La faim dans le monde

La faim

La faim dans le monde est un scandale qui dure. Philippe Jurgensen, professeur à Sciences Po, établit un triste constat mais suggère des initiatives d’avenir. Notre monde technologique compte encore 850 millions d’affamés : si la Chine, l’Inde progressent, l’Afrique recule. Moins que le manque de nourriture sont en cause les transports et l’insécurité. L’aide alimentaire a des effets pervers, nos exportations subventionnées encore plus. Les remèdes sont : de bons projets de développement agricole ; des infrastructures au sud ; une bonne gouvernance ; des progrès technologiques...

Canal Académie l'article de la chronique de Philippe Jurgensen

® La faim dans le monde est un scandale qui dure!

 

Les Biocarburants et La Faim dans La Planète


 

La faim dans le monde est un scandale qui dure

 

 

Les biocarburants sont-ils coupables ?


Les biocarburants sont-ils coupables ? Texte de la chronique de Philippe Jurgensen : Les émeutes de la faim se sont multipliées depuis quelques mois : en Egypte, le peuple descend dans la rue pour demander du pain ; à Haïti, les manifestations ont tourné au pillage ; les troubles se répètent en Indonésie, au Sénégal, au Maroc, en Ethiopie, etc. Ces protestations sont dues à une hausse sans précédent des prix alimentaires, qui ont plus que doublé en un an pour les céréales (+ 130 % pour le blé), et parfois triplé si l'on prend un recul de deux à trois ans. Il est évident que ceci pèse lourdement sur le budget des familles les plus pauvres. On ressent cet effet déjà en France, où l'alimentation n'est plus la première dépense pour la plupart des ménages.

Dans des pays où des millions de personnes survivent avec moins d'un dollar par jour, les conséquences sont dramatiques en terme de sous-alimentation et de risque de famine. Pour certains commentateurs, le coupable est tout trouvé : le développement des cultures de biocarburants pour remplacer dans nos réservoirs le pétrole dont chacun regrette aussi la hausse vertigineuse, source d'inflation, serait la cause de tout le mal. « Soit on mange, soit on roule », résume l'économiste Bruno Parmentier, rejoint par le président de Nestlé lui-même, Peter Brabeck. Il n'en est rien ; voici pourquoi :

1°) Les biocarburants ne sont pas produits à partir de céréales, sauf le cas particulier du maïs. Notamment, pas un kilo de riz – précisément les céréales dont la cherté provoque les manifestations – n'est distillé pour fabriquer des biocarburants. On sait que deux filières existent pour ces carburants végétaux : l'une consacrée à produire du biodiesel à partir d'huile de palme, de soja, de colza, de tournesol, de coton, c'est-à-dire pour l'essentiel de cultures non alimentaires ; l'autre, qui utilise de l'alcool (rebaptisé éthanol pour la circonstance), obtenu en distillant le sucre venant de la canne à sucre dans les pays tropicaux, la betterave dans les pays tempérés, ou l'amidon venant du maïs. Le cas du maïs est bien le seul où une concurrence directe existe entre la distillation et l'usage alimentaire ; ce maïs est d'ailleurs essentiellement destiné à la nourriture des animaux, sauf le cas du Mexique et de quelques autres pays d'Amérique Latine, où il forme une base importante de l'alimentation. On peut donc faire un lien étroit entre les manifestations contre l'augmentation du prix de la tortilla, nourriture de base des populations pauvres (on scandait dans les rues de Mexico « sans maïs, pas de pays » !), et le fait qu'aux Etats-Unis notamment, 100 millions de tonnes de maïs-un septième de la production mondiale ont été utilisées pour produire des biocarburants. Mais mis à part ce cas particulier, aucune des céréales qui alimentent les grandes masses humaines d'Asie et d'Afrique n'a été « détournée » pour en faire des substituts du pétrole.

2°) Oui, répondra-t-on, mais les cultures industrielles destinées à produire des biocarburants font concurrence aux cultures alimentaires sur les terres cultivables et réduisent l'offre, ce qui fait monter les prix. L'argument serait acceptable si la substitution de cultures industrielles aux cultures alimentaires se produisait effectivement. Ce n'est pas le cas, dans la mesure où il subsiste, en Europe comme aux Etats-Unis, environ 10 % de terres cultivables non exploitées, qui peuvent être remises en culture pour produire des biocarburants sans diminuer en rien les cultures alimentaires. On oublie aujourd'hui que des deux côtés de l'Atlantique, on s'est, pendant des années, inquiété des surplus agricoles, des montagnes de lait, de blé, de beurre, qui s'accumulaient et dont on ne savait que faire - d'où la mise en place de politiques visant à réduire ces excédents, comme la limitation des quantités garanties, les quotas laitiers, la dénaturation des stocks invendus, et surtout le retrait de terres cultivables. Encore aujourd'hui comme des deux

Côtés de l'Atlantique, des agriculteurs reçoivent des subventions pour maintenir leurs terres en jachère (1,5 million d'hectares sont encore dans ce cas en France, 16 millions d'hectares aux Etats-Unis). Ces agriculteurs vont pouvoir maintenant se passer de ces aides et vivre mieux en répondant à la demande mondiale. De même, comme le rappelle la FAO (Organisation des Nations-Unies pour l'alimentation et l'agriculture) dans son rapport de juillet 2007, les paysans du Tiers-Monde vont pouvoir tirer un revenu plus élevé de leur travail ; chacun semble oublier que des prix alimentaires élevés, s'ils sont une charge parfois insupportable pour les masses urbaines démunies, sont aussi un revenu pour les producteurs ruraux. On constate d'ailleurs que le prix des terres agricoles, longtemps très déprécié, remonte lui aussi. Il a, par exemple, doublé en cinq ans dans la région de Sao Paulo au Brésil. Est-ce toujours un mal ?

3°) Troisième constat : sur le long terme, la production alimentaire mondiale continue à augmenter régulièrement, à un rythme légèrement supérieur à l'accroissement de la population du globe. Si on laisse la « révolution verte » se poursuivre, elle pourra, sans trop de mal, fournir la quantité de nourriture, double de celle d'aujourd'hui, que réclameront les neuf milliards d'humains prévus sur notre planète vers 2050. Il n'y a dès lors aucune raison fondamentale que les prix alimentaires augmentent à l'excès. Les très fortes hausses que l'on constate actuellement sont en fait dues à une conjonction de plusieurs facteurs : L'un d'eux est structurel : il s'agit de l'enrichissement rapide de pays émergents comme la Chine et l'Inde.

Cet enrichissement entraîne une augmentation de la consommation alimentaire, et surtout, le déplacement de celle-ci vers la viande et d'autres produits animaux, qui nécessitent une quantité de céréales quatre ou cinq fois supérieure à la consommation directe de ces produits sous forme de pain ou de riz ; Les deux autres sont plus passagers : d'abord, des conditions climatiques temporairement difficiles, et notamment les sécheresses répétées en Australie, - en partie, sans doute, liées au réchauffement climatique mais qui ne se répèteront pas nécessairement ; Ensuite, le jeu de la spéculation : des capitaux en quête de placements, échaudés par la crise des marchés financiers issue des crédits « sub-primes » et par la baisse du dollar, se replient en masse sur les marchés des matières premières, énergétiques ou alimentaires.

Or, ces marchés sont étroits (7 % seulement du riz produit dans le monde sont échangés). Ils sont aussi assez volatils ; c'est ainsi qu'on a pu voir les prix du blé, par exemple, varier dans des proportions de un à quatre, entre fin 2004 et début 2008, sur le fameux « Chicago Mercantile Exchange », où sont cotées les livraisons au comptant et à terme de matières premières et de produits alimentaires. Comme on le sait, sur de tels marchés, les effets d'emballement sont fréquents : la hausse appelle la hausse, jusqu'à ce qu'on s'aperçoive qu'on est allé trop loin et que les cours s'effondrent.

Plus largement, il est fâcheux de voir que tant de bons esprits semblent avoir attendu la crise actuelle pour découvrir un problème dont la persistance doit nous faire honte à tous en ce début du 21ème siècle : celui de la faim dans le monde. Bien avant la hausse des prix alimentaires de ces derniers temps, et même à des époques où ils étaient particulièrement bas, notre monde n'a jamais réussi à réduire le nombre des affamés à moins de 800 millions, c'est-à-dire un humain sur huit. Ce scandale n'a évidemment rien à voir avec les biocarburants, dont la production a démarré il y a quelques années à peine.

Il a tout à voir, en revanche, avec les problèmes du sous-développement, dont la solution nécessite une politique d'ensemble. Il faut savoir, en particulier, que dans beaucoup de pays pauvres, les quantités d'aliments globalement disponibles sont suffisantes, mais que des poches de famine subsistent dans certaines provinces, alors que des surplus existent dans d'autres : c'est qu'il n'existe tout simplement pas de réseau de ferré ou routier suffisant pour acheminer cette nourriture, ni d'organisation permettant de la distribuer aux populations de façon équitable. Près du tiers de la récolte indienne, par exemple, est perdue faute d'infrastructures adéquates. La carte de la faim dans le monde est beaucoup plus celle de pays marqués par l'insécurité, la guerre civile, la désorganisation de la production, du stockage et des transports, que celle de prix trop élevés.

Un autre aspect de ce problème est le fait que les politiques ultra-libérales poursuivies au cours des deux dernières décennies du 20ème siècle, notamment par la Banque Mondiale et le Fonds Monétaire International, ont conduit à démanteler les filières vivrières existant dans certains pays, notamment en Afrique, au nom de la non-intervention de l'Etat et du bénéfice apporté à tous par les échanges internationaux. Les spécialistes reconnaissent aujourd'hui que l'application systématique des règles dites du « consensus de Washington », sans tenir compte des réalités de chaque pays, était une erreur ; car il peut être justifié, dans des régions aux structures agricoles fragiles, d'aider les agriculteurs locaux à développer leur production sur le long terme en stabilisant leurs revenus par des interventions publiques visant à lisser les prix et en protégeant leur production contre des importations à trop bas prix.

Je n'ai entendu aucun commentateur, à ce jour, mentionner un fait pourtant frappant : les populations sénégalaises ou ivoiriennes qui ont du mal à se nourrir souffrent de la forte hausse du prix du riz. Or, le riz est très peu produit en Afrique ; plus facile d'usage, mais essentiellement importé, il a peu à peu éliminé de la consommation les produits locaux comme le mil, le sorgho, le manioc, la patate douce, etc. Il aurait été plus sage de développer la consommation de ces produits locaux pour moins dépendre

D'importations dont les prix flambent aujourd'hui. Le plus grave, et c'est l'un des facteurs déclenchants de la crise actuelle, est qu'un certain nombre de pays exportateurs de riz comme l'Inde, la Thaïlande ou l'Indonésie ont purement et simplement bloqué leurs exportations, par crainte de manquer sur leur propre marché ; des actions de ce genre ne peuvent évidemment que faire ressentir cruellement leur dépendance aux pays importateurs, et faire grimper encore davantage les prix sur les marchés.

Au total, au lieu d'accuser les biocarburants qui n'ont qu'un rôle marginal dans cette crise, il est urgent d'agir simultanément sur deux plans : bien sûr, apporter des solutions immédiates aux populations menacées de famine en répondant par exemple aux appels du Programme alimentaire mondial, qui demande 500 millions de dollars pour faire face à la hausse des prix alimentaires (rappelons au passage que ces 500 millions de dollars sont dépensés en quelques heures de guerre en Irak) ; mais aussi, relancer la production agricole, dans les pays du Sud comme du Nord, en sachant que les agriculteurs ont besoin de prix stables et de réseaux de distribution, et non d'un recours exclusif à des marchés internationaux dont les désordres sont aujourd'hui patents.

Canal Académie l'article de la chronique de Philippe Jurgensen.
® La faim dans le monde est un scandale qui dure !
www.canalacademie.com/ida3037-Emeutes-de-la-faim-les.html

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  • La faim dans le monde : www.canalacademie.com/ida1255-La-faim-dans-le-monde.html
  • La dimension sociale du développement durable : www.canalacademie.com/ida637-La-dimension-sociale-du.html




La faim dans le monde est un scandale qui dure


Date de mise en ligne : 14 décembre 2006.
Notre monde technologique compte encore 850 millions d’affamés : si la Chine, l’Inde progressent, l’Afrique recule. Moins que le manque de nourriture sont en cause les transports et l’insécurité. L’aide alimentaire a des effets pervers, nos exportations subventionnées encore plus. Les remèdes sont : de bons projets de développement agricole ; des infrastructures au sud ; une bonne gouvernance ; des progrès technologiques.

La faim dans le monde, un scandale qui dure Notre 21ème siècle commençant connaît un scandale dont on parle, hélas, trop peu : celui de la faim dans le monde. Il est à peine croyable qu’à l’époque de la conquête spatiale et des communications instantanées à travers le globe par Internet, ce fléau moyenâgeux qu’est la famine frappe encore de grandes étendues, parfois des nations entières. Le rapport de l’Organisation des Nations Unies pour l’Alimentation (la FAO), publié le mois dernier, le montre : 850 millions de personnes, soit un terrien sur six, souffrent de faim ou de malnutrition ; un enfant en meurt toutes les cinq secondes.

Ce triste bilan de la faim dans le monde montre qu’en dépit des progrès technologiques et de la croissance, le fléau résiste : il y a aujourd’hui en valeur absolue autant d’affamés dans notre monde qu’il y a quinze ans. Si leur part a légèrement diminué en pourcentage (en 1990, environ 20 % des humains avaient faim), c’est seulement parce que la population mondiale a globalement augmenté. L’ « objectif du Millénaire » fixé en 2000 -réduire de moitié le nombre de personnes sous-alimentées d’ici 2015 - ne sera pas atteint.

Il y a une géographie de la faim. Même dans les pays riches, on est surpris de constater que la malnutrition existe encore, malgré tous les programmes sociaux, parmi les exclus : au total, neuf millions d’habitants des pays industrialisés ont faim ; c’est aussi le cas de 25 millions dans les pays dits « en transition ». Mais on ne sera pas étonné que pour l’essentiel, la famine aille de pair avec le sous-développement : elle recule fortement là où la croissance est importante, comme en Chine, en Asie du Sud-est, et en Amérique Latine. Dans mon enfance, il était courant de dire : « mange ta soupe, pense aux petits Chinois qui ont faim ! ».

Aujourd’hui, seules les zones rurales les plus reculées de la Chine connaissent la faim. Même l’Inde, en passe de devenir la première puissance démographique du monde, voit la faim reculer ; elle tire le profit de la « révolution verte » avec l’amélioration des semences et des façons culturales. A l’inverse, les régions affamées s’identifient largement aux zones les plus en retard dans la voie du développement, c’est-à-dire en grande partie à l’Afrique Noire (en 15 ans, le nombre de personnes sous-alimentées s’est accru de 12 % en Afrique de l’Est et de 25 % en Afrique Centrale), mais aussi certains pays du Proche et Moyen Orient (y compris le Pakistan), ou de l’arc andin en Amérique du Sud et quelques pays d’Asie Orientale.

Cette carte recouvre, bien sûr, largement celle du dénuement financier absolu. On sait que 1,1 milliard d’humains vivent avec moins d’un dollar par jour. Cependant, il y a des pays très pauvres qui parviennent à faire reculer la famine et des pays nettement plus riches où l’on souffre de la faim malgré un revenu par tête dix fois plus élevé que les précédents ; l’Irak en est un exemple frappant. La carte de la sous-alimentation recoupe également, en grande partie, celle du manque d’eau potable : là encore, le chiffre est énorme : plus d’un milliard d’humains n’ont pas accès à une eau propre. Outre le drame humain que représentent la faim et la malnutrition, surtout pour des enfants qui en resteront marqués toute leur vie, les économistes mettent en avant les graves conséquences de ce fléau : il est évident que la productivité et la créativité de travailleurs mal nourris ou handicapés par leur passé sont faibles et rendent la croissance et le progrès économique bien plus difficiles dans leur pays. Karl Marx lui-même, en décrivant l’exploitation cynique des forces de travail par le capitalisme sauvage des débuts, ne disait-il pas qu’il est de l’intérêt de celui-ci d’assurer aux travailleurs le niveau de subsistance minimum leur permettant de fonctionner ? Comment comprendre que notre monde, qui prétend avoir dépassé ce stade du rapport de forces primitif, n’assure même pas ce niveau de subsistance à un humain sur six ?

Quelles sont les causes de cette persistance de la faim dans le monde moderne ?

Le paradoxe est qu’il s’agit moins d’une insuffisance globale de la quantité de nourriture produite que d’un problème de transport et d’insécurité. On sait que le progrès technique a permis, dans les pays développés, de multiplier par dix les rendements à l’hectare cultivé, tout en diminuant de 9/10èmes également la population employée à cultiver ces terres. Les pays développés disposent de larges excédents de céréales, de produits laitiers, de viande, dont ils ne savent que faire. Dans les pays pauvres eux-mêmes, la production alimentaire et les rendements progressent, permettant souvent à ces pays d’être auto suffisants, voire de devenir exportateurs : voyez le cas du Brésil où des poches de malnutrition subsistent pourtant dans le « Nord-Este » ou du Vietnam.

Le problème est que, dans des pays où les réseaux de transports sont faibles, voire inexistants dans certaines zones, il est très difficile d’acheminer les excédents des uns vers les populations en état de déficience alimentaire. L’exemple de Madagascar le montre bien : cette ile, vaste comme la France, et fertile, dispose globalement de ressources alimentaires suffisantes, mais plus du tiers de sa population est sous-alimentée, car elle est incapable de transporter, en période de crise, la nourriture des provinces du nord vers les provinces du sud, plus sèches. L’insécurité est un autre obstacle grave à la solution du problème. Il est facile de constater une corrélation étroite entre la carte des zones affamées et celle des pays frappés par la guerre civile, - comme la Somalie, le Libéria, le Congo ex belge, l’Angola, le Soudan (avec le drame actuel du Darfour), ou en Asie, l’Afghanistan et, dans un passé récent, le Cambodge.

L’aide alimentaire

La tendance naturelle est alors de se tourner vers l’aide alimentaire, offerte par les pays développés ou par leurs ONG. Peut-elle vraiment faire reculer la faim dans le monde ? Elle y contribue certes, et est indispensable dans des cas d’urgence. Surmontant leur répulsion politique, les pays développés apportent ainsi, d’année en année, une aide alimentaire à la Corée du Nord, permettant à cinq ou six millions de ses citoyens de se nourrir un peu moins mal ; la communauté internationale a fait de même pour l’Irak de Saddam Hussein. Il existe une organisation des Nations Unies, le PAM (programme alimentaire mondial) qui coordonne la distribution de cette aide alimentaire. Pourtant, cette aide n’a pas vraiment réussi à vaincre durablement la famine. La raison est que là aussi existent des effets pervers, souvent dénoncés par les spécialistes du développement : la fourniture gratuite de boîtes de lait en poudre, de sacs de céréales, de tomates concentrées, aux populations les plus démunies, décourage les producteurs locaux et rend les populations dépendantes d’un apport extérieur qui ne peut se poursuivre indéfiniment. C’est pourquoi les programmes les plus modernes d’aide alimentaire cherchent à s’appuyer davantage, lorsque cela est possible, sur la fourniture d’aliments produits dans des régions en développement voisines plutôt que sur la recherche de débouchés pour les excédents alimentaires des pays du Nord - recherche qui a été, il faut l’avouer, bien souvent à l’origine de ces programmes d’aide alimentaire.

On a beaucoup dénoncé également, à juste titre, la politique à courte vue de subventions de leurs exportations agricoles par les pays riches. Là encore, la concurrence de produits subventionnés venant d’Amérique, d’Europe, décourage les producteurs locaux et conduit à aggraver l’insuffisance agricole des pays les plus pauvres.

Quels remèdes ?

Devant ce désastre persistant, les remèdes qu’il faut apporter au plus vite découlent directement de l’analyse des causes que nous venons de résumer. Il faut conduire, dans les pays du Sud, des projets de développement agricole durable bien ancrés dans les populations, appuyés par des réseaux locaux d’entretien du matériel agricole et des systèmes de formation pour les paysans, de façon à faire progresser les pays pauvres vers la suffisance alimentaire. Deuxièmement, et c’est tout aussi important, il faut créer des infrastructures routières, ferroviaires, portuaires, là où elles sont largement ou totalement déficientes. Il sera ainsi possible d’acheminer rapidement la nourriture vers les zones frappées par la famine.

En troisième lieu, ce qu’on appelle aujourd’hui « la bonne gouvernance » est un élément crucial pour une solution durable du problème. Les dictatures prédatrices vivant aux dépens de leur population comme en Corée du Nord, au Zimbabwé ou dans bien d’autres pays d’Afrique, les guerres civiles trop souvent suscitées ou appuyées par les pays voisins, comme on l’a tant vu en Afrique Centrale ou de l’Ouest, et comme on le voit ces jours-ci au Tchad, sont évidemment destructrices. Les pays développés et les organisations internationales doivent avoir des exigences en matière de démocratie et de protection des droits de l’homme et de la règle des droits, et les faire prévaloir malgré les arguments trop souvent mis en avant de la « Real Politik » - c’est-à-dire du cynisme à l’état pur - ou d’un « anticolonialisme » mal compris.

Enfin - c’est la touche positive dans ce sombre tableau ! -, les progrès technologiques en cours offrent des promesses tout à fait intéressantes, à condition de bien vouloir accepter ces fameuses OGM ; les écologistes qui se prétendent tiers-mondialistes ont grand tort de les refuser par principe. On connaît les exemples des espèces nouvelles de riz enrichies en vitamines ou à période de croissance court (riz doré, Nerica), du maïs dopé contre la sécheresse, des bananes résistant aux champignons ou des plantes résistant à la salinité, etc. Le problème est que, comme en matière de santé, les efforts de la recherche ont tendance à se concentrer sur les productions rentables plutôt que sur les « maladies orphelines » ou sur l’amélioration des rendements de productions agricoles typiques du tiers monde. Là aussi nous devons faire un effort pour encourager la recherche sur ces produits (le riz, le sorgho, le manioc, la patate douce...) particulièrement adaptés aux besoins des populations démunies.

Ce combat n’est pas vain. Nous pouvons même être pratiquement certains que la famine sera définitivement vaincue au cours de ce siècle. Mais selon l’implication et les efforts de chacun, cette victoire contre la faim peut se situer en 2030 ou en 2080. Entre ces deux dates, il y a cinquante ans - soit au rythme actuel de la mortalité pour cause de famine (25 000 personnes par jour), plus de quatre cents millions de morts.

Canal Académie l'article de la chronique de Philippe Jurgensen.
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Où en est la lutte contre la faim ?

La faim 921 072 532 gens sous-alimentés dans le monde


Le massacre par la sous-alimentation et par la faim de millions d'êtres humains reste le principal scandale du début de ce troisième millénaire. C'est une absurdité, une infamie qu'aucune raison ne saurait justifier ni aucune politique légitimer.
Il s'agit d'un crime contre l'humanité indéfiniment répété
Aujourd'hui, je l'ai dit, toutes les cinq secondes, un enfant en dessous de dix ans meurt de faim ou de maladies liées à la malnutrition.
C'est ainsi que la faim aura tué en 2004 plus d'êtres humains encore que toutes les guerres réunies conduites au cours de cette même année.

Où en est la lutte contre la faim ?

Eh bien, il est clair qu'elle recule. En 2001, un enfant en dessous de 10 ans mourait de faim toutes les sept secondes.
Cette même année, 826 millions de personnes avaient été rendues invalides des suites d'une sous-alimentation grave et chronique. Elles sont 841 millions aujourd'hui.

Entre 1995 et 2004, le nombre des victimes de la sous-alimentation chronique a augmenté de 28 millions de personnes.
La faim est le produit direct de la dette, dans la mesure où c'est elle qui prive les pays pauvres de leur capacité d'investir les fonds nécessaires pour le développement des infrastructures agricoles, sociales, de transport et services.

La faim signifie souffrance aiguë du corps, affaiblissement des capacités motrices et mentales, exclusion de la vie active, marginalisation sociale, angoisse du lendemain, perte d'autonomie économique.

Elle débouche sur la mort

La sous-alimentation se définit par le déficit des apports en énergie contenus dans la nourriture que consomme l'homme. Elle se mesure en calories - la calorie étant l'unité de mesure de la quantité d'énergie brûlée par le corps.
Les paramètres sont variables en fonction de l'âge. Le nourrisson a besoin de 300 calories par jour.

De un à deux ans, l'enfant réclame 1000 calories par jour, et à l'âge de cinq ans, 1600 calories lui sont nécessaires. Pour reproduire quotidiennement sa force vitale, l'adulte a besoin de 2 000 à 2 700 calories, selon le climat de la région où il vit et le type de travail qu'il exécute.

Dans le monde, environ 62 millions de personnes, soit 1 % de l'humanité - toutes causes de décès confondues meurent chaque année. En 2003, 36 millions sont mortes de faim ou de maladies dues aux carences en micronutriments.

La faim est donc la principale cause de mort sur notre planète

Et cette faim est faite de main d'homme. Quiconque meurt de faim meurt assassine. Et cet assassin a pour nom la dette.

La FAO distingue entre faim « conjoncturelle » et faim « structurelle ». La faim conjoncturelle est due au brusque effondrement de l'économie d'un pays ou d'une partie de celle-ci. Quant à la faim « structurelle » elle est induite par le sous-développement du pays.

Voici un exemple de famine conjoncturelle

En juillet 2004, une mousson particulièrement violente a submergé le Bangladesh. Plus de 70 % de ce pays de 116 000 kilomètres carrés est sous l'eau. Sur les 146 millions de personnes qui l'habitent, 3 millions sont menacées depuis lors de mourir de faim.

Le Bangladesh est en fait un delta composé de multiples rivières qui se jettent dans le golfe du Bengale. Ces rivières viennent des contreforts de l'Himalaya (Bhutan, Ladakh, Népal). Lorsque arrive la mousson, leur crue se fait violente, imprévisible. Les flots arrachent arbres et maisons, détruisent les barrages, recouvrent d'une eau verte, pleine de limon, turbulente, des centaines de milliers d'hectares de terres agricoles et ravagent les quartiers riverains des villes.

En temps normal,
si l'on ose dire, environ 30.000 enfants en dessous de dix ans deviennent aveugles chaque année au Bangladesh, par manque de vitamine A.

L'OMS estime qu'à la suite des inondations ce chiffre va au moins quintupler en 2004
La faim structurelle comme la faim conjoncturelle sont la conséquence directe de la dette. Pour ce qui concerne la faim structurelle, c'est évident. Les rapports de causalité entre faim conjoncturelle et dette, en revanche, exigent une explication.

Revenons à la famine exceptionnelle du Bangladesh en 2004. Les deux principaux bassins hydrographiques responsables des inondations de juillet sont ceux du Brahmapoutre et du Gange.

Or, il se trouve que j'ai réalisé, à la demande des Nations unies, une mission au Bangladesh en 2002. Il s'agissait précisément d'examiner les moyens propres à éviter le renouvellement de ce type de catastrophes. Dans le vaste bureau du ministre des Ressources hydrauliques à Dacca, j'ai ainsi passé des heures et des heures à étudier des graphiques, des statistiques, des projets.

Eh bien, il est ressorti de cette étude que la technologie contemporaine permettrait, sans problème majeur, de domestiquer l'ensemble des fleuves du Bangladesh. Technologiquement, les inondations provoquées par la mousson seraient parfaitement maîtrisables.

Mais le Bangladesh étant l'un des pays les plus endettés d'Asie du Sud, l'argent pour endiguer les fleuves et briser leur courant manque...

Extraite du libre : L'empire de la honte - Jean Ziegler - Fayard.

Comment les riches détruisent la planète

Nous sommes à un moment de l'histoire qui pose un défi radicalement nouveau à l'espèce humaine : pour la première fois, son prodigieux dynamisme se heurte aux limites de la biosphère et met en danger son avenir. Vivre ce moment signifie que nous devons trouver collectivement les moyens d'orienter différemment cette énergie humaine et cette volonté de progrès. C'est un défi magnifique, mais redoutable.

Or, une classe dirigeante prédatrice et cupide, gaspillant ses prébendes, mésusant du pouvoir, fait obstacle au changement de cap qui s'impose urgemment. Elle ne porte aucun projet, n'est animée d'aucun idéal, ne délivre aucune parole mobilisatrice. Après avoir triomphé du soviétisme, l'idéologie néolibérale ne sait plus que s'autocélébrer.

Presque toutes les sphères de pouvoir et d'influence sont soumises à son pseudo-réalisme, qui prétend que toute alternative est impossible et que la seule voie imaginable est celle qui conduit à accroître toujours plus la richesse. Cette représentation du monde n'est pas seulement sinistre, elle est aveugle. Elle méconnaît la puissance explosive de l'injustice, sous-estime la gravité de l'empoisonnement de la biosphère, promeut l'abaissement des libertés publiques.

Elle est indifférente à la dégradation des conditions de vie de la majorité des hommes et des femmes, consent à voir dilapider les chances de survie des générations futures. Pour l'auteur de ces pages incisives et bien informées, on ne résoudra pas la crise écologique sans s'attaquer à la crise sociale concomitante. Elles sont intimement liées. Ce sont aujourd'hui les riches qui menacent la planète.

Hervé Kempf : Comment les riches détruisent la planète. Pour la première fois dans son histoire notre espèce est confrontée aux limites de la biosphère, et nous devons trouver les moyens d’orienter différemment le progrès de l’humanité, mais une classe dirigeante prédatrice refuse les changements nécessaires. Hervé Kempf est journaliste au Monde, spécialiste des questions environnementales.

Une oligarchie prédatrice

Nous sommes à un moment de l’histoire qui pose un défi radicalement nouveau à l’espèce humaine : pour la première fois, son prodigieux dynamisme se heurte aux limites de la biosphère et met en danger son avenir.

Vivre ce moment signifie que nous devons trouver collectivement les moyens d’orienter différemment cette énergie humaine et cette volonté de progrès. C’est un défi magnifique, mais redoutable.

Or, une classe dirigeante prédatrice et cupide, gaspillant ses prébendes, mésusant du pouvoir, fait obstacle au changement de cap qui s’impose urgemment. Elle ne porte aucun projet, n’est animée d’aucun idéal, ne délivre aucune parole mobilisatrice. Après avoir triomphé du soviétisme, l’idéologie néolibérale ne sait plus que s’autocélébrer. Presque toutes les sphères de pouvoir et d’influence sont soumises à son pseudo-réalisme, qui prétend que toute alternative est impossible et que la seule voie imaginable est celle qui conduit à accroître toujours plus la richesse.

Cette représentation du monde n’est pas seulement sinistre, elle est aveugle. Elle méconnaît la puissance explosive de l’injustice, sous-estime la gravité de l’empoisonnement de la biosphère, promeut l’abaissement des libertés publiques. Elle est indifférente à la dégradation des conditions de vie de la majorité des hommes et des femmes, consent à voir dilapider les chances de survie des générations futures.

Pour Hervé Kempf, on ne résoudra pas la crise écologique sans s’attaquer à la crise sociale concomitante. Elles sont intimement liées. Ce sont aujourd’hui les riches qui menacent la planète.

Crise écologique, crise sociale - page : 51

Observer les seuls revenus enjolive d’ailleurs le tableau général ; il faudrait davantage étudier les patrimoines qui sont moins bien appréhendés par les statisticiens que les revenus. Les disparités en sont beaucoup plus fortes que les inégalités de salaires et de revenu. ’Si, en matière de pouvoir d’achat, le rapport entre les 10 % les plus riches et les 10 % de la population les plus pauvres est, selon l’INSEE, de 1 à 4, il passe de 1 à 64 lorsqu’il s’agit de la valeur des biens possédés ! Et encore, poursuit le journal Marianne , faut-il comptabiliser pour les modestes les biens durables, tels les scooters, pour ne pas obtenir un ratio qui tend vers l’infini.’ Les revenus de ce capital profitent d’abord aux plus riches. L’inégalité des patrimoines conduit à une inégalité concrète bien plus grande que ce qu’indique l’inégalité des revenus.

La Démocratie en danger - page : 86

Pourquoi, dès lors, les caractéristiques actuelles de la classe dirigeante mondiales sont-elles le facteur essentiel de la crise écologique ? Parce qu’elle s’oppose aux changements radicaux qu’il faudrait mener pour empêcher l’aggravation de la situation. Comment ? Indirectement par le statut de sa consommation : son modèle tire vers le haut la consommation générale, en poussant les autres à l’imiter. Directement, par le contrôle du pouvoir économique et politique, qui lui permet de maintenir cette inégalité. Pour échapper à sa remise en cause, l’oligarchie rabâche l’idéologie dominante selon laquelle la solution à la crise sociale est la croissance de la production. Celle-ci serait l’unique moyen de lutter contre la pauvreté et le chômage. La croissance permettrait d’élever le niveau général des richesse, et donc d’améliorer le sort des pauvres sans - mais cela n’est jamais précisé - qu’il soit besoin de modifier la distribution de la richesse. Ce mécanisme s’est enrayé.

La Démocratie en danger - page : 97

Le terme qui désigne la torture est, dans ce nouveau monde, ’technique renforcée d’interrogatoire’. Je m’abstiens de présenter au lecteur des exemples de ces ’techniques renforcées’. Elles n’ont rien à envier aux pratiques des ’techniciens’ de la Gestapo. Les sévices infligés aux détenus de la prison d’Abou Graib, à Bagdad, révélés en 2004, ne sont que la pointe émergée de l’iceberg de la ’guerre contre la terreur’. En 2006, près de 14 500 ’suspects’ sont détenus dans ces cachots situés hors des Etats-Unis. Plusieurs pays européens se sont prêtés au transfert de prisonniers par la CIA vers les centres de torture établis en plusieurs points du monde, autorisant les avions de l’agence américaine à se poser sur leurs aéroports, fermant les yeux sur des enlèvement chez eux de ’suspects’, voire - mais le fait n’est pas définitivement établi pour la Pologne ou la Roumanie - en abritant de telles prisons.

Conclusion

Hervé Kempf dit qu’il faut maintenant se partager sobrement la ressource terrestre. Que les opulents acceptent de se serrer un peu. D’en rabattre sur leurs envies. C’est le bon sens même. Le bon sens contre la morgue, l’opulence et l’égoïsme intégral des oligarchies : c’est le match du siècle. »


Émission Comment les riches détruisent la planète




Emission du 24 février 2007 / Comment les riches détruisent la planète.

Description : « Le confort dans lequel baignent les sociétés occidentales ne doit pas nous dissimuler la gravité de l’heure. Nous entrons dans un temps de crises durables et de catastrophes possibles », écrit Hervé Kempf dans l’introduction de son livre, « Comment les riches détruisent la planète ». Au cœur de sa réflexion, le croisement inextricable de deux crises jusque-là analysées séparément : crise écologique, crise sociale. Et une conviction : un même mal est cause des deux. Ce mal, c’est l’inégalité croissante entre pauvres et riches, l’appétit inextinguible d’une oligarchie qui amasse des richesses inouïes et imprime au monde entier le rythme effréné de la consommation censée procurer le bonheur, qui détruit les écosystèmes et les sytèmes de solidarité.
Invités Hervé Kempf. | ® transcription aux formats PDF



La population du monde


Compteur de la population courante du monde

Population mondiale actuelle a atteint 6 966 433 805 d'habitants le, 23 mai 2011

L'humanité a doublé ses effectifs en 40 ans, passant de 3 à 6 milliards d'habitants mais, alors que la population de nombreux pays pauvres va encore doubler, celle de la plupart des pays d'Europe diminuera dans la prochaine décennie. Cet ouvrage : fait le point sur les situations présentes marquées par de violents contrastes ; analyse les éléments et les mécanismes de la révolution démographique qui bouleverse la planète depuis deux siècles ; examine les principaux défis que pose la démographie aux sociétés d'aujourd'hui.

 
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