. Tel est le sens des arguments que Plutarque et Porphyre opposent aux stoïciens.

Socrate, Connais-toi toi-même

Le paradoxe socratique Il estime que la science et la vertu vont de pair et que la vertu est une question d’intelligence et de réflexion. La volonté ne peut vouloir le mal et ce n’est que par une erreur de l’intelligence qu’elle se livre inconsciemment au mal. L’ignorance est cause de la méchanceté. La sagesse se traduit en acte vertueux.

Et le bonheur vient de la pratique de la vertu qui est à elle-même sa propre récompense.
L’ordre dans le monde ne peut s’expliquer que par une intelligence supérieure.
Et il ajoutera que l’âme est au corps ce que le dieu est à l’univers.





LES ANIMAUX ONT UNE AME DIT LE PAPE

Vendredi 10 décembre, au cours d’une allocution officielle, le pape François a affirmé que les animaux ont une place au paradis.
Le chef de file des catholiques s’exprime chaque semaine depuis la place Saint-Pierre, au Vatican. Jeudi dernier, il a évoqué les animaux au cours de son discours. Il a ainsi affirmé que les chiens, « comme toutes les créatures de Dieu », ont leur place au ciel. « Le paradis est ouvert à toutes les créatures de Dieu ».






La réalité des pratiques d’abattage
Rituel et Conventionnel


Abattage Rituel.


Campagne nationale d’information des consommateurs citoyens sur la réalité des pratiques d’abattage des animaux. Campagne nationale d’information des consommateurs citoyens sur la réalité des pratiques d’abattage des animaux.

VIDEO SUR D'ABATTAGE DES ANIMAUX

Selon plusieurs associations de défense des animaux, tous les consommateurs peuvent se retrouver à manger, sans le savoir, de la viande halal et casher. Un député UMP va déposer une proposition de loi pour réglementer l'étiquetage.

« Cet animal va être égorgé à vif sans étourdissement et dans de grandes souffrances. C'est ça, un abattage rituel ». Les associations de défense des droits des animaux ont voulu frapper un grand coup, avec, pour la première fois, ce slogan placardé dans une cinquantaine de villes de France. Objectif: dénoncer les souffrances endurées par les animaux lors de l'abattage religieux, qui diffère de l'abattage traditionnel. En France, ce dernier nécessite, depuis un décret de 1964, l'étourdissement des animaux avant leur mise à mort. En étant inconscient, l'animal souffre moins. La pratique peut se faire de façon mécanique (pistolet), électrique (pinces) ou encore à l'aide de gaz.

Mais ce procédé n'existe pas en cas d'abattage rituel. Dans les religions juive (casher) et musulmane (halal), l'abattage consiste en effet à tuer l'animal alors qu'il est conscient, en le saignant à l'aide d'un couteau planté dans la gorge. La réglementation européenne prévoit une dérogation à l'obligation d'étourdissement préalable des animaux, uniquement dans le cadre strict de la liberté de culte. Une exception qui met en colère les associations. « Je ne supporte plus que pour plaire à un dieu, on égorge les animaux sans étourdissement préalable, comme au Moyen Âge, alors que nous avons des moyens modernes d'éviter la souffrance animale », explique ainsi Brigitte Bardot, à l'origine, avec six autres associations, de cette campagne d'affichage.

Une agonie pouvant aller jusqu'à 14 minutes

Interrogé par lefigaro.fr, le cabinet du grand rabbin de France y voit lui une «campagne de désinformation», mais se refuse à tout autre commentaire. De son côté, si la Grande Mosquée de Paris dit ne pas se sentir très concernée par cette attaque, elle précise que, dans ses pratiques, «l'animal ne souffre pas : la lame est très aiguisée et le coup porté dans la gorge étudié de façon à ce que sa mort soit immédiate, contrairement à ce que les affiches de Brigitte Bardot laissent entendre». Faux, répond la Fédération des vétérinaires d'Europe, qui explique que l'animal ne meurt pas sur le coup et doit avant se vider de son sang. Chez le bovin, l'agonie peut durer jusqu'à quatorze minutes (rapport 2009 de l'INRA sur les douleurs animales).

Depuis quelques mois, l'affaire prend une tournure politique. En septembre dernier, Nicolas About, sénateur du Nouveau Centre, déposait une proposition de loi visant à établir un quota d'abattage rituel par abattoir ainsi qu'un étiquetage spécifique des viandes. Un mois plus tard, une seconde proposition était faite par un député UMP, Nicolas Duihcq, soutenu par d'autres députés tels que Christian Vanneste (voir la proposition ici).

« Nous avons atteint un niveau de conscience qui fait qu'aujourd'hui se pose la question du bien-être animal, explique Nicolas Duihcq au figaro.fr. L'animal, sans être étourdi avant d'être égorgé, souffre, c'est un fait. Il y a des gens qui ne souhaitent pas consommer de la viande abattue rituellement car eux sont attachés à la cause animale, à sa souffrance. Cela pose donc quand même un problème majeur de la liberté de conscience ». Si depuis, sa proposition a été retirée dans l'attente de nouvelles auditions, Nicolas Duihcq entend déposer une nouvelle proposition de loi pour le mois de février.

Le consommateur a le droit de savoir ce qu'il mange

Car, au delà de la question de la question de la souffrance de l'animal, se pose le problème de la possibilité de connaître la provenance de la viande et les conditions dans lesquelles l'animal a été abattu. Selon les associations de défense des animaux, de la viande halal et casher se retrouve sans aucune mention dans les étalages des supermarchés. L'abattage rituel se déroulant dans des abattoirs traditionnels, ces derniers n'hésiteraient pas à ne plus faire de distinction dans leurs méthodes d'abattage.

Ils n'hésiteraient pas non plus, en ce qui concerne le casher, à réutiliser dans le circuit traditionnel des morceaux non licites. Dans la religion juive, toute la partie arrière de l'animal, après la huitième côte, est considérée comme non casher, sauf si le nerf sciatique est retiré, ce qui n'est pas le cas dans les abattoirs français. Les parties «non consommables» de la bête se retrouvent donc redirigées vers la consommation traditionnelle.

Selon la Fondation Brigitte Bardot*, plus de 60% des ovins-caprins, 28% des gros bovins et 43% des veaux seraient ainsi abattus sans étourdissement (toutes religions confondues), alors que les pratiquants musulmans et juifs ne représenteraient environ que 7% de la population française. «Actuellement, la France ne semble pas vouloir remédier à cette tromperie qui constitue une grave violation de la liberté de conscience, alors que le parlement européen s'est déclaré favorable à cet étiquetage à une très large majorité», assurent les associations.

«Il faut permettre à chacun, en son âme et conscience, de faire le choix de consommer ou non, une viande issue d'une souffrance inacceptable », ajoute Reha Hutin, présidente de la Fondation 30 Millions d'Amis. Le député Nicolas Duihcq songe notamment à apposer l'étiquetage «avec ou sans étourdissement », sous la forme d'une lettre ou d'un code, sur le carton d'emballage de la viande. «Le consommateur a le droit de savoir ce qu'il mange. Il a le droit de ne pas manger de la viande abattue selon un rite auquel lui ne croit pas ».

Les Pays-Bas deviendraient ainsi le 6e pays à entériner cette mesure après la Suisse, la Suède, la Norvège, le Luxembourg et la Nouvelle-Zélande, tout abattage rituel, quelque soit son origine est interdit.
Une chose qui est certaine pour le Parti pour les Animaux du Pays-Bas c’est que la liberté de religion s’arrête où la souffrance des animaux commence. Au niveau international les scientifistes sont d’accord du fait que les animaux souffrent beaucoup quand ils sont abattus sans anesthésie.

*Enquête menée par l'OABA (Œuvre d'assistance aux bêtes d'abattoir) dans 225 établissements d'abattage.

www.lefigaro.fr/ Read this story in English

 

Les principes fondamentaux de la République française

Sont énoncés dans sa devise : « Liberté, Égalité, Fraternité ». Ils se traduisent par des droits intangibles, à la fois politiques et sociaux, qui ont été reconnus aux citoyens par les différents régimes républicains. L’article 1er de la Constitution s’inscrit dans ce cadre puisqu’il proclame que « La France est une République indivisible, laïque, démocratique et sociale ».

Une République indivisible

Aucune partie du peuple, ni aucun individu, ne peut s’attribuer l’exercice de la souveraineté nationale. Seul le peuple exerce cette souveraineté par la voie de ses représentants (ex : les députés) ou du référendum. L’unité et l’indivisibilité garantissent une application uniforme du droit sur l’ensemble du territoire national.

Le caractère laïque de la République

Découle à la fois du principe de la liberté de croyance et du principe d’égalité des citoyens devant la loi et implique la séparation des Églises et de l’État. Aucune religion n’a ainsi de statut privilégié au sein de la République et chaque individu dispose de la liberté de ses opinions et de sa foi.

 

Alimentation : l'abattage Halal est-il compatible avec le bio ?

Le « respect du bien être animal » fait partie de la réglementation bio française et européenne. La méthode d'abattage Halal est-elle conforme à cette règlementation et cette viande peut-elle être labellisée bio?

L'abattage Halal des animaux soulève décidément bien des problèmes, notamment politiques et religieux. Mais rien d'étonnant à cela car nous sommes en période électorale. En réalité si cette pratique est autant répandue c'est surtout par choix économique car elle permet aux abattoirs de supprimer l'étape qui consiste à assommer les animaux avant de les abattre et donc de réduire les coûts de production.

Mais cet abattage pose un autre problème qui concerne non seulement les éleveurs bio, mais aussi les consommateurs bio : celui du respect de la règlementation bio et de la qualité de la viande bio.

Les engagements des éleveurs bio

Pour obtenir le label " Agriculture biologique " pour leurs viandes, les éleveurs doivent en effet prendre des engagements stricts à plusieurs niveaux.

Parmi ces engagements il y a bien entendu ceux qui concernent l'alimentation des animaux, celle-ci ne doit être composée que de végétaux et produits végétaux issus de l'agriculture biologique : herbe fraîche poussant dans des terres labellisées bio depuis au moins trois ans, et du foin et des céréales bio l'hiver. Ce qui permet d'éliminer les résidus de pesticides. En outre les farines animales sont interdites, ainsi que les végétaux OGM.

L'autre aspect de la règlementation concerne les traitements curatifs et préventifs des animaux. Ainsi la réglementation bio interdit l'usage des médicaments vétérinaires allopathiques de synthèse, et les antibiotiques. Seul le recours à la phytothérapie et à l'homéopathie est autorisé. Et si des médicaments allopathiques sont nécessaires, la viande des animaux est déclassée et ne peut pas être commercialisée sous le label bio.

Sont également interdits les produits destinés à stimuler la croissance ou la reproduction des animaux, ainsi que les hormones ou substances analogues destinées à maîtriser la reproduction ou à d'autres fins comme, par exemple, l'induction ou la synchronisation des chaleurs.

Enfin l'usage d'additifs, auxiliaires technologiques, et autres substances et ingrédients non bio est totalement interdit.

Quid de l'abattage ?

Mais qu'en est-il de l'abattage des animaux ? La réglementation bio a-t-elle intégré cette étape, et si oui que dit elle ?

Si on se réfère au texte officiel, la règlementation bio européenne, exige en effet que les animaux soient respectés afin de « rendre leur vie agréable : sans stress, au rythme de leurs besoins naturels ». Cela veut dire que le travail de l'éleveur bio ne consiste pas seulement à nourrir et traiter les animaux selon les normes bio.

Il doit en plus « prendre soin de l'animal en créant un environnement approprié pour chaque espèce, et qui repose sur un accès permanent au libre parcours, des pâturages capables de satisfaire les besoins nutritionnels et comportementaux, l'interdiction d'attacher ou d'isoler les animaux, la mise à disposition d' aires de couchage et de litières appropriées, une faible densité à l'hectare, et la réduction au minimum de la durée des transports ».

Dans l'élevage biologique, il est donc clairement dit que le bien être de l'animal est une priorité à respecter, depuis sa naissance, jusqu'à l'abattoir. Y compris pendant le transport.

Mais concernant l'abattage, qu'en est-il ? La règlementation précise que « les méthodes d'abattage doivent être conçues pour être aussi rapides et indolores que possible ». Et c'est là que le problème se pose car, les grands abattoirs tuent majoritairement les bovins de manière « Halal ». C'est-à-dire que les animaux sont directement égorgés vivants provoquant une souffrance aiguë et prolongée, alors qu'une méthode moins « douloureuse » existe.

Dans ces conditions peut-on considérer que la viande obtenue par abattage Halal peut être labellisée Bio ?

Des professionnels de la viande bio pensent que non, et ils ne choisissent que de la viande provenant des abattoirs qui pratiquent l'abattage conventionnel en privilégiant les circuits traditionnels locaux. Mais malheureusement ces abattoirs sont de moins en moins nombreux. La majorité des ateliers de découpe appartiennent aujourd'hui à des grands groupes industriels qui pratiquent bien évidemment l'abattage à la chaine, et seule compte la notion de rentabilité.

Mais d'autres éleveurs bio disent qu'ils font leur travail et respectent bien tous les critères qui leur permettent d'avoir la labellisation bio, et estiment que le transport et l'abattage ne sont pas de leur responsabilité mais de ceux qui achètent les animaux et qui se chargent de les faire abattre.

Qui a raison ? Quelle que soit la réponse nous voyons bien qu'il y a un vide, un manque de traçabilité entre le moment ou les animaux arrivent à l'abattoir et la mise en vente de la viande : ou l'animal a-t-il été abattu ? Par quelle méthode ? Par quelle société ?...

Alors que faire ? Supprimer le label bio des viandes obtenues par l'abattage direct sans étourdissement ? Demander aux organismes certificateurs qui délivrent le label AB (Ecocert, Nature et Progrès...) d'intégrer la méthode d'abattage dans les critères de traçabilité et de certification ? Exiger que les étiquettes de viandes bio indiquent la méthode d'abattage ?

Les consommateurs de viandes bio ont droit à une information claire pour choisir leurs produits, et bien entendu indépendante de toute considération religieuse ou politique. Aujourd'hui ils ne l'ont pas. Ces questions vont devoir être traitées rapidement.

Hervé de Malières

 

L'abattage rituel des abattoirs de France

En plus de l'abattage dans ces 20 abattoirs représentatifs de l'industrie, les enquêteurs de One Voice ont aussi filmé des abattages dans des établissements qui appliquent les méthodes d'abattage halal (selon le rite musulman). Du fait d'exemptions légales pour l'abattage rituel, les animaux abattus pour approvisionner en viande les communautés musulmanes et juives peuvent être abattus sans aucune forme d'étourdissement préalable.

Ils peuvent donc être pleinement conscients au moment où on leur coupe la gorge et être alors sensibles à la douleur, à l'anxiété, à la peur, au stress et autres souffrances.

Selon la tradition musulmane, les animaux doivent être traités avec compassion avant d'être abattus et ils doivent être calmés grâce à la récitation d'une prière avant leur égorgement. Or, au cours de leur visite dans des abattoirs halal, les enquêteurs de One Voice ont vu un certain nombre d'employés manquer de respect et de compassion envers les animaux dont ils avaient la charge. Les animaux étaient traités avec cruauté, affolés et en grande détresse pendant le déroulement des opérations, et parfois on leur sciait la gorge au lieu de la trancher.

Les enquêteurs ont vu des moutons qui tentaient de s'échapper alors qu'ils avaient la gorge tranchée, et ils ont filmé des poulets qui étaient parfois ébouillantés vivants. Ils ont toujours entendu les cris des animaux en train d'agoniser, mais bien souvent, ils n'ont entendu aucune prière.

Il n'existe pas de statistiques officielles indiquant le nombre d'animaux abattus sans étourdissement préalable en France, mais l'OEuvre d'Assistance aux Bêtes d'Abattoir (OABA) indique qu'en 2006 et 2007, d'après une enquête auprès de 225 des 320 abattoirs supervisés par les services vétérinaires, 118 abattoirs pratiquaient des abattages rituels (israélite et musulman) sur une échelle considérable. Dans ces 118 abattoirs : - 28% des gros bovins y sont abattus rituellement (dont 89% sans étourdissement préalable); - 43% des veaux y sont abattus rituellement (dont 93% sans étourdissement préalable); - 62% des ovins et caprins y sont abattus rituellement (dont 88% sans étourdissement préalable).

Une souffrance et une détresse considérables

Les conséquences terrifiantes pour les animaux d'un égorgement sans étourdissement préalable sont bien expliquées dans un rapport publié en 2003 par le Farm Animal Welfare Council, organisme consultatif britannique indépendant constitué de vétérinaires, de zoologues, de chercheurs et de spécialistes de la protection des animaux : " Quand une incision transversale très large est pratiquée au cou, divers tissus vitaux sont sectionnés : peau, muscles, trachée, oesophage, artères carotides, veines jugulaires, principaux faisceaux nerveux (par ex. nerfs vagues et nerfs phréniques) ainsi que divers nerfs de moindre importance. Une incision aussi importante entraîne inévitablement une rupture d'information sensorielle vers le cerveau chez un animal sensible (conscient). Nous sommes persuadés qu'une blessure de cette taille entraîne une souffrance et une détresse considérables pendant le laps de temps qui précède l'insensibilité. " La souffrance est incontournable pour les animaux qui sont tués sans étourdissement préalable afin que la viande soit casher ou halal.

Le temps pendant lequel les animaux souffrent, entre l'égorgement et l'insensibilité, est variable. Selon le rapport du FAWC : - une vache ou un boeuf peut mettre 22 à 40 secondes à devenir insensible, et ce temps peut s'allonger si l'afflux de sang provenant des artères carotides sectionnées s'interrompt - un veau ou une génisse met 10 à 120 secondes à devenir insensible une fois égorgé(e) - un mouton devient insensible au bout de 5 à 7 secondes - une chèvre devient insensible au bout de 3 à 7 secondes.

D'autres études de référence indiquent des temps plus longs, les moutons ne devenant insensibles qu'au bout de 14 secondes quand les deux artères carotides sont sectionnées, mais ce temps s'allongeant jusqu'à 70 secondes quand une seule carotide est sectionnée et jusqu'à 5 minutes quand aucune des deux artères carotides n'est sectionnée.

En 2004, le Groupe scientifique sur la santé et le bien-être des animaux de l'Autorité européenne de sécurité des aliments a émis un avis selon lequel le risque que les animaux ressentent une douleur extrême au moment où on leur coupe la gorge était élevé1. L'EFSA concluait que " des coups destinés à provoquer une saignée rapide engendrent d'importantes destructions de tissus dans des zones fortement innervées.

La baisse de tension rapide qui suit l'hémorragie est nettement ressentie par l'animal conscient et entraîne terreur et panique. L'animal, conscient, souffre aussi quand son sang se répand dans sa trachée.

En l'absence d'étourdissement, le temps entre la section des principaux vaisseaux sanguins et l'insensibilité, compte tenu du fonctionnement du système nerveux et de la réaction cérébrale, peut atteindre 20 secondes chez le mouton, 25 secondes chez le porc, 2 minutes chez les bovins, 2 minutes 30 chez les poulets et parfois jusqu'à 15 minutes voire davantage chez les poissons ".

Il n'est donc pas surprenant que le FAWC et lEFSA aient réclamé l'interdiction de l'abattage rituel sans étourdissement préalable, comme l'a réclamée également la Fédération des vétérinaires d'Europe (FVE). Selon la FVE, " du point de vue de la protection des animaux et par respect pour l'animal en tant qu'être sensible, la pratique consistant à abattre les animaux sans étourdissement préalable est inacceptable, quelles que soient les circonstances. "

La souffrance des moutons

L'abattage halal des moutons a été filmé dans deux abattoirs. Dans un abattoir, les moutons étaient immobilisés dans un piège pour y être égorgés. Ils en étaient ensuite retirés et empilés, sur un tas déjà constitué de 8 à 10 animaux déjà abattus.

Bill Swann, vétérinaire, a déclaré après avoir vu la vidéo qu'il se posait de sérieuses questions sur la compétence de l'abatteur, ayant constaté que " dans trois cas au moins, les moutons n'étaient pas égorgés et saignés correctement ".

Swann observe : " Le coup de couteau est en partie caché mais à deux reprises, on peut voir qu'il est donné avec un mouvement de sciage. Les images montrent un mouton qui se traîne sur le sol après avoir été égorgé.

On voit un deuxième mouton se relever et courir hors du champ de la caméra après avoir été tiré hors du box. À l'endroit où les moutons sont abattus, le sang coule à flot sur le sol. Rien n'indique qu'il y ait une prière avant l'abattage. "

" On peut voir les animaux abattus entravés et accrochés à une rampe avant qu'ils aient fini de saigner […] Certains moutons continuent de bouger sur la rampe jusqu'au point de découpe.

" À mon avis, l'abattage de ces moutons n'est pas représentatif d'une bonne pratique halal. Le libre écoulement du sang sur la zone d'abattage est également contraire à une pratique halal correcte. "

Bill Swann a aussi visionné des images d'abattage de moutons prises dans un autre abattoir. Sa conclusion est que ces deux abattoirs pratiquent " de très mauvaises méthodes […]. À mon avis, les moutons que l'on voit dans ces séquences vidéo ont beaucoup souffert, indépendamment des problèmes que soulève l'abattage sans étourdissement préalable. "

L'effroi d'un veau

Bill Swann a regardé les images de l'abattage d'un jeune veau et a fait remarquer que " L'animal semblait trop petit par rapport à la cage d'immobilisation. Par conséquent, pour le maintenir dans la bonne position, il a fallu davantage d'intervention manuelle que prévu.

Le bruit de fond était dense et l'animal n'était pas habitué à être manipulé ainsi. Il semble que le temps pendant lequel l'animal était dans le dispositif d'immobilisation ait été prolongé de façon non nécessaire, en raison de problèmes pour le maintenir immobile.

Pour moi, il ne fait aucun doute que cette expérience a été effrayante et stressante pour l'animal. " L'animal étant de petite taille, la contention manuelle a cessé une fois qu'il a eu la gorge tranchée. Le sang s'est répandu dans la cage et l'animal était encore conscient au moment où il y est retombé. Il n'a pas été possible de déterminer si le sang avait été nettoyé correctement dans la cage avant qu'elle ne resserve.

" À mon avis, le fait que ce veau ait été manipulé et immobilisé dans cette cage pose un problème, du fait de l'importance de la contention manuelle et du niveau sonore. Là encore, on retrouve les problèmes habituels que pose l'abattage halal sans étourdissement préalable. "

Le calvaire des poulets

Devant un des abattoirs, il y avait une devanture dans laquelle des poulets étaient à vendre, entassés dans des caisses. Selon les enquêteurs, ces caisses contenaient un certain nombre de poulets morts et agonisants, et aucun système pour les alimenter en eau ni en nourriture.

Apparemment, les volailles dépérissaient sur place jusqu'à ce que quelqu'un vienne les acheter. À l'intérieur, les poulets étaient tués sur un système de traitement automatique. Un des enquêteurs explique : " Quand un client choisit un poulet, on retire le volatile de la caisse, on le pèse et on l'attache par les pattes à la machine.

Certains poulets restaient pendus de cette manière pendant au moins 4 à 5 minutes avant que la machine ne démarre.

" La machine les transférait vers la section dans laquelle l'abatteur les égorgeait avant de les plonger dans le bain d'eau bouillante qui les amenait là où ils étaient plumés.
" À certains moments, le processus était trop rapide pour l'abatteur.

Quand il y avait plus de cinq poulets sur la machine, il était obligé de courir d'une extrémité à l'autre pour pouvoir tout faire. Il n'arrivait pas à tenir le rythme et nous avons vu quatre poulets précipités dans l'eau bouillante sans avoir été égorgés. "

Dans un autre abattoir, les caisses contenant les poulets étaient amenées dans la zone d'abattage et placées à côté d'une vaste poubelle au-dessus de laquelle un employé égorgeait les poulets. Les poulets égorgés étaient ensuite placés la tête la première dans des trous coniques où ils perdaient leur sang.

Un des enquêteurs explique : " quand ces cônes étaient tous remplis, les poulets avaient le cou tranché et étaient ensuite jetés dans une poubelle, jusqu'à ce que les cônes soient remplis par un autre employé. Nous avons vu les pattes des poulets qui gigotaient encore dans les cônes plusieurs minutes après. "

Terreur et panique

Dans un abattoir recevant des animaux non seulement des alentours mais aussi d'autres pays comme la Belgique, les Pays-Bas et la Roumanie, les enquêteurs de One Voice ont observé la façon dont un père et ses deux fils s'y prenaient pour faire entrer leurs trois moutons dans l'abattoir.

" Il n'y avait pas de couloir ", explique un des enquêteurs, " les moutons étaient littéralement traînés avec brutalité à travers la cour, et les enfants étaient autorisés à frapper les moutons et à leur jeter des pierres ".

Les enquêteurs ont filmé l'acheminement des moutons vers un espace étroit où ils allaient être égorgés, et ils ont vu aussi une jeune chèvre que l'on mettait dans le même espace.

" Elle était totalement affolée, et compte tenu de sa petite taille, elle n'était pas dans la bonne position dans le box et il a fallu du temps avant qu'elle soit dans une position permettant qu'on l'égorge ", raconte un des enquêteurs.

" Cet abattoir fonctionnait selon un mode tout à fait chaotique. Dans certains cas, la façon dont les animaux y étaient manipulés était lamentablement inadaptée. Les cris de la chèvre affolée restent gravés dans ma mémoire, de même que la vue des moutons qui urinaient sur eux-mêmes après avoir été égorgés et des moutons qui voyaient un autre mouton se faire égorger. "

" L'absence d'étourdissement dans le contexte de rites religieux peut gravement compromettre la protection des animaux. Il convient que la future directive propose et décrive des solutions garantissant à la fois l'absence de souffrance et la conformité avec les exigences religieuses. "

AGENCE FRANÇAISE DE SÉCURITÉ SANITAIRE DES ALIMENTS (AFSSA), 1er janvier 2008, questions à examiner dans le cadre des révisions de la directive 93/119/CE sur la protection des animaux au moment de leur abattage.

Conclusion et Recommandations

En France comme dans le reste de l'Union européenne, la majorité des gens mangent de la viande, mais ils croient certainement que les élevages, la filière industrielle et la loi garantissent le respect de l'animal durant le transport et l'abattage.

Or, la réalité de la situation est qu'en France, non seulement les normes strictes de protection des animaux ne sont pas respectées, mais un grand nombre d'animaux souffrent ou sont maltraités.

Campagne nationale d’information
des consommateurs citoyens sur la réalité des pratiques d’abattage des animaux

L’étourdissement préalable à l’abattage a pour but de limiter la souffrance des animaux lors de leur mise à mort. Une dérogation fut toutefois accordée aux abattages rituels israélite et musulman pour lesquels les animaux sont égorgés pleinement conscients, sans aucune insensibilisation. Cette exception à l’étourdissement tend à devenir une règle en matière d’abattage des animaux de boucherie en France.

Si la liberté religieuse doit être respectée, elle ne saurait justifier la violation de la liberté de conscience des millions de Français qui ne sont pas informés du mode d’abattage des animaux dont ils consomment la viande. En effet, aucun étiquetage n’est prévu : les consommateurs mangent donc sans le savoir de la viande pouvant provenir d’animaux qui étaient pleinement conscients lorsqu’ils ont été égorgés.

Cela est d’autant plus intolérable que les instances scientifiques sont aujourd’hui nombreuses à dénoncer les douleurs ressenties par les animaux lors de l’abattage rituel.

La souffrance animale une longue agonie

Les bovins et les veaux perdent conscience relativement lentement après l’égorgement. Il n’est pas rare de voir une vache ou un taureau agoniser plus de 2 minutes après avoir été égorgé. L’animal cherche à respirer, à se relever. « C’est un spectacle difficilement soutenable » écrivaient les auteurs du rapport COPERCI (« Enquête sur le champ du Halal », Comité permanent de coordination des inspections, septembre 2005).

Le rapport d’expertise scientifique sur les douleurs animales, publié par l’INRA en décembre 2009 mentionne quant à lui des temps de perte de conscience chez les bovins supérieurs à 2 minutes pour 18% des animaux sacrifiés rituellement, pouvant aller jusqu’à 14 minutes.

« Chez les veaux et les bovins adultes, on observe une grande variabilité dans la perte de conscience des animaux avec des extrêmes de 8 secondes à 14 minutes, qui s’explique par la formation de faux anévrismes dans les durées les plus longues. Des études sur le terrain montrent que, après les abattages musulmans (halal) et juifs (shechita), la formation de faux anévrismes est observée chez 17 et 18 % des bovins, respectivement »
Douleurs animales : les identifier, les comprendre, les limiter chez les animaux d’élevage Rapport d'expertise, INRA, Décembre 2009, pages 232-233.

Douleurs animales resume INRA     télécharger le pdf

Douleurs animales synthese INRA   télécharger le pdf

« En raison des graves problèmes de bien-être animal liés à l’abattage sans étourdissement, un étourdissement doit toujours être réalisé avant l’égorgement ».
Avis du Groupe scientifique sur la santé et le bien-être des animaux, émis à la demande de la Commission concernant les aspects de bien-être des principaux systèmes d’étourdissement et de mise à mort appliqués aux espèces commercialisées. The EFSA Journal (2004), 45, 1-29, adopté le 15 juin 2004.

« Du point de vue de la protection des animaux et par respect pour l’animal en tant qu’être sensible, la pratique consistant à abattre les animaux sans étourdissement préalable est inacceptable, quelles que soient les circonstances ».
Fédération des Vétérinaires d’Europe, Avis 02/104, 2006.

Veterinaire UE rituel   télécharger le pdf

© 2009 - 2012   Parti Pour Les Animaux - Pays : France | All GNU  CopyLeft WebSite  |  Last Updated : Juin 10, 2012   |  Page Editor: A. Ara  | SiteMap
Cet emplacement web non-commercial, et totalement libre & indépendant de tout les parti politique ou d'organisme officiel de toute nature.
Nous réflexions sont exclusivement l'avis de personnes qui rejettent le massacre que la société fait aux animaux pour tout motif.